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Soit EE un KK-espace vectoriel de dimension finie n⩾1n \geqslant 1 et uu un endomorphisme de EE. On se propose de démontrer l'équivalence entre la simplicité de l'endomorphisme (absence de sous-espaces stables non triviaux) et l'irréductibilité de ses polynômes associés.

Montrer que les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. Les seuls sous-espaces de EE stables par uu sont {0}\{0\} et EE.
  2. Le polynôme caractéristique χu\chi_u est irréductible dans K[X]K[X].
  3. L'endomorphisme uu est cyclique et son polynôme minimal μu\mu_u est irréductible dans K[X]K[X].

1.

Pour (2)  ⟹  (1)(2) \implies (1), utiliser le fait que si FF est un sous-espace stable, alors le polynôme caractéristique de la restriction u∣Fu_{|F} divise χu\chi_u.

2.

Pour (1)  ⟹  (3)(1) \implies (3), montrer d'abord que uu est cyclique en considérant le sous-espace engendré par les itérés d'un vecteur non nul. Pour l'irréductibilité de μu\mu_u, raisonner par l'absurde en utilisant les noyaux de facteurs du polynôme.

3.

Pour (3)  ⟹  (2)(3) \implies (2), utiliser la propriété fondamentale des endomorphismes cycliques liant χu\chi_u et μu\mu_u.

Idées clés

•

Lien entre stabilité et divisibilité des polynômes (restriction).

•

Structure des endomorphismes cycliques (χu=μu\chi_u = \mu_u).

•

Lemme des noyaux et sous-espaces stables.

Démontrons (2)  ⟹  (1)(2) \implies (1).

Soit FF un sous-espace de EE stable par uu. On note uFu_F la restriction de uu à FF. On sait que le polynôme caractéristique de la restriction, noté χuF\chi_{u_F}, divise le polynôme caractéristique de l'endomorphisme total χu\chi_u.

Or, par hypothèse, χu\chi_u est irréductible dans K[X]K[X]. Ses seuls diviseurs unitaires sont donc 11 et χu\chi_u. Comme deg⁡(χuF)=dim⁡(F)\deg(\chi_{u_F}) = \dim(F), nous avons deux possibilités :

  • Soit χuF=1\chi_{u_F} = 1, ce qui implique dim⁡(F)=0\dim(F) = 0, d'où F={0}F = \{0\}.
  • Soit χuF=χu\chi_{u_F} = \chi_u, ce qui implique dim⁡(F)=n\dim(F) = n, d'où F=EF = E.

On en conclut que :

Les seuls sous-espaces stables sont {0} et E.\boxed{\text{Les seuls sous-espaces stables sont } \{0\} \text{ et } E.}

Démontrons (1)  ⟹  (3)(1) \implies (3).

Étape 1 : uu est cyclique. Soit xx un vecteur non nul de EE. On considère le sous-espace cyclique engendré par xx :

Ex=Vect({uk(x)∣k∈N})E_x = \text{Vect}\left(\{u^k(x) \mid k \in \mathbb{N}\}\right)

Par construction, ExE_x est stable par uu. Comme x≠0x \neq 0, ExE_x n'est pas réduit à {0}\{0\}. D'après l'hypothèse (1), on a nécessairement Ex=EE_x = E. L'existence d'un vecteur dont la famille des itérés engendre EE signifie par définition que :

u est un endomorphisme cyclique.\boxed{u \text{ est un endomorphisme cyclique.}}

Étape 2 : μu\mu_u est irréductible. Supposons par l'absurde que μu\mu_u ne soit pas irréductible. Il existe alors deux polynômes non constants AA et BB tels que μu=AB\mu_u = AB. On considère le sous-espace F=ker⁡A(u)F = \ker A(u). FF est un sous-espace vectoriel stable par uu car uu et A(u)A(u) commutent.

  • Si F=EF = E, alors A(u)=0A(u) = 0. Par définition du polynôme minimal, μu\mu_u devrait diviser AA. Cela est impossible car deg⁡(A)<deg⁡(AB)=deg⁡(μu)\deg(A) < \deg(AB) = \deg(\mu_u).
  • Si F={0}F = \{0\}, alors A(u)A(u) est un endomorphisme injectif. Puisque EE est de dimension finie, A(u)A(u) est un automorphisme. Or, on a μu(u)=A(u)B(u)=0\mu_u(u) = A(u)B(u) = 0. En composant par A(u)−1A(u)^{-1} à gauche, on obtient B(u)=0B(u) = 0. Ceci implique que μu\mu_u divise BB, ce qui est impossible car deg⁡(B)<deg⁡(μu)\deg(B) < \deg(\mu_u).

Ainsi, FF serait un sous-espace stable non trivial, ce qui contredit (1).

μu est donc irreˊductible.\boxed{\mu_u \text{ est donc irréductible.}}

Démontrons (3)  ⟹  (2)(3) \implies (2).

On utilise un résultat classique sur les endomorphismes cycliques : un endomorphisme est cyclique si et seulement si son polynôme minimal est égal (au signe près) à son polynôme caractéristique. Ici, uu est cyclique, donc :

χu=μu (aˋ un facteur (−1)n preˋs)\chi_u = \mu_u \text{ (à un facteur } (-1)^n \text{ près)}

Comme μu\mu_u est supposé irréductible dans K[X]K[X], il en résulte immédiatement que :

χu est irreˊductible dans K[X].\boxed{\chi_u \text{ est irréductible dans } K[X].}

L'irréductibilité dépend crucialement du corps KK. Par exemple, le polynôme X2+1X^2+1 est irréductible sur R\mathbb{R} (donc une rotation d'angle π/2\pi/2 dans R2\mathbb{R}^2 n'a pas de droite stable), mais il est scindé sur C\mathbb{C} (la même rotation possède deux droites propres complexes).