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Soit EE un R\mathbb{R}-espace vectoriel de dimension finie n⩾1n \geqslant 1. On considère un endomorphisme u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) dont le polynôme minimal πu\pi_u est de la forme πu=X2+aX+b\pi_u = X^2 + aX + b, avec (a,b)∈R2(a, b) \in \mathbb{R}^2 tel que le discriminant Δ=a2−4b\Delta = a^2 - 4b soit strictement négatif.

  1. Montrer que l'endomorphisme uu n'admet aucune valeur propre réelle. En déduire que la dimension nn de l'espace EE est nécessairement paire.
  2. Soit xx un vecteur non nul de EE. On définit le sous-espace Px=Vect⁡(x,u(x))P_x = \operatorname{Vect}(x, u(x)).
    1. Montrer que PxP_x est un plan stable par uu.
    2. Montrer que PxP_x est le plus petit sous-espace vectoriel de EE stable par uu et contenant xx.

  3. Soit FF un sous-espace vectoriel de EE stable par uu. On suppose que x∈Ex \in E n'appartient pas à FF. Montrer que F∩Px={0}F \cap P_x = \{0\}.

  4. En déduire qu'il existe une base B\mathcal{B} de EE dans laquelle la matrice de uu est diagonale par blocs de la forme :
    Mat⁡B(u)=(C(0)⋱(0)C)avecC=(0−b1−a)\operatorname{Mat}_{\mathcal{B}}(u) = \begin{pmatrix} C & & (0)
    & \ddots &
    (0) & & C \end{pmatrix}   \text{avec}   C = \begin{pmatrix} 0 & -b
    1 & -a \end{pmatrix}
  5. Application : On suppose ici que u2+Id⁡E=0u^2 + \operatorname{Id}_E = 0. Préciser la forme de la matrice obtenue à la question précédente.

1.

Pour la question 1, utiliser le lien entre les racines du polynôme minimal et le spectre, puis considérer le degré du polynôme caractéristique.

2.

Pour la question 2(b), raisonner par l'absurde sur la dimension d'un éventuel sous-espace stable plus petit.

3.

Pour la question 3, considérer un vecteur non nul z∈F∩Pxz \in F \cap P_x et montrer que cela impliquerait Pz⊂FP_z \subset F, puis x∈Fx \in F.

4.

Pour la question 4, procéder par récurrence sur la dimension ou par construction d'une somme directe de plans stables.

Idées clés

•

Lien spectre / polynôme annulateur.

•

Stabilité et minimalité des plans associés aux polynômes irréductibles de degré 2.

•

Construction d'une base par concaténation de bases de plans en somme directe.

Résolution.

  1. Valeurs propres et parité de la dimension. Soit λ\lambda une valeur propre réelle de uu. Alors λ\lambda doit être une racine de tout polynôme annulateur de uu, et en particulier du polynôme minimal πu\pi_u. Or, par hypothèse, le discriminant de πu=X2+aX+b\pi_u = X^2 + aX + b est strictement négatif (Δ<0\Delta < 0), donc πu\pi_u n'admet aucune racine réelle. On en déduit :
    Sp⁡R(u)=∅\boxed{\operatorname{Sp}_{\mathbb{R}}(u) = \emptyset}

    Le polynôme caractéristique χu\chi_u est un polynôme de R[X]\mathbb{R}[X] de degré nn. S'il était de degré impair, le théorème des valeurs intermédiaires assurerait l'existence d'au moins une racine réelle (les limites en ±∞\pm \infty étant opposées). Comme χu\chi_u n'a pas de racine réelle, son degré nn est nécessairement pair.

    n∈2N∗\boxed{n \in 2\mathbb{N}^*}

  2. Étude du plan PxP_x.
    1. Soit x≠0x \neq 0. La famille (x,u(x))(x, u(x)) est libre car sinon xx serait un vecteur propre de uu, ce qui est exclu par la question 1. Ainsi, PxP_x est un plan (dimension 2). Pour la stabilité, soit z∈Pxz \in P_x. Il existe (λ,μ)∈R2(\lambda, \mu) \in \mathbb{R}^2 tels que z=λx+μu(x)z = \lambda x + \mu u(x). Alors u(z)=λu(x)+μu2(x)u(z) = \lambda u(x) + \mu u^2(x). Comme u2+au+bId⁡=0u^2 + au + b\operatorname{Id} = 0, on a u2(x)=−au(x)−bxu^2(x) = -au(x) - bx. D'où u(z)=−bμx+(λ−aμ)u(x)∈Pxu(z) = -b\mu x + (\lambda - a\mu) u(x) \in P_x.
      u(Px)⊂Px\boxed{u(P_x) \subset P_x}

    2. Soit VV un sous-espace stable contenant xx. Alors VV contient u(x)u(x) par stabilité. Par conséquent, Vect⁡(x,u(x))⊂V\operatorname{Vect}(x, u(x)) \subset V, soit Px⊂VP_x \subset V. PxP_x est donc bien le plus petit sous-espace stable contenant xx.

  3. Somme directe avec un sous-espace stable. Supposons par l'absurde que F∩Px≠{0}F \cap P_x \neq \{0\}. Soit z∈F∩Pxz \in F \cap P_x avec z≠0z \neq 0. Puisque z∈Pxz \in P_x et que PxP_x est stable, le sous-espace Pz=Vect⁡(z,u(z))P_z = \operatorname{Vect}(z, u(z)) est inclus dans PxP_x. Comme dim⁡Pz=2\dim P_z = 2 (car z≠0z \neq 0) et dim⁡Px=2\dim P_x = 2, on a Pz=PxP_z = P_x. Or, z∈Fz \in F et FF est stable par uu, donc u(z)∈Fu(z) \in F. On en déduit que Pz⊂FP_z \subset F. Ainsi Px⊂FP_x \subset F, ce qui implique x∈Fx \in F. C'est une contradiction.
    F∩Px={0}\boxed{F \cap P_x = \{0\}}

  4. Réduction par blocs. On construit une suite de sous-espaces stables en somme directe. Initialisation : Soit x1≠0x_1 \neq 0. On pose F1=Px1F_1 = P_{x_1}. C'est un plan stable. Hérédité : Supposons avoir construit Fk=Px1⊕⋯⊕PxkF_k = P_{x_1} \oplus \dots \oplus P_{x_k}, sous-espace stable de dimension 2k2k. Si 2k<n2k < n, il existe xk+1∈E∖Fkx_{k+1} \in E \setminus F_k. D'après la question 3, Fk∩Pxk+1={0}F_k \cap P_{x_{k+1}} = \{0\}. On peut donc poser Fk+1=Fk⊕Pxk+1F_{k+1} = F_k \oplus P_{x_{k+1}}, qui est stable et de dimension 2k+22k+2. Le processus s'arrête quand 2k=n2k = n. On a alors E=Px1⊕⋯⊕PxpE = P_{x_1} \oplus \dots \oplus P_{x_p} avec n=2pn=2p. Dans chaque plan PxiP_{x_i}, la matrice de la restriction de uu dans la base (xi,u(xi))(x_i, u(x_i)) est :
    Mat⁡(xi,u(xi))(u∣Pxi)=(0−b1−a)\operatorname{Mat}_{(x_i, u(x_i))}(u_{|P_{x_i}}) = \begin{pmatrix} 0 & -b
    1 & -a \end{pmatrix}
    car u(xi)=0⋅xi+1⋅u(xi)u(x_i) = 0 \cdot x_i + 1 \cdot u(x_i) et u(u(xi))=−bxi−au(xi)u(u(x_i)) = -b x_i - a u(x_i). En concaténant ces bases, on obtient la matrice diagonale par blocs annoncée.

  5. Cas particulier u2+Id⁡=0u^2 + \operatorname{Id = 0.} Ici πu=X2+1\pi_u = X^2 + 1, donc a=0a=0 et b=1b=1. Chaque bloc diagonal est de la forme :
    C=(0−110)\boxed{C = \begin{pmatrix} 0 & -1
    1 & 0 \end{pmatrix}}

Attention à l'ordre des vecteurs dans la base. Pour obtenir la matrice compagnon (0−b1−a)\begin{pmatrix} 0 & -b
1 & -a \end{pmatrix}
, il faut impérativement choisir la base (x,u(x))(x, u(x)). Si on choisit (u(x),x)(u(x), x), la matrice sera différente.