Pour nNn \in \mathbb{N}^{*}, on définit l'ensemble de matrices suivant :

En={AMn(R)A3+A=10In}E_{n} = \left\{ A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) \mid A^{3} + A = 10 I_{n} \right\}

L'objectif est de déterminer explicitement l'ensemble f(En)f(E_n)f:Adet(A)f : A \mapsto \det(A).

1.

Étudier le polynôme P(X)=X3+X10P(X) = X^3 + X - 10 et déterminer ses racines dans C\mathbb{C}.

2.

Utiliser le lien entre les racines d'un polynôme annulateur et le spectre d'une matrice.

3.

Exploiter le fait que pour une matrice réelle, les valeurs propres complexes non réelles apparaissent par paires conjuguées avec la même multiplicité.

4.

Pour montrer que les valeurs obtenues sont atteintes, on pourra construire des matrices par blocs.

Idées clés

Analyse des racines du polynôme annulateur.

Propriété de conjugaison des valeurs propres pour les matrices réelles.

Construction de matrices par blocs (matrices compagnons ou blocs 2×22 \times 2) pour l'existence.

1. Recherche des racines du polynôme annulateur.

Soit AEnA \in E_n. Le polynôme P(X)=X3+X10P(X) = X^3 + X - 10 est un polynôme annulateur de AA.

On cherche une racine évidente de PP. On remarque que :

P(2)=23+210=8+210=0P(2) = 2^3 + 2 - 10 = 8 + 2 - 10 = 0

On peut donc factoriser PP par (X2)(X-2). Par division euclidienne ou identification, on obtient :

P(X)=(X2)(X2+2X+5)P(X) = (X-2)(X^2 + 2X + 5)

Le discriminant du trinôme Q(X)=X2+2X+5Q(X) = X^2 + 2X + 5 est Δ=420=16<0\Delta = 4 - 20 = -16 < 0.

Les racines complexes de QQ sont donc :

z1=2+4i2=1+2ietz2=z1ˉ=12iz_1 = \frac{-2 + 4i}{2} = -1 + 2i   \text{et}   z_2 = \bar{z_1} = -1 - 2i

\boxed{ \text{Les racines de } P \text{ sont } \{2, -1+2i, -1-2i\} }

2. Contraintes sur le spectre et le déterminant.

Puisque PP annule AA, le spectre complexe de AA, noté SpC(A)\text{Sp}_{\mathbb{C}}(A), est inclus dans l'ensemble des racines de PP.

Soient n1,n2,n3n_1, n_2, n_3 les multiplicités respectives des valeurs propres 22, 1+2i-1+2i et 12i-1-2i dans le polynôme caractéristique χA\chi_A.

Comme AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}), si λC\lambda \in \mathbb{C} est une valeur propre de AA, alors λˉ\bar{\lambda} est aussi valeur propre avec la même multiplicité. On en déduit :

n2=n3n_2 = n_3

La somme des multiplicités des valeurs propres (comptées avec leur ordre dans C\mathbb{C}) est égale à la dimension de l'espace :

n1+n2+n3=n    n1+2n2=nn_1 + n_2 + n_3 = n \implies n_1 + 2n_2 = n

Le déterminant de AA est le produit des valeurs propres complexes :

det(A)=2n1(1+2i)n2(12i)n2\det(A) = 2^{n_1} \cdot (-1+2i)^{n_2} \cdot (-1-2i)^{n_2}

On simplifie le produit des racines complexes conjuguées :

(1+2i)(12i)=1+2i2=(1)2+22=5(-1+2i)(-1-2i) = | -1+2i |^2 = (-1)^2 + 2^2 = 5

Ainsi :

det(A)=2n15n2\det(A) = 2^{n_1} \cdot 5^{n_2}

En remplaçant n1n_1 par n2n2n - 2n_2, on obtient :

det(A)=2n2n25n2=2n(54)n2\det(A) = 2^{n-2n_2} \cdot 5^{n_2} = 2^n \cdot \left( \frac{5}{4} \right)^{n_2}

3. Détermination des valeurs possibles.

D'après la relation n1+2n2=nn_1 + 2n_2 = n avec n1,n2Nn_1, n_2 \in \mathbb{N}, l'entier n2n_2 peut prendre toutes les valeurs telles que 02n2n0 \le 2n_2 \le n.

Ceci signifie que n2{0,1,,n/2}n_2 \in \{0, 1, \dots, \lfloor n/2 \rfloor\}.

4. Synthèse (réalisabilité).

Il reste à vérifier que pour chaque k{0,,n/2}k \in \{0, \dots, \lfloor n/2 \rfloor\}, il existe une matrice AEnA \in E_n telle que n2=kn_2 = k.

On peut construire une matrice par blocs. Soit CC la matrice compagnon du polynôme Q(X)=X2+2X+5Q(X) = X^2 + 2X + 5 :

C=(0512)M2(R)C = \begin{pmatrix} 0 & -5
1 & -2 \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R})

Cette matrice CC vérifie C2+2C+5I2=0C^2 + 2C + 5I_2 = 0, donc P(C)=(C2I2)Q(C)=0P(C) = (C-2I_2)Q(C) = 0.

Pour une valeur de kk donnée, on définit AA comme la matrice diagonale par blocs :

A=diag(2,,2n2k,C,,Ck fois)A = \text{diag}(\underbrace{2, \dots, 2}_{n-2k}, \underbrace{C, \dots, C}_{k \text{ fois}})

Cette matrice est bien réelle, appartient à EnE_n car chaque bloc est annulé par PP, et son déterminant est exactement 2n2k5k2^{n-2k} \cdot 5^k.

\boxed{ \det(E_n) = \left\{ 2^n \cdot \left( \frac{5}{4} \right)^k \mid k \in \{0, 1, \dots, \lfloor n/2 \rfloor\} \right\} }

L'erreur classique est d'oublier que AA est une matrice réelle. Si on considérait AMn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}), les multiplicités de 1+2i-1+2i et 12i-1-2i ne seraient pas nécessairement égales, et l'image par le déterminant serait beaucoup plus vaste.