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On considère le polynôme P(X)=X3+2X+2P(X) = X^3 + 2X + 2. L'objectif est de déterminer les dimensions nNn \in \mathbb{N}^{*} pour lesquelles il existe une matrice AMn(K)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) admettant PP pour polynôme minimal μA\mu_A.

  1. On suppose ici que K=R\mathbb{K} = \mathbb{R}. Déterminer l'ensemble des entiers n1n \geqslant 1 tels qu'il existe une matrice AMn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) vérifiant μA=P\mu_A = P.
  2. On suppose dorénavant que K=Q\mathbb{K} = \mathbb{Q}. Déterminer l'ensemble des entiers n1n \geqslant 1 tels qu'il existe une matrice AMn(Q)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{Q}) vérifiant μA=P\mu_A = P.

1.

Pour la question 1, étudier les racines de PP dans R\mathbb{R} et C\mathbb{C}. Utiliser le fait que le polynôme caractéristique χA\chi_A est à coefficients réels et que ses racines sont exactement celles de μA\mu_A.

2.

Pour la question 2, utiliser le critère d'Eisenstein pour montrer que PP est irréductible sur Q\mathbb{Q}. Se souvenir que si μA\mu_A est irréductible, alors χA\chi_A est une puissance de μA\mu_A.

3.

Pour la synthèse, penser aux matrices compagnons ou aux matrices diagonales par blocs.

Idées clés

Lien entre racines du polynôme minimal et du polynôme caractéristique.

Propriété des polynômes à coefficients réels (conjugaison des racines complexes).

Irréductibilité sur Q\mathbb{Q} via le critère d'Eisenstein.

Structure du polynôme caractéristique pour une matrice à polynôme minimal irréductible.

Résolution de la question 1 : Cas réel.

Analyse. Soit AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) telle que μA=P=X3+2X+2\mu_A = P = X^3 + 2X + 2.

L'étude de la fonction f:xx3+2x+2f: x \mapsto x^3 + 2x + 2 montre que f(x)=3x2+2>0f'(x) = 3x^2 + 2 > 0. ff est donc strictement croissante sur R\mathbb{R}.

Comme f(1)=1<0f(-1) = -1 < 0 et f(0)=2>0f(0) = 2 > 0, le théorème des valeurs intermédiaires assure que PP possède une unique racine réelle α]1,0[\alpha \in ]-1, 0[.

Les deux autres racines β\beta et βˉ\bar{\beta} sont donc des complexes non réels conjugués. Le spectre de AA dans C\mathbb{C} est exactement l'ensemble des racines de μA\mu_A, donc :

SpC(A)={α,β,βˉ}\text{Sp}_{\mathbb{C}}(A) = \{ \alpha, \beta, \bar{\beta} \}

Soient m,k,kˉm, k, \bar{k} les multiplicités respectives de α,β,βˉ\alpha, \beta, \bar{\beta} en tant que racines du polynôme caractéristique χA\chi_A. Comme χAR[X]\chi_A \in \mathbb{R}[X], les racines complexes non réelles doivent apparaître avec la même multiplicité, d'où k=kˉk = \bar{k}.

La dimension de l'espace est égale au degré de χA\chi_A, soit :

n=m+k+kˉ=m+2kn = m + k + \bar{k} = m + 2k

Puisque chaque racine de μA\mu_A doit être racine de χA\chi_A, on a nécessairement m1m \geqslant 1 et k1k \geqslant 1. Ainsi, n=m+2kn = m + 2k avec m1m \geqslant 1 et k1k \geqslant 1 implique :

n1+2(1)=3n \geqslant 1 + 2(1) = 3

Vérifions si toutes les valeurs de n3n \geqslant 3 sont possibles. Si n3n \geqslant 3 :

  • Si nn est impair, on peut écrire n=2j+1n = 2j + 1. On choisit k=1k=1 et m=n21m = n-2 \geqslant 1.
  • Si nn est pair, on peut écrire n=2jn = 2j. On choisit k=1k=1 et m=n22m = n-2 \geqslant 2.

Synthèse. Si n3n \geqslant 3, la matrice compagnon C(P)M3(R)C(P) \in \mathcal{M}_3(\mathbb{R}) a pour polynôme minimal PP. On peut alors construire une matrice par blocs A=diag(C(P),α,,α)Mn(R)A = \text{diag}(C(P), \alpha, \dots, \alpha) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Le polynôme minimal d'une telle matrice est ppcm(μC(P),μα)=ppcm(P,Xα)=P\text{ppcm}(\mu_{C(P)}, \mu_{\alpha}) = \text{ppcm}(P, X-\alpha) = P car α\alpha est racine de PP.

n{nNn3}\boxed{ n \in \{ n \in \mathbb{N} \mid n \geqslant 3 \} }

Résolution de la question 2 : Cas rationnel.

Analyse. Soit AMn(Q)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Q}) telle que μA=P\mu_A = P. P=X3+2X+2P = X^3 + 2X + 2 est un polynôme à coefficients entiers.

Le nombre p=2p=2 est premier et divise tous les coefficients de PP sauf le dominant (222|2 et 202|0), et son carré 22=42^2=4 ne divise pas le terme constant (424 \nmid 2). D'après le critère d'Eisenstein, PP est irréductible sur Q\mathbb{Q}.

Dans Q[X]\mathbb{Q}[X], le polynôme minimal μA\mu_A et le polynôme caractéristique χA\chi_A ont les mêmes facteurs irréductibles. Comme μA=P\mu_A = P est irréductible, χA\chi_A est nécessairement de la forme :

χA=Pkpour un certain kN\chi_A = P^k   \text{pour un certain } k \in \mathbb{N}^*

En examinant les degrés, on obtient :

n=deg(χA)=deg(Pk)=3kn = \deg(\chi_A) = \deg(P^k) = 3k

L'entier nn doit donc être un multiple de 3.

Synthèse. Si n=3kn = 3k, on considère la matrice diagonale par blocs suivante :

A=(C(P)C(P))M3k(Q)A = \begin{pmatrix} C(P) & &
& \ddots &
& & C(P) \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_{3k}(\mathbb{Q})
C(P)C(P) est la matrice compagnon de PP. Le polynôme minimal de AA est le ppcm des polynômes minimaux des blocs. Ici, μA=ppcm(P,,P)=P\mu_A = \text{ppcm}(P, \dots, P) = P.

n3N\boxed{ n \in 3\mathbb{N}^* }

Attention dans la question 1 à ne pas oublier que si μA=P\mu_A = P, chaque racine de PP doit apparaître au moins une fois dans le spectre de AA. On ne peut pas avoir une matrice de taille n=3n=3 dont le polynôme minimal serait un diviseur strict de PP.