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Soit EE un R\mathbb{R}-espace vectoriel de dimension finie n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère un endomorphisme u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) vérifiant la relation :

u3+λu=0L(E)ouˋλ∈R+∗u^3 + \lambda u = 0_{\mathcal{L}(E)}   \text{où}   \lambda \in \mathbb{R}_+^*

  1. Justifier que E=ker⁡(u)⊕Im⁡(u)E = \ker(u) \oplus \operatorname{Im}(u).
  2. Montrer que le rang de uu est nécessairement pair.
  3. On suppose dans cette question que λ=1\lambda = 1. Démontrer qu'il existe une base B\mathcal{B} de EE dans laquelle la matrice de uu est de la forme :
    MatB(u)=(0n−2s0000s−Is0Is0s)\text{Mat}_{\mathcal{B}}(u) = \begin{pmatrix} 0_{n-2s} & 0 & 0
    0 & 0_s & -I_s
    0 & I_s & 0_s \end{pmatrix}
    où ss est un entier naturel à déterminer.

1.

Utiliser le lemme des noyaux avec le polynôme annulateur P(X)=X(X2+λ)P(X) = X(X^2 + \lambda).

2.

Pour la parité du rang, étudier la restriction de uu à son image. On pourra utiliser un argument lié au déterminant ou passer par une base adaptée.

3.

Pour la forme matricielle, décomposer l'image de uu en une somme directe de plans stables bien choisis.

Idées clés

•

Lemme des noyaux pour la décomposition de l'espace.

•

Propriétés de l'application induite sur un sous-espace stable.

•

Utilisation du déterminant pour prouver une impossibilité dimensionnelle sur R\mathbb{R}.

Résolution.

  1. L'endomorphisme uu est annulé par le polynôme P(X)=X3+λX=X(X2+λ)P(X) = X^3 + \lambda X = X(X^2 + \lambda). Puisque λ>0\lambda > 0, les polynômes XX et X2+λX^2 + \lambda n'ont aucune racine commune dans R\mathbb{R}. Ils sont donc premiers entre eux dans R[X]\mathbb{R}[X]. D'après le lemme des noyaux, on a la décomposition en somme directe :
    E=ker⁡(u)⊕ker⁡(u2+λidE)E = \ker(u) \oplus \ker(u^2 + \lambda \text{id}_E)
    Montrons que Im⁡(u)=ker⁡(u2+λidE)\operatorname{Im}(u) = \ker(u^2 + \lambda \text{id}_E). D'une part, si y∈Im⁡(u)y \in \operatorname{Im}(u), il existe x∈Ex \in E tel que y=u(x)y = u(x). Alors :
    (u2+λidE)(y)=u3(x)+λu(x)=(u3+λu)(x)=0(u^2 + \lambda \text{id}_E)(y) = u^3(x) + \lambda u(x) = (u^3 + \lambda u)(x) = 0
    Ainsi, Im⁡(u)⊂ker⁡(u2+λidE)\operatorname{Im}(u) \subset \ker(u^2 + \lambda \text{id}_E). D'autre part, par le théorème du rang, dim⁡Im⁡(u)=n−dim⁡ker⁡(u)\dim \operatorname{Im}(u) = n - \dim \ker(u). La décomposition E=ker⁡(u)⊕ker⁡(u2+λidE)E = \ker(u) \oplus \ker(u^2 + \lambda \text{id}_E) donne également :
    dim⁡ker⁡(u2+λidE)=n−dim⁡ker⁡(u)\dim \ker(u^2 + \lambda \text{id}_E) = n - \dim \ker(u)
    Par égalité des dimensions et inclusion, nous concluons :
    E=ker⁡(u)⊕Im⁡(u)\boxed{E = \ker(u) \oplus \operatorname{Im}(u)}

  2. Posons F=Im⁡(u)F = \operatorname{Im}(u) et notons v=u∣Fv = u_{|F} l'endomorphisme induit par uu sur son image (qui est stable car u∘u=u2u \circ u = u^2). D'après la question précédente, pour tout y∈Fy \in F, on a v2(y)+λy=0v^2(y) + \lambda y = 0, soit :
    v2=−λidFv^2 = -\lambda \text{id}_F
    Supposons que FF soit de dimension r=rg⁡(u)r = \operatorname{rg}(u). En prenant le déterminant dans l'égalité précédente, on obtient :
    det⁡(v2)=det⁡(−λidF)\det(v^2) = \det(-\lambda \text{id}_F)
    Par multiplicativité du déterminant et linéarité par rapport aux colonnes :
    (det⁡v)2=(−λ)r(\det v)^2 = (-\lambda)^r
    Comme λ>0\lambda > 0, le terme (−λ)r(-\lambda)^r change de signe selon la parité de rr :
    • Si rr était impair, alors (−λ)r<0(-\lambda)^r < 0.
    • Or (det⁡v)2≥0(\det v)^2 \geq 0 car vv est un endomorphisme d'un espace vectoriel réel.
    Ceci est absurde. On en déduit que rr est nécessairement pair.
    rg⁡(u)∈2N\boxed{\operatorname{rg}(u) \in 2\mathbb{N}}

  3. On suppose λ=1\lambda = 1 et on note r=2s=rg⁡(u)r = 2s = \operatorname{rg}(u). Soit (ε1,…,εn−2s)( \varepsilon_1, \dots, \varepsilon_{n-2s} ) une base de ker⁡(u)\ker(u). Sur F=Im⁡(u)F = \operatorname{Im}(u), nous avons v2=−idFv^2 = -\text{id}_F. Construisons une base de FF. Soit e1∈F∖{0}e_1 \in F \setminus \{0\}. La famille (e1,v(e1))(e_1, v(e_1)) est libre. En effet, si v(e1)=αe1v(e_1) = \alpha e_1, alors v2(e1)=α2e1=−e1v^2(e_1) = \alpha^2 e_1 = -e_1, donc α2=−1\alpha^2 = -1, ce qui est impossible dans R\mathbb{R}. Soit P1=Vect(e1,v(e1))P_1 = \text{Vect}(e_1, v(e_1)). Ce plan est stable par vv. Si 2s>22s > 2, on peut choisir e2e_2 dans un supplémentaire de P1P_1 dans FF et réitérer le procédé. On construit ainsi par récurrence (ou par décomposition en somme directe de plans stables) une base de FF de la forme :
    (e1,e2,…,es,v(e1),v(e2),…,v(es))(e_1, e_2, \dots, e_s, v(e_1), v(e_2), \dots, v(e_s))
    Étudions les images des vecteurs de cette base par uu :
    • Pour i∈{1,…,n−2s}i \in \{1, \dots, n-2s\}, u(εi)=0u(\varepsilon_i) = 0.
    • Pour j∈{1,…,s}j \in \{1, \dots, s\}, u(ej)=v(ej)u(e_j) = v(e_j).
    • Pour j∈{1,…,s}j \in \{1, \dots, s\}, u(v(ej))=v2(ej)=−eju(v(e_j)) = v^2(e_j) = -e_j.
    En ordonnant la base globale ainsi : B=(ε1,…,εn−2s,e1,…,es,v(e1),…,v(es))\mathcal{B} = (\varepsilon_1, \dots, \varepsilon_{n-2s}, e_1, \dots, e_s, v(e_1), \dots, v(e_s)), on obtient la matrice :
    MatB(u)=(0n−2s0000s−Is0Is0s)\boxed{\text{Mat}_{\mathcal{B}}(u) = \begin{pmatrix} 0_{n-2s} & 0 & 0
    0 & 0_s & -I_s
    0 & I_s & 0_s \end{pmatrix}}

L'erreur classique consiste à oublier que l'on travaille sur R\mathbb{R}. Sur C\mathbb{C}, l'argument du déterminant ne permet pas de conclure sur la parité du rang car un carré peut être négatif. Sur R\mathbb{R}, le fait que X2+λX^2+\lambda n'ait pas de racines réelles est l'élément moteur de la preuve.