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Soit EE un espace vectoriel de dimension finie n∈N∗n \in \mathbb{N}^* sur un corps KK (K=RK = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}). Pour tout endomorphisme f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E), on note K[f]={P(f)∣P∈K[X]}K[f] = \{P(f) \mid P \in K[X]\} la sous-algèbre de L(E)\mathcal{L}(E) engendrée par ff.

Montrer que l'algèbre K[f]K[f] est isomorphe, en tant que KK-algèbre, à l'algèbre produit KrK^r pour un certain entier r∈N∗r \in \mathbb{N}^* si et seulement si l'endomorphisme ff est diagonalisable.

On précisera, le cas échéant, la valeur de l'entier rr en fonction des propriétés de ff.

1.

Pour le sens direct, utiliser le fait que l'algèbre KrK^r ne possède pas d'élément nilpotent non nul pour en déduire une propriété sur le polynôme minimal de ff.

2.

Pour le sens réciproque, on pourra utiliser les polynômes d'interpolation de Lagrange associés aux valeurs propres de ff pour construire explicitement l'isomorphisme.

3.

On rappelle que K[f]≃K[X]/(πf)K[f] \simeq K[X]/(\pi_f) où πf\pi_f est le polynôme minimal de ff.

Idées clés

•

Lien entre la structure de K[f]K[f] et le polynôme minimal πf\pi_f.

•

Absence d'éléments nilpotents dans KrK^r.

•

Utilisation du lemme des noyaux ou des projecteurs spectraux.

Analyse préliminaire.

On note πf\pi_f le polynôme minimal de ff. L'application

Φ:P∈K[X]⟼P(f)∈K[f]\Phi : P \in K[X] \longmapsto P(f) \in K[f]
est un morphisme d'algèbres surjectif dont le noyau est l'idéal engendré par πf\pi_f.

Par le théorème d'isomorphisme, on a l'isomorphisme d'algèbres :

K[f]≃K[X]/(πf)\boxed{ K[f] \simeq K[X] / (\pi_f) }

Sens réciproque : supposons ff diagonalisable.

Si ff est diagonalisable, son polynôme minimal πf\pi_f est scindé à racines simples sur KK. Notons λ1,…,λr\lambda_1, \dots, \lambda_r les valeurs propres distinctes de ff. On a :

πf=∏i=1r(X−λi)\pi_f = \prod_{i=1}^r (X - \lambda_i)

D'après le théorème des restes chinois (ou par l'étude des polynômes d'interpolation de Lagrange), l'application suivante est un isomorphisme de KK-algèbres :

Ψ:K[X]/(πf)⟶Kr\Psi : K[X] / (\pi_f) \longrightarrow K^r
P‾⟼(P(λ1),…,P(λr))\overline{P} \longmapsto (P(\lambda_1), \dots, P(\lambda_r))

En composant les deux isomorphismes, on obtient que K[f]≃KrK[f] \simeq K^r. On observe que rr est le nombre de valeurs propres distinctes de ff.

r=card(Sp(f))\boxed{ r = \text{card}(\text{Sp}(f)) }

Sens direct : supposons K[f]≃KrK[f] \simeq K^r.

Supposons qu'il existe un isomorphisme de KK-algèbres θ:K[f]→Kr\theta : K[f] \to K^r.

Soit g∈K[f]g \in K[f] un élément nilpotent. Il existe m∈N∗m \in \mathbb{N}^* tel que gm=0g^m = 0. Alors θ(gm)=(θ(g))m=(0,…,0)\theta(g^m) = (\theta(g))^m = (0, \dots, 0).

Dans l'algèbre KrK^r, un élément x=(x1,…,xr)x = (x_1, \dots, x_r) vérifie xm=0x^m = 0 si et seulement si xim=0x_i^m = 0 pour tout ii, ce qui implique xi=0x_i = 0 car KK est un corps. On en déduit que θ(g)=0\theta(g) = 0, et par injectivité de θ\theta, g=0g = 0.

L’algeˋbre K[f] ne contient aucun eˊleˊment nilpotent non nul.\boxed{ \text{L'algèbre } K[f] \text{ ne contient aucun élément nilpotent non nul.} }

Montrons par l'absurde que πf\pi_f est scindé à racines simples.

Si πf\pi_f n'est pas scindé à racines simples, deux cas se présentent :

  1. πf\pi_f possède un facteur irréductible QQ de degré d≥2d \geq 2. Dans ce cas, l'algèbre K[X]/(πf)K[X]/(\pi_f) contient un sous-corps isomorphe à K[X]/(Q)K[X]/(Q), qui est une extension de degré dd. Or KrK^r ne contient que des éléments dont le polynôme minimal est de degré 1. C'est une contradiction.

  2. πf\pi_f possède un facteur (X−λ)k(X-\lambda)^k avec k≥2k \geq 2. Posons P=πfX−λP = \frac{\pi_f}{X-\lambda}. Alors P(f)≠0P(f) \neq 0 par définition du polynôme minimal. Cependant, (P(f))k=(πfX−λ)k−2πf(f)…(P(f))^k = \left(\frac{\pi_f}{X-\lambda}\right)^{k-2} \pi_f(f) \dots Plus simplement, considérons g=(f−λid)∏j≠i(f−λjid)g = (f - \lambda \text{id}) \prod_{j \neq i} (f - \lambda_j \text{id}) si les autres racines existent. Considérons plus directement : soit Q=∏i=1s(X−λi)Q = \prod_{i=1}^s (X-\lambda_i) où les λi\lambda_i sont les racines distinctes de πf\pi_f. Si ff n'est pas diagonalisable, alors QQ ne divise pas πf\pi_f, mais il existe m>1m > 1 tel que πf\pi_f divise QmQ^m. Posons g=Q(f)g = Q(f). Alors g≠0g \neq 0 car QQ ne divise pas πf\pi_f (le degré de QQ est strictement inférieur à celui de πf\pi_f). Cependant gm=Q(f)m=0g^m = Q(f)^m = 0 puisque πf\pi_f divise QmQ^m.

L'élément gg est donc un nilpotent non nul de K[f]K[f], ce qui contredit notre résultat précédent. Par conséquent, πf\pi_f est scindé à racines simples.

f est diagonalisable.\boxed{ f \text{ est diagonalisable.} }

Attention à ne pas oublier de justifier que KrK^r ne possède pas de nilpotents. C'est le point de passage obligé pour prouver que πf\pi_f n'a pas de racines multiples.