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Soit nn un entier naturel non nul et K\mathbb{K} un corps (R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}). On considère une matrice PMn(K)P \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) telle que P2=PP^2 = P et une matrice AMn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}). On définit la matrice MM2n(K)M \in \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{K}) par la structure de blocs suivante :

M=(InA0P)M = \begin{pmatrix} I_n & A
0 & P \end{pmatrix}

  1. Justifier que le polynôme caractéristique de MM est scindé sur K\mathbb{K}.
  2. Déterminer la décomposition de Dunford de MM, c'est-à-dire l'unique couple (D,N)M2n(K)2(D, N) \in \mathcal{M}_{2n}(\mathbb{K})^2 tel que M=D+NM = D + N, avec DD diagonalisable, NN nilpotente et DN=NDD N = N D.
  3. En déduire une expression de MkM^k pour tout kNk \in \mathbb{N}^*.

1.

Pour la question 1, utiliser la structure triangulaire par blocs pour calculer le polynôme caractéristique.

2.

Pour la question 2, on peut chercher NN sous la forme d'un polynôme en MM. Calculer M2MM^2 - M.

3.

Une fois DD et NN identifiés, vérifier soigneusement que DD est diagonalisable (par exemple en montrant qu'elle est un projecteur) et que NN est nilpotente.

4.

Pour la question 3, utiliser la formule du binôme de Newton, qui s'applique car DD et NN commutent.

Idées clés

La décomposition de Dunford (D,N)(D, N) est caractérisée par le fait que DD et NN sont des polynômes en MM.

Une matrice est diagonalisable si elle annule un polynôme scindé à racines simples (ici X(X1)X(X-1) pour un projecteur).

Pour une matrice triangulaire par blocs M=(AB0C)M = \begin{pmatrix} A & B
0 & C \end{pmatrix}
, on a χM=χAχC\chi_M = \chi_A \chi_C.

Résolution.

  1. Par la propriété du déterminant d'une matrice triangulaire par blocs, on a :
    χM(X)=det(XI2nM)=det(XInIn)det(XInP)\chi_M(X) = \det(X I_{2n} - M) = \det(X I_n - I_n) \det(X I_n - P)

    D'où :

    χM(X)=(X1)nχP(X)\chi_M(X) = (X-1)^n \chi_P(X)

    Comme PP est un projecteur, PP est diagonalisable et ses valeurs propres sont incluses dans {0,1}\{0, 1\}. Ainsi, χP(X)=Xnr(X1)r\chi_P(X) = X^{n-r}(X-1)^rr=rg(P)r = \text{rg}(P). Le polynôme caractéristique de MM est donc :

    χM(X)=Xnr(X1)n+r\boxed{\chi_M(X) = X^{n-r}(X-1)^{n+r}}

    Ce polynôme est bien scindé sur K\mathbb{K}.

  2. Cherchons la décomposition M=D+NM = D + N. Calculons les premières puissances de MM.
    M2=(InA0P)(InA0P)=(InA+AP0P2)M^2 = \begin{pmatrix} I_n & A
    0 & P \end{pmatrix} \begin{pmatrix} I_n & A
    0 & P \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} I_n & A + AP
    0 & P^2 \end{pmatrix}

    Comme P2=PP^2 = P, on obtient :

    M2=(InA+AP0P)M^2 = \begin{pmatrix} I_n & A + AP
    0 & P \end{pmatrix}

    Considérons la matrice N=M2MN = M^2 - M. On a :

    N=(InA+AP0P)(InA0P)=(0AP00)N = \begin{pmatrix} I_n & A + AP
    0 & P \end{pmatrix} - \begin{pmatrix} I_n & A
    0 & P \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & AP
    0 & 0 \end{pmatrix}

    On remarque immédiatement que N2=0N^2 = 0, donc NN est nilpotente. Définissons alors D=MND = M - N :

    D=(InA0P)(0AP00)=(InAAP0P)D = \begin{pmatrix} I_n & A
    0 & P \end{pmatrix} - \begin{pmatrix} 0 & AP
    0 & 0 \end{pmatrix} = \boxed{\begin{pmatrix} I_n & A - AP
    0 & P \end{pmatrix}}

    Vérifions que DD est diagonalisable. Calculons D2D^2 :

    D2=(InAAP0P)(InAAP0P)=(In(AAP)+(AAP)P0P2)D^2 = \begin{pmatrix} I_n & A - AP
    0 & P \end{pmatrix} \begin{pmatrix} I_n & A - AP
    0 & P \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} I_n & (A - AP) + (A - AP)P
    0 & P^2 \end{pmatrix}

    Or (AAP)P=APAP2=APAP=0(A - AP)P = AP - AP^2 = AP - AP = 0. Donc :

    D2=(InAAP0P)=DD^2 = \begin{pmatrix} I_n & A - AP
    0 & P \end{pmatrix} = D

    La matrice DD est un projecteur, elle est donc diagonalisable. Enfin, comme N=M2MN = M^2 - M et D=2MM2D = 2M - M^2 sont des polynômes en MM, elles commutent nécessairement. Par unicité de la décomposition de Dunford, on conclut que :

    D=(InAAP0P)etN=(0AP00)\boxed{D = \begin{pmatrix} I_n & A - AP
    0 & P \end{pmatrix}   \text{et}   N = \begin{pmatrix} 0 & AP
    0 & 0 \end{pmatrix}}

  3. Puisque DN=NDDN = ND, on peut utiliser la formule du binôme de Newton. Comme Nj=0N^j = 0 pour tout j2j \ge 2, pour tout k1k \ge 1 :
    Mk=(D+N)k=j=0k(kj)NjDkj=Dk+kNDk1M^k = (D + N)^k = \sum_{j=0}^k \binom{k}{j} N^j D^{k-j} = D^k + k N D^{k-1}

    Comme DD est un projecteur, Dj=DD^j = D pour tout j1j \ge 1. De plus :

    ND=(0AP00)(InAAP0P)=(0AP200)=(0AP00)=NND = \begin{pmatrix} 0 & AP
    0 & 0 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} I_n & A-AP
    0 & P \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & AP^2
    0 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & AP
    0 & 0 \end{pmatrix} = N

    On en déduit par récurrence ou par calcul direct que NDk1=NN D^{k-1} = N. Ainsi :

    Mk=D+kN=(InAAP0P)+(0kAP00)M^k = D + k N = \begin{pmatrix} I_n & A - AP
    0 & P \end{pmatrix} + \begin{pmatrix} 0 & k AP
    0 & 0 \end{pmatrix}

    Finalement :

    Mk=(InA+(k1)AP0P)\boxed{M^k = \begin{pmatrix} I_n & A + (k-1)AP
    0 & P \end{pmatrix}}

Une erreur classique consiste à oublier de vérifier que DD et NN sont des polynômes en MM. Sans cette condition (ou sans vérifier explicitement qu'elles commutent), l'unicité de la décomposition n'est pas garantie. Ici, le calcul de M2MM^2-M fournit directement cette preuve.