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Soient pp un nombre premier et n=p1n = p-1. On considère une matrice AMn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) satisfaisant les deux conditions suivantes :

  1. Ap+1=AA^{p+1} = A
  2. Tr(A)=0\operatorname{Tr}(A) = 0

Démontrer que la matrice AA est nécessairement nulle.

1.

Commencer par déterminer un polynôme annulateur simple pour AA et en déduire que AA est diagonalizable.

2.

Exprimer la trace de AA en fonction des multiplicités de ses valeurs propres, qui sont des racines de l'unité.

3.

Utiliser l'irréductibilité sur Q\mathbb{Q} du polynôme cyclotomique Φp=k=0p1Xk\Phi_p = \sum_{k=0}^{p-1} X^k.

4.

Conclure en comparant la somme des multiplicités avec la taille de la matrice.

Idées clés

Utilisation d'un polynôme annulateur à racines simples pour la diagonalisabilité.

Lien entre trace, valeurs propres et arithmétique des polynômes (irréductibilité sur Q\mathbb{Q}).

Résolution.

  1. Diagonalisabilité de la matrice AA. D'après l'énoncé, la matrice AA annule le polynôme P(X)=Xp+1XP(X) = X^{p+1} - X. On peut factoriser ce polynôme dans C[X]\mathbb{C}[X] :
    P(X)=X(Xp1)=Xk=0p1(Xωk)P(X) = X(X^p - 1) = X \prod_{k=0}^{p-1} (X - \omega^k)
    où l'on a posé ω=e2iπp\omega = e^{\frac{2i\pi}{p}}. Les racines de PP sont 00 et les pp racines pp-ièmes de l'unité. Ces racines sont toutes distinctes deux à deux.
    P est un polynoˆme annulateur de A aˋ racines simples, donc A est diagonalizable sur C.\boxed{P \text{ est un polynôme annulateur de } A \text{ à racines simples, donc } A \text{ est diagonalizable sur } \mathbb{C}.}

  2. Étude du spectre et de la trace. Puisque AA est diagonalizable, son spectre est inclus dans l'ensemble des racines de PP. Notons n0n_0 la multiplicité de la valeur propre 11 (cas k=0k=0 pour ωk\omega^k), nkn_k la multiplicité de la valeur propre ωk\omega^k pour k{1,,p1}k \in \{1, \dots, p-1\}, et mm la multiplicité de la valeur propre 00. La trace de AA est la somme de ses valeurs propres comptées avec multiplicité :
    Tr(A)=n01+k=1p1nkωk=0\operatorname{Tr}(A) = n_0 \cdot 1 + \sum_{k=1}^{p-1} n_k \omega^k = 0
    Posons le polynôme Q(X)=n0+n1X+n2X2++np1Xp1Q(X) = n_0 + n_1 X + n_2 X^2 + \dots + n_{p-1} X^{p-1}. La condition sur la trace se réécrit simplement :
    Q(ω)=0\boxed{Q(\omega) = 0}

  3. Utilisation de l'irréductibilité du polynôme cyclotomique. Le polynôme QQ est à coefficients entiers naturels (nkNn_k \in \mathbb{N}). En particulier, QQ[X]Q \in \mathbb{Q}[X]. On sait que le pp-ième polynôme cyclotomique, défini par :
    Φp(X)=1+X+X2++Xp1\Phi_p(X) = 1 + X + X^2 + \dots + X^{p-1}
    est le polynôme minimal de ω\omega sur Q\mathbb{Q} car il est irréductible sur Q\mathbb{Q} (puisque pp est premier). Comme Q(ω)=0Q(\omega) = 0 et QQ[X]Q \in \mathbb{Q}[X], le polynôme minimal Φp\Phi_p divise QQ dans Q[X]\mathbb{Q}[X]. Il existe donc un polynôme RQ[X]R \in \mathbb{Q}[X] tel que Q=RΦpQ = R \Phi_p. Or, deg(Q)p1\deg(Q) \le p-1 et deg(Φp)=p1\deg(\Phi_p) = p-1. Par conséquent, RR doit être un polynôme constant, noté λQ\lambda \in \mathbb{Q}.
    Q(X)=λΦp(X)=λ+λX++λXp1Q(X) = \lambda \Phi_p(X) = \lambda + \lambda X + \dots + \lambda X^{p-1}
    Par identification des coefficients, on en déduit que :
    n0=n1=n2==np1=λ\boxed{n_0 = n_1 = n_2 = \dots = n_{p-1} = \lambda}
    Puisque les nkn_k sont des entiers (dimensions de sous-espaces propres), λ\lambda est un entier naturel.

  4. Conclusion par argument de dimension. La somme des multiplicités des valeurs propres de AA est égale à la taille de la matrice, soit n=p1n = p-1. Si l'on note mm la multiplicité de la valeur propre 00, on a :
    m+k=0p1nk=p1m + \sum_{k=0}^{p-1} n_k = p-1
    En remplaçant les nkn_k par λ\lambda, on obtient :
    m+pλ=p1m + p\lambda = p-1
    Comme m0m \ge 0 et pλ0p\lambda \ge 0 avec λN\lambda \in \mathbb{N}, analysons les valeurs possibles de λ\lambda :
    • Si λ1\lambda \ge 1, alors pλpp\lambda \ge p. L'égalité m+pλ=p1m + p\lambda = p-1 impliquerait m(p1)p=1m \le (p-1) - p = -1, ce qui est impossible.
    • La seule possibilité est donc λ=0\boxed{\lambda = 0}.
    Si λ=0\lambda = 0, alors n0=n1==np1=0n_0 = n_1 = \dots = n_{p-1} = 0. Toutes les multiplicités des valeurs propres non nulles sont nulles. Le spectre de AA est donc réduit à {0}\{0\}. Une matrice diagonalizable dont la seule valeur propre est 00 est nécessairement la matrice nulle.
    A=0\boxed{A = 0}

L'erreur classique consiste à oublier que les multiplicités nkn_k sont des entiers. Sans cette information, on ne pourrait pas affirmer que QQ est un multiple de Φp\Phi_p dans Q[X]\mathbb{Q}[X]. Si les nkn_k étaient des complexes quelconques, la trace nulle n'impliquerait absolument pas A=0A=0.