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Soit uu un endomorphisme d'un K\mathbb{K}-espace vectoriel EE de dimension finie. On note Πu\Pi_u le polynôme minimal de uu.

  1. On suppose que Πu\Pi_u admet un facteur irréductible P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X] de degré p≥1p \geq 1. Montrer qu'il existe un sous-espace vectoriel FF de EE, stable par uu, tel que dim⁡(F)=p\dim(F) = p.
  2. Application au cas réel : que peut-on en déduire pour tout endomorphisme d'un R\mathbb{R}-espace vectoriel de dimension n≥1n \geq 1 ?

1.

Pour la question 1, commencer par justifier que ker⁡P(u)\ker P(u) n'est pas réduit au vecteur nul en utilisant le fait que PP divise Πu\Pi_u.

2.

Choisir un vecteur non nul x∈ker⁡P(u)x \in \ker P(u) et considérer le sous-espace cyclique F=Vect(x,u(x),…,up−1(x))F = \text{Vect}(x, u(x), \dots, u^{p-1}(x)).

3.

Pour la question 2, utiliser la classification des polynômes irréductibles de R[X]\mathbb{R}[X].

Idées clés

•

Utilisation du lien entre les facteurs du polynôme minimal et les noyaux non triviaux.

•

Construction d'un sous-espace cyclique engendré par un vecteur bien choisi.

•

Exploitation du degré des polynômes irréductibles sur R\mathbb{R}.

Résolution.

  1. Étape 1 : Existence d'un vecteur dont le polynôme annulateur est PP. Puisque PP est un facteur irréductible de Πu\Pi_u, on peut écrire Πu=P⋅Q\Pi_u = P \cdot Q avec Q∈K[X]Q \in \mathbb{K}[X]. Par définition du polynôme minimal, Q(u)Q(u) n'est pas l'endomorphisme nul. Il existe donc un vecteur y∈Ey \in E tel que x=Q(u)(y)≠0x = Q(u)(y) \neq 0. En utilisant le fait que Πu(u)=0\Pi_u(u) = 0, on obtient :
    P(u)(x)=P(u)∘Q(u)(y)=Πu(u)(y)=0P(u)(x) = P(u) \circ Q(u)(y) = \Pi_u(u)(y) = 0
    Ainsi, le vecteur xx est un vecteur non nul appartenant à ker⁡P(u)\ker P(u). Étape 2 : Construction du sous-espace stable. Considérons le sous-espace vectoriel FF engendré par la famille B=(x,u(x),…,up−1(x))\mathcal{B} = (x, u(x), \dots, u^{p-1}(x)) :
    F=Vect(x,u(x),…,up−1(x))F = \text{Vect}\left( x, u(x), \dots, u^{p-1}(x) \right)
    Montrons que FF est stable par uu. Pour tout k∈{0,…,p−2}k \in \{0, \dots, p-2\}, l'image de uk(x)u^k(x) par uu est uk+1(x)u^{k+1}(x), qui appartient par définition à FF. Pour le dernier vecteur de la famille, u(up−1(x))=up(x)u(u^{p-1}(x)) = u^p(x). Comme P(u)(x)=0P(u)(x) = 0 et que PP est de degré pp, on peut écrire P=Xp+∑i=0p−1aiXiP = X^p + \sum_{i=0}^{p-1} a_i X^i (quitte à diviser par le coefficient dominant). On a alors :
    up(x)=−∑i=0p−1aiui(x)u^p(x) = - \sum_{i=0}^{p-1} a_i u^i(x)
    Ceci montre que up(x)∈Fu^p(x) \in F. Par linéarité, u(F)⊂Fu(F) \subset F. Étape 3 : Dimension de FF. Montrons que la famille B\mathcal{B} est libre. Supposons qu'il existe une combinaison linéaire nulle ∑i=0p−1λiui(x)=0\sum_{i=0}^{p-1} \lambda_i u^i(x) = 0. Le polynôme L=∑i=0p−1λiXiL = \sum_{i=0}^{p-1} \lambda_i X^i est alors un polynôme annulateur de xx par uu. Or, le polynôme minimal de xx par rapport à uu (noté Πu,x\Pi_{u,x}) divise tout polynôme annulateur de xx. Comme P(u)(x)=0P(u)(x)=0, Πu,x\Pi_{u,x} divise PP. PP étant irréductible et Πu,x\Pi_{u,x} n'étant pas constant (car x≠0x \neq 0), on a nécessairement Πu,x=P\Pi_{u,x} = P (à un facteur scalaire près). Par conséquent, tout polynôme annulateur non nul de xx doit être de degré au moins deg⁡(P)=p\deg(P) = p. Comme deg⁡(L)<p\deg(L) < p, cela impose L=0L=0, donc tous les λi\lambda_i sont nuls. La famille est libre et contient pp vecteurs, donc :
    dim⁡(F)=p\boxed{\dim(F) = p}

  2. Cas où K=R\mathbb{K = \mathbb{R}.} D'après le théorème fondamental de l'algèbre et la structure des polynômes à coefficients réels, les polynômes irréductibles de R[X]\mathbb{R}[X] sont :
    • Les polynômes de degré 1.
    • Les polynômes de degré 2 de la forme X2+bX+cX^2 + bX + c avec un discriminant Δ=b2−4c<0\Delta = b^2 - 4c < 0.
    Puisque tout endomorphisme en dimension finie possède un polynôme minimal, il possède au moins un facteur irréductible dans R[X]\mathbb{R}[X]. D'après la question précédente, si ce facteur est de degré 1, il existe un sous-espace stable de dimension 1 (une droite stable, correspondant à un vecteur propre). Si ce facteur est de degré 2, il existe un sous-espace stable de dimension 2 (un plan stable). On en conclut que :
    Tout endomorphisme d’un R-espace vectoriel de dimension finie admet au moins une droite ou un plan stable.\boxed{\text{Tout endomorphisme d'un }\mathbb{R}\text{-espace vectoriel de dimension finie admet au moins une droite ou un plan stable.}}

Attention à ne pas affirmer que ker⁡P(u)\ker P(u) est de dimension pp. En réalité, ker⁡P(u)\ker P(u) est un sous-espace stable dont la dimension est un multiple de pp (ce que l'on pourrait démontrer avec les lemmes de décomposition), mais il n'est pas nécessairement de dimension pp lui-même. C'est pour cela qu'on extrait un sous-espace cyclique.