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Soit A∈M5(R)A \in \mathcal{M}_{5}(\mathbb{R}) une matrice carrée d'ordre 5 à coefficients réels. On suppose que la matrice AA vérifie la relation polynomiale suivante :

12A3−8A2+7A−I5=012 A^{3} - 8 A^{2} + 7 A - I_{5} = 0

Démontrer que la trace de la matrice AA appartient à l'intervalle ouvert ]0,2[]0, 2[.

1.

Commencer par déterminer les racines du polynôme annulateur P(X)=12X3−8X2+7X−1P(X) = 12X^3 - 8X^2 + 7X - 1.

2.

Utiliser le fait que toute valeur propre de AA est racine de ce polynôme annulateur.

3.

Justifier que AA est diagonalisable dans M5(C)\mathcal{M}_5(\mathbb{C}) pour exprimer la trace comme somme des valeurs propres avec leurs multiplicités.

4.

Exploiter la réalité de la matrice AA pour obtenir une condition sur les multiplicités des racines complexes conjuguées.

Idées clés

•

Lien entre spectre et racines d'un polynôme annulateur.

•

Diagonalisabilité sur C\mathbb{C} via le critère des racines simples.

•

Symétrie du spectre pour une matrice réelle : si λ∈C\lambda \in \mathbb{C} est valeur propre, alors λˉ\bar{\lambda} l'est avec la même multiplicité.

1. Recherche des racines du polynôme annulateur.

Considérons le polynôme P(X)=12X3−8X2+7X−1P(X) = 12X^3 - 8X^2 + 7X - 1.

Pour trouver une racine rationnelle de la forme p/qp/q, on cherche pp parmi les diviseurs de −1-1 (soit ±1\pm 1) et qq parmi les diviseurs de 1212 (soit 1,2,3,4,6,121, 2, 3, 4, 6, 12).

On teste X=16X = \frac{1}{6} :

P(16)=12⋅1216−8⋅136+76−1=118−29+76−1P\left(\frac{1}{6}\right) = 12 \cdot \frac{1}{216} - 8 \cdot \frac{1}{36} + \frac{7}{6} - 1 = \frac{1}{18} - \frac{2}{9} + \frac{7}{6} - 1
P(16)=1−4+21−1818=0P\left(\frac{1}{6}\right) = \frac{1 - 4 + 21 - 18}{18} = 0

Ainsi, 1/61/6 est racine de PP. On procède à la division euclidienne ou à une identification pour factoriser PP :

P(X)=(X−16)(12X2−6X+6)=6(X−16)(2X2−X+1)P(X) = \left(X - \frac{1}{6}\right)(12X^2 - 6X + 6) = 6 \left(X - \frac{1}{6}\right) (2X^2 - X + 1)

Les racines du trinôme 2X2−X+12X^2 - X + 1 sont obtenues via le discriminant Δ=(−1)2−4(2)(1)=−7\Delta = (-1)^2 - 4(2)(1) = -7. Les racines complexes sont :

z1=1+i74etz2=z1ˉ=1−i74z_1 = \frac{1 + i\sqrt{7}}{4}   \text{et}   z_2 = \bar{z_1} = \frac{1 - i\sqrt{7}}{4}

L'ensemble des racines de PP est donc :

Roots(P)={16,1+i74,1−i74}\boxed{ \text{Roots}(P) = \left\{ \frac{1}{6}, \frac{1 + i\sqrt{7}}{4}, \frac{1 - i\sqrt{7}}{4} \right\} }

2. Nature du spectre et multiplicités.

Le polynôme PP est annulateur de AA. Ses trois racines sont distinctes dans C\mathbb{C}. Par conséquent, AA est diagonalisable dans M5(C)\mathcal{M}_5(\mathbb{C}).

Soit SpC(A)Sp_{\mathbb{C}}(A) le spectre de AA. On a SpC(A)⊆{1/6,z1,z2}Sp_{\mathbb{C}}(A) \subseteq \{1/6, z_1, z_2\}.

Notons m1m_1, m2m_2 et m3m_3 les multiplicités respectives de 1/61/6, z1z_1 et z2z_2 en tant que valeurs propres (certaines pouvant être nulles). Puisque A∈M5(R)A \in \mathcal{M}_5(\mathbb{R}), la somme des multiplicités vaut 5 :

m1+m2+m3=5m_1 + m_2 + m_3 = 5

De plus, comme AA est réelle, les valeurs propres non réelles apparaissent par paires conjuguées avec la même multiplicité. On en déduit :

m2=m3\boxed{ m_2 = m_3 }

L'équation devient m1+2m2=5m_1 + 2m_2 = 5. Comme m1,m2∈Nm_1, m_2 \in \mathbb{N}, les couples (m1,m2)(m_1, m_2) possibles sont :

(5,0),(3,1),(1,2)(5, 0),   (3, 1),   (1, 2)

3. Calcul des valeurs possibles de la trace.

La trace est la somme des valeurs propres comptées avec multiplicité :

tr⁡(A)=m1⋅16+m2⋅z1+m2⋅z2=m16+m2(z1+z2)\operatorname{tr}(A) = m_1 \cdot \frac{1}{6} + m_2 \cdot z_1 + m_2 \cdot z_2 = \frac{m_1}{6} + m_2 (z_1 + z_2)

On remarque que z1+z2=14+14=12z_1 + z_2 = \frac{1}{4} + \frac{1}{4} = \frac{1}{2}. Ainsi :

tr⁡(A)=m16+m22\operatorname{tr}(A) = \frac{m_1}{6} + \frac{m_2}{2}

Calculons les trois valeurs selon les cas identifiés :

  • Si (m1,m2)=(5,0)(m_1, m_2) = (5, 0), alors tr⁡(A)=56\operatorname{tr}(A) = \frac{5}{6}.
  • Si (m1,m2)=(3,1)(m_1, m_2) = (3, 1), alors tr⁡(A)=36+12=1\operatorname{tr}(A) = \frac{3}{6} + \frac{1}{2} = 1.
  • Si (m1,m2)=(1,2)(m_1, m_2) = (1, 2), alors tr⁡(A)=16+22=76\operatorname{tr}(A) = \frac{1}{6} + \frac{2}{2} = \frac{7}{6}.

Dans tous les cas, les valeurs obtenues {5/6,1,7/6}\{5/6, 1, 7/6\} appartiennent bien à l'intervalle ]0,2[]0, 2[.

tr⁡(A)∈{56,1,76}⊂]0,2[\boxed{ \operatorname{tr}(A) \in \left\{ \frac{5}{6}, 1, \frac{7}{6} \right\} \subset ]0, 2[ }

L'erreur classique consiste à oublier que AA est une matrice réelle. Sans cette hypothèse, on ne pourrait pas affirmer que m2=m3m_2 = m_3, et il y aurait beaucoup plus de combinaisons possibles pour la trace (elle ne serait d'ailleurs pas nécessairement réelle).