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_{2}(\mathbb{C})$}

Soit AA une matrice appartenant au groupe spécial linéaire SL2(C)\mathrm{SL}_{2}(\mathbb{C}). On suppose que sa trace vérifie Tr⁡(A)∉{−2,2}\operatorname{Tr}(A) \notin \{-2, 2\}.

  1. Justifier que AA est diagonalisable. Montrer de plus qu'il existe une matrice P∈SL2(C)P \in \mathrm{SL}_{2}(\mathbb{C}) telle que P−1APP^{-1} A P soit une matrice diagonale.
  2. On considère maintenant une seconde matrice B∈SL2(C)B \in \mathrm{SL}_{2}(\mathbb{C}). On suppose que AA et BB n'ont aucun vecteur propre en commun. Démontrer qu'il existe Q∈SL2(C)Q \in \mathrm{SL}_{2}(\mathbb{C}) telle que les matrices Q−1AQQ^{-1} A Q et Q−1BQQ^{-1} B Q soient toutes deux symétriques.

  3. Soient a1,…,ana_{1}, \dots, a_{n} et b1,…,bnb_{1}, \dots, b_{n} des entiers relatifs. On suppose que le produit suivant est égal à l'identité :
    Aa1Bb1Aa2Bb2⋯AanBbn=I2A^{a_{1}} B^{b_{1}} A^{a_{2}} B^{b_{2}} \cdots A^{a_{n}} B^{b_{n}} = I_{2}
    Établir que la relation reste vraie en inversant tous les exposants :
    A−a1B−b1A−a2B−b2⋯A−anB−bn=I2A^{-a_{1}} B^{-b_{1}} A^{-a_{2}} B^{-b_{2}} \cdots A^{-a_{n}} B^{-b_{n}} = I_{2}

1.

Pour la question 1, calculer le polynôme caractéristique de AA et utiliser le fait que le déterminant est égal à 1. Pour obtenir P∈SL2(C)P \in \mathrm{SL}_2(\mathbb{C}), ajuster une matrice de passage quelconque.

2.

Pour la question 2, commencer par diagonaliser AA. Si BB n'a pas de vecteur propre commun avec AA, ses coefficients extra-diagonaux sont non nuls. Utiliser une matrice de passage diagonale pour symétriser BB.

3.

Pour la question 3, utiliser la réduction de la question précédente et introduire la matrice J=(01−10)J = \begin{pmatrix} 0 & 1
-1 & 0 \end{pmatrix}
. Vérifier l'effet d'une conjugaison par JJ sur une matrice symétrique de SL2(C)\mathrm{SL}_2(\mathbb{C}).

Idées clés

•

Lien entre trace, déterminant et valeurs propres en dimension 2.

•

Condition de diagonalisabilité (racines distinctes du polynôme caractéristique).

•

Propriétés algébriques des matrices symétriques de SL2(C)\mathrm{SL}_2(\mathbb{C}).

Résolution.

  1. Soit χA(X)\chi_A(X) le polynôme caractéristique de AA. Comme A∈SL2(C)A \in \mathrm{SL}_2(\mathbb{C}), on a det⁡(A)=1\det(A) = 1. Ainsi :
    χA(X)=X2−Tr⁡(A)X+1\chi_A(X) = X^2 - \operatorname{Tr}(A)X + 1
    Le discriminant de ce trinôme est Δ=(Tr⁡(A))2−4\Delta = (\operatorname{Tr}(A))^2 - 4. Par hypothèse, Tr⁡(A)≠±2\operatorname{Tr}(A) \neq \pm 2, donc Δ≠0\Delta \neq 0. Le polynôme χA\chi_A possède donc deux racines complexes distinctes λ\lambda et 1/λ1/\lambda. Comme AA admet deux valeurs propres distinctes en dimension 2, elle est diagonalisable. Il existe donc M∈GL2(C)M \in \mathrm{GL}_2(\mathbb{C}) telle que M−1AM=D=diag⁡(λ,1/λ)M^{-1}AM = D = \operatorname{diag}(\lambda, 1/\lambda). Soit δ=det⁡(M)∈C∗\delta = \det(M) \in \mathbb{C}^*. Comme nous sommes sur C\mathbb{C}, il existe α∈C\alpha \in \mathbb{C} tel que α2=δ\alpha^2 = \delta. Posons P=1αMP = \frac{1}{\alpha} M. On a alors :
    det⁡(P)=1α2det⁡(M)=δδ=1\det(P) = \frac{1}{\alpha^2} \det(M) = \frac{\delta}{\delta} = 1
    De plus, P−1AP=(M/α)−1A(M/α)=M−1AM=DP^{-1}AP = (M/\alpha)^{-1} A (M/\alpha) = M^{-1}AM = D. On a donc bien trouvé P∈SL2(C)\boxed{P \in \mathrm{SL}_2(\mathbb{C})} tel que P−1APP^{-1}AP soit diagonale.

  2. Quitte à remplacer AA et BB par leurs conjuguées par PP, on peut supposer sans perte de généralité que A=(λ001/λ)A = \begin{pmatrix} \lambda & 0
    0 & 1/\lambda \end{pmatrix}
    avec λ≠±1\lambda \neq \pm 1. Soit B=(αβγδ)B = \begin{pmatrix} \alpha & \beta
    \gamma & \delta \end{pmatrix}
    . Les vecteurs propres de AA sont les vecteurs de la base canonique e1=(1,0)e_1 = (1,0) et e2=(0,1)e_2 = (0,1).
    • Si β=0\beta = 0, alors Be1=αe1B e_1 = \alpha e_1, donc e1e_1 est propre pour BB.
    • Si γ=0\gamma = 0, alors Be2=δe2B e_2 = \delta e_2, donc e2e_2 est propre pour BB.
    L'hypothèse "AA et BB n'ont pas de vecteur propre commun" impose donc β≠0\beta \neq 0 et γ≠0\gamma \neq 0. Cherchons une matrice S∈SL2(C)S \in \mathrm{SL}_2(\mathbb{C}) diagonale de la forme S=(u001/u)S = \begin{pmatrix} u & 0
    0 & 1/u \end{pmatrix}
    telle que S−1BSS^{-1}BS soit symétrique. On a :
    S−1BS=(1/u00u)(αβγδ)(u001/u)=(αβ/u2γu2δ)S^{-1}BS = \begin{pmatrix} 1/u & 0
    0 & u \end{pmatrix} \begin{pmatrix} \alpha & \beta
    \gamma & \delta \end{pmatrix} \begin{pmatrix} u & 0
    0 & 1/u \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \alpha & \beta/u^2
    \gamma u^2 & \delta \end{pmatrix}
    La matrice est symétrique si et seulement si β/u2=γu2\beta/u^2 = \gamma u^2, soit u4=β/γu^4 = \beta/\gamma. Comme β,γ≠0\beta, \gamma \neq 0, une telle valeur de uu existe dans C∗\mathbb{C}^*. Pour ce choix de uu, S−1BSS^{-1}BS est symétrique. Comme SS est diagonale, S−1AS=AS^{-1}AS = A reste diagonale (donc symétrique). La matrice Q=PSQ = PS convient.
    ∃Q∈SL2(C),Q−1AQ∈S2(C) et Q−1BQ∈S2(C)\boxed{\exists Q \in \mathrm{SL}_2(\mathbb{C}),   Q^{-1}AQ \in \mathcal{S}_2(\mathbb{C}) \text{ et } Q^{-1}BQ \in \mathcal{S}_2(\mathbb{C})}

  3. Supposons d'abord que AA et BB sont symétriques. Introduisons la matrice de permutation antisymétrique :
    J=(01−10)∈SL2(C)J = \begin{pmatrix} 0 & 1
    -1 & 0 \end{pmatrix} \in \mathrm{SL}_2(\mathbb{C})
    Pour toute matrice M=(xyzt)∈SL2(C)M = \begin{pmatrix} x & y
    z & t \end{pmatrix} \in \mathrm{SL}_2(\mathbb{C})
    , on vérifie par le calcul :
    JMJ−1=(01−10)(xyzt)(0−110)=(t−z−yx)=tM−1J M J^{-1} = \begin{pmatrix} 0 & 1
    -1 & 0 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} x & y
    z & t \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 0 & -1
    1 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} t & -z
    -y & x \end{pmatrix} = {}^t M^{-1}
    Si MM est symétrique (y=zy=z), alors JMJ−1=(t−y−yx)=M−1J M J^{-1} = \begin{pmatrix} t & -y
    -y & x \end{pmatrix} = M^{-1}
    . Appliquons cette propriété au produit W(A,B)=Aa1Bb1⋯AanBbn=I2W(A,B) = A^{a_{1}} B^{b_{1}} \cdots A^{a_{n}} B^{b_{n}} = I_2 :
    JW(A,B)J−1=JI2J−1=I2J W(A,B) J^{-1} = J I_2 J^{-1} = I_2
    Par morphisme de la conjugaison :
    (JAJ−1)a1(JBJ−1)b1⋯(JAJ−1)an(JBJ−1)bn=I2(J A J^{-1})^{a_1} (J B J^{-1})^{b_1} \cdots (J A J^{-1})^{a_n} (J B J^{-1})^{b_n} = I_2
    Comme AA et BB sont symétriques et dans SL2(C)\mathrm{SL}_2(\mathbb{C}), on a JAJ−1=A−1J A J^{-1} = A^{-1} et JBJ−1=B−1J B J^{-1} = B^{-1}. On obtient :
    A−a1B−b1⋯A−anB−bn=I2A^{-a_1} B^{-b_1} \cdots A^{-a_n} B^{-b_n} = I_2
    Si AA et BB ne sont pas symétriques, on utilise la question 2 : il existe QQ telle que A′=Q−1AQA' = Q^{-1}AQ et B′=Q−1BQB' = Q^{-1}BQ soient symétriques. La relation W(A,B)=I2W(A,B) = I_2 est équivalente à W(A′,B′)=I2W(A', B') = I_2. Le résultat sur A′,B′A', B' implique alors celui sur A,BA, B par conjugaison inverse par QQ.
    A−a1B−b1⋯A−anB−bn=I2\boxed{A^{-a_1} B^{-b_1} \cdots A^{-a_n} B^{-b_n} = I_2}

Dans la question 1, il ne faut pas oublier de justifier que l'on peut choisir PP de déterminant 11. Un simple argument de diagonalisation donne P∈GLnP \in \mathrm{GL}_n, mais le passage à SLn\mathrm{SL}_n nécessite d'extraire une racine carrée du déterminant (possible uniquement sur C\mathbb{C} ou pour des déterminants positifs sur R\mathbb{R}).