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Soit EE un espace vectoriel de dimension finie sur un corps K\mathbb{K} et ff un endomorphisme de EE.

On considère l'ensemble K\mathcal{K} des sous-espaces vectoriels de EE défini par :

K={ker⁡(P(f))∣P∈K[X]}\mathcal{K} = \left\{ \ker(P(f)) \mid P \in \mathbb{K}[X] \right\}

  1. Démontrer que l'ensemble K\mathcal{K} est de cardinal fini.
  2. Déterminer précisément le cardinal de K\mathcal{K} en fonction des propriétés du polynôme minimal de ff.

1.

Commencer par montrer que pour tout polynôme PP, ker⁡(P(f))=ker⁡(pgcd(P,μf)(f))\ker(P(f)) = \ker(\text{pgcd}(P, \mu_f)(f)), où μf\mu_f désigne le polynôme minimal de ff.

2.

Utiliser la décomposition du polynôme minimal μf\mu_f en facteurs irréductibles dans K[X]\mathbb{K}[X].

3.

Appliquer le lemme des noyaux pour décomposer ker⁡(D(f))\ker(D(f)) pour tout diviseur DD de μf\mu_f.

4.

Pour l'étude du cardinal, prouver la croissance stricte de la suite des noyaux itérés associée à chaque facteur irréductible.

Idées clés

•

Lien entre noyaux et diviseurs du polynôme minimal.

•

Utilisation du lemme des noyaux pour la structure en somme directe.

•

Argument de minimalité du degré pour prouver l'injectivité de la correspondance.

1. Finitude de l'ensemble K\mathcal{K.}

Soit μf\mu_f le polynôme minimal de ff. Pour tout P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X], posons D=pgcd(P,μf)D = \text{pgcd}(P, \mu_f).

D'après le théorème de Bézout, il existe deux polynômes U,V∈K[X]U, V \in \mathbb{K}[X] tels que UP+Vμf=DUP + V\mu_f = D.

En évaluant en ff, puisque μf(f)=0\mu_f(f) = 0, on obtient :

U(f)∘P(f)=D(f)U(f) \circ P(f) = D(f)

Ceci implique immédiatement que ker⁡(P(f))⊂ker⁡(D(f))\ker(P(f)) \subset \ker(D(f)).

Réciproquement, comme DD divise PP, il existe Q∈K[X]Q \in \mathbb{K}[X] tel que P=QDP = QD, d'où P(f)=Q(f)∘D(f)P(f) = Q(f) \circ D(f), ce qui donne ker⁡(D(f))⊂ker⁡(P(f))\ker(D(f)) \subset \ker(P(f)).

Par conséquent, on a l'égalité :

ker⁡(P(f))=ker⁡(pgcd(P,μf)(f))\boxed{\ker(P(f)) = \ker(\text{pgcd}(P, \mu_f)(f))}

L'ensemble K\mathcal{K} est donc l'image de l'ensemble des diviseurs unitaires de μf\mu_f par l'application D↦ker⁡(D(f))D \mapsto \ker(D(f)).

Comme un polynôme non nul en dimension finie n'admet qu'un nombre fini de diviseurs unitaires, l'ensemble K\mathcal{K} est fini.

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2. Détermination du cardinal.

Soit la décomposition de μf\mu_f en facteurs irréductibles unitaires distincts dans K[X]\mathbb{K}[X] :

μf=∏i=1rQimi\mu_f = \prod_{i=1}^r Q_i^{m_i}

où les QiQ_i sont irréductibles, deux à deux distincts, et mi∈N∗m_i \in \mathbb{N}^*.

Tout diviseur unitaire DD de μf\mu_f s'écrit de manière unique sous la forme :

D=∏i=1rQikiavec0≤ki≤miD = \prod_{i=1}^r Q_i^{k_i}   \text{avec}   0 \leq k_i \leq m_i

D'après le lemme des noyaux, pour un tel DD, on a :

ker⁡(D(f))=⨁i=1rker⁡(Qi(f)ki)\ker(D(f)) = \bigoplus_{i=1}^r \ker(Q_i(f)^{k_i})

Posons Ni,k=ker⁡(Qi(f)k)N_{i,k} = \ker(Q_i(f)^k). Pour un indice ii fixé, la suite de sous-espaces (Ni,k)0≤k≤mi(N_{i,k})_{0 \leq k \leq m_i} est croissante au sens de l'inclusion.

Montrons que cette croissance est stricte. Supposons qu'il existe k<mik < m_i tel que Ni,k=Ni,k+1N_{i,k} = N_{i,k+1}.

Par un argument classique sur les suites de noyaux itérés, la suite stationne à partir du rang kk, donc Ni,k=Ni,miN_{i,k} = N_{i,m_i}.

Considérons alors le polynôme M=(∏j≠iQjmj)⋅QikM = \left( \prod_{j \neq i} Q_j^{m_j} \right) \cdot Q_i^k.

D'après le lemme des noyaux appliqué à μf\mu_f, on a E=(⨁j≠iNj,mj)⊕Ni,miE = \left( \bigoplus_{j \neq i} N_{j, m_j} \right) \oplus N_{i, m_i}.

Or, par hypothèse, Ni,mi=Ni,kN_{i, m_i} = N_{i, k}, donc E=(⨁j≠iNj,mj)⊕Ni,kE = \left( \bigoplus_{j \neq i} N_{j, m_j} \right) \oplus N_{i, k}, ce qui signifie que M(f)=0M(f) = 0.

Ceci contredit la définition du polynôme minimal μf\mu_f, car deg⁡(M)<deg⁡(μf)\deg(M) < \deg(\mu_f).

Ainsi, pour chaque ii, on a les inclusions strictes :

{0}=Ni,0⊊Ni,1⊊⋯⊊Ni,mi\{0\} = N_{i,0} \subsetneq N_{i,1} \subsetneq \dots \subsetneq N_{i,m_i}

L'application (k1,…,kr)↦⨁i=1rNi,ki(k_1, \dots, k_r) \mapsto \bigoplus_{i=1}^r N_{i,k_i} est donc injective sur l'ensemble des indices.

Le nombre de choix pour chaque kik_i est mi+1m_i + 1. Le cardinal de K\mathcal{K} est donc :

card(K)=∏i=1r(mi+1)\boxed{\text{card}(\mathcal{K}) = \prod_{i=1}^r (m_i + 1)}

Une erreur fréquente est de penser que le cardinal est simplement lié au degré du polynôme minimal ou au nombre de ses diviseurs sans vérifier l'injectivité de l'application D↦ker⁡(D(f))D \mapsto \ker(D(f)). La croissance stricte des noyaux itérés est l'argument clé.