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Soit EE un C\mathbb{C}-espace vectoriel de dimension n≥2n \geq 2. On note L(E)\mathcal{L}(E) l'algèbre des endomorphismes de EE et GL(E)\mathrm{GL}(E) le groupe des endomorphismes inversibles.

  1. Soit u∈GL(E)u \in \mathrm{GL}(E). Justifier l'existence et l'unicité d'un polynôme Iu∈C[X]I_u \in \mathbb{C}[X] de degré minimal tel que u−1=Iu(u)u^{-1} = I_u(u).
  2. Exprimer le degré de IuI_u en fonction du degré du polynôme minimal de uu, noté MuM_u.
  3. On considère l'application Φ:u∈GL(E)↦Iu∈Cn−1[X]\Phi : u \in \mathrm{GL}(E) \mapsto I_u \in \mathbb{C}_{n-1}[X]. Déterminer en quels points u∈GL(E)u \in \mathrm{GL}(E) cette application est continue.

1.

Pour la question 1, utiliser le polynôme minimal MuM_u et le fait que uu est inversible pour isoler u−1u^{-1} comme combinaison linéaire de puissances de uu.

2.

Pour la question 2, remarquer que si u−1=P(u)u^{-1} = P(u), alors XP(X)−1X P(X) - 1 est un polynôme annulateur de uu.

3.

Pour la question 3, distinguer le cas où uu est un endomorphisme cyclique (c'est-à-dire deg⁡Mu=n\deg M_u = n) et le cas contraire. Utiliser la densité des matrices à valeurs propres distinctes.

Idées clés

•

Lien entre polynôme annulateur et inverse : P(u)=0P(u)=0 avec P(0)≠0P(0) \neq 0.

•

Propriétés du polynôme minimal MuM_u (degré dd).

•

Définition des endomorphismes cycliques (deg⁡Mu=n\deg M_u = n).

•

Densité des endomorphismes cycliques dans L(E)\mathcal{L}(E).

1. Existence et unicité de IuI_u.

Soit u∈GL(E)u \in \mathrm{GL}(E). Son polynôme minimal MuM_u est de degré d≥1d \geq 1. Puisque uu est inversible, 00 n'est pas valeur propre de uu, donc 00 n'est pas racine de MuM_u.

On peut donc écrire Mu=∑k=0dmkXkM_u = \sum_{k=0}^d m_k X^k avec m0≠0m_0 \neq 0. Comme Mu(u)=0M_u(u) = 0, on a :

m0I+m1u+⋯+mdud=0m_0 I + m_1 u + \dots + m_d u^d = 0

En isolant l'identité et en factorisant par uu, on obtient :

u(−1m0∑k=1dmkuk−1)=Iu \left( -\frac{1}{m_0} \sum_{k=1}^d m_k u^{k-1} \right) = I

Ainsi, le polynôme Iu(X)=−1m0∑k=1dmkXk−1I_u(X) = -\frac{1}{m_0} \sum_{k=1}^d m_k X^{k-1} convient.

Unicité et degré minimal.

Soit PP un polynôme tel que u−1=P(u)u^{-1} = P(u). Alors uP(u)−I=0u P(u) - I = 0, donc le polynôme T(X)=XP(X)−1T(X) = X P(X) - 1 annule uu. Par définition du polynôme minimal, MuM_u divise TT.

Ainsi, deg⁡(T)≥deg⁡(Mu)\deg(T) \geq \deg(M_u), ce qui implique deg⁡(P)+1≥d\deg(P) + 1 \geq d, soit deg⁡(P)≥d−1\deg(P) \geq d-1. Le polynôme IuI_u construit précédemment est de degré au plus d−1d-1.

En réalité, son degré est exactement d−1d-1 car si md=0m_d = 0, cela contredirait deg⁡Mu=d\deg M_u = d. Si deux polynômes P1P_1 et P2P_2 de degré minimal d−1d-1 conviennent, alors (P1−P2)(u)=0(P_1-P_2)(u) = 0. Comme deg⁡(P1−P2)<d\deg(P_1-P_2) < d, l'unique possibilité est P1−P2=0P_1 - P_2 = 0.

On a donc prouvé :

deg⁡(Iu)=deg⁡(Mu)−1\boxed{\deg(I_u) = \deg(M_u) - 1}

2. Étude de la continuité de Φ\Phi.

Soit u∈GL(E)u \in \mathrm{GL}(E). Notons Pu(X)=Xn+∑k=0n−1ak(u)XkP_u(X) = X^n + \sum_{k=0}^{n-1} a_k(u) X^k son polynôme caractéristique. Comme uu est inversible, a0(u)=(−1)ndet⁡(u)≠0a_0(u) = (-1)^n \det(u) \neq 0. D'après le théorème de Cayley-Hamilton, Pu(u)=0P_u(u) = 0, ce qui permet de définir le polynôme :

Qu(X)=−1a0(u)(Xn−1+an−1(u)Xn−2+⋯+a1(u))Q_u(X) = -\frac{1}{a_0(u)} \left( X^{n-1} + a_{n-1}(u) X^{n-2} + \dots + a_1(u) \right)

Ce polynôme QuQ_u vérifie Qu(u)=u−1Q_u(u) = u^{-1} et ses coefficients sont des fonctions continues de uu (car les ak(u)a_k(u) sont polynomiaux en les coefficients de la matrice de uu).

Cas 1 : uu est cyclique. Un endomorphisme est cyclique si deg⁡Mu=n\deg M_u = n. Dans ce cas, deg⁡Iu=n−1\deg I_u = n-1. Par unicité du polynôme de degré ≤n−1\leq n-1 tel que P(u)=u−1P(u)=u^{-1}, on a Φ(u)=Qu\Phi(u) = Q_u. L'ensemble des matrices cycliques C\mathcal{C} est un ouvert de L(E)\mathcal{L}(E) (car c'est le lieu où la famille (I,u,…,un−1)(I, u, \dots, u^{n-1}) est libre). Sur cet ouvert, Φ\Phi coïncide avec l'application continue u↦Quu \mapsto Q_u. Donc Φ\Phi est continue en tout point cyclique.

Cas 2 : uu n'est pas cyclique. Alors d=deg⁡Mu<nd = \deg M_u < n. Donc deg⁡Iu=d−1<n−1\deg I_u = d-1 < n-1. Cependant, l'ensemble des matrices à valeurs propres distinctes (qui sont cycliques) est dense dans L(E)\mathcal{L}(E). Il existe donc une suite (uk)(u_k) d'endomorphismes cycliques convergeant vers uu.

Par continuité de u↦Quu \mapsto Q_u, on a Φ(uk)=Quk→Qu\Phi(u_k) = Q_{u_k} \to Q_u. Si Φ\Phi était continue en uu, on devrait avoir Qu=IuQ_u = I_u. Or, deg⁡Qu=n−1\deg Q_u = n-1 (le coefficient de Xn−1X^{n-1} est −1/a0(u)≠0-1/a_0(u) \neq 0) et deg⁡Iu<n−1\deg I_u < n-1. C'est impossible. Donc Φ\Phi n'est pas continue en uu.

Conclusion :

Φ est continue en u  ⟺  u est un endomorphisme cyclique\boxed{\Phi \text{ est continue en } u \iff u \text{ est un endomorphisme cyclique}}

Attention à ne pas croire que IuI_u est toujours le polynôme obtenu via Cayley-Hamilton. Ce dernier donne un polynôme de degré n−1n-1, mais IuI_u est défini comme étant de degré minimal. Ils ne coïncident que si l'endomorphisme est cyclique.