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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}). On note λ1,…,λr\lambda_{1}, \ldots, \lambda_{r} les valeurs propres distinctes de AA et χA\chi_A son polynôme caractéristique.

  1. On considère le polynôme P=χApgcd(χA,χA′)P = \frac{\chi_{A}}{\text{pgcd}(\chi_{A}, \chi_{A}')}. Exprimer PP sous forme de produit de facteurs linéaires en fonction des (λi)1≤i≤r(\lambda_i)_{1 \le i \le r}.

    1. Montrer que la matrice P(A)P(A) est nilpotente.
    2. Justifier que la matrice P′(A)P'(A) est inversible et que son inverse P′(A)−1P'(A)^{-1} est un polynôme en AA.

  2. On définit la matrice B=A−P′(A)−1P(A)B = A - P'(A)^{-1} P(A).
    1. Montrer que BB est un polynôme en AA.
    2. Établir que χB=χA\chi_B = \chi_A.

  3. Démontrer qu'il existe un polynôme Q∈C[X,Y]Q \in \mathbb{C}[X, Y] tel que :
    P(X+Y)=P(X)+P′(X)Y+Y2Q(X,Y)P(X+Y) = P(X) + P'(X)Y + Y^2 Q(X, Y)

  4. On définit la suite de matrices (Ak)k∈N(A_k)_{k \in \mathbb{N}} par A0=AA_0 = A et, pour tout k≥0k \ge 0 :
    Ak+1=Ak−P′(Ak)−1P(Ak)A_{k+1} = A_k - P'(A_k)^{-1} P(A_k)
    Justifier que cette suite est bien définie et prouver que, pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, il existe Rk∈C[X]R_k \in \mathbb{C}[X] tel que :
    P(Ak)=P(A)2kRk(A)P(A_k) = P(A)^{2^k} R_k(A)

  5. En déduire que la suite (Ak)(A_k) est stationnaire à partir d'un certain rang vers une matrice DD. Montrer que DD est diagonalisable, que D∈C[A]D \in \mathbb{C}[A] et que N=A−DN = A - D est nilpotente.

1.

Pour la question 1, utiliser le fait que si λ\lambda est racine de multiplicité mm de χA\chi_A, elle est racine de multiplicité m−1m-1 de χA′\chi_A'.

2.

Pour le caractère inversible de P′(A)P'(A), montrer que PP et P′P' sont premiers entre eux et utiliser l'identité de Bézout.

3.

Pour la question 4, utiliser la formule de Taylor pour les polynômes.

4.

Pour la question 5, procéder par récurrence en utilisant le développement de la question 4 appliqué aux matrices.

5.

Pour la question 6, utiliser le fait que P(A)P(A) est nilpotente pour annuler P(Ak)P(A_k) pour kk assez grand.

Idées clés

•

Radical d'un polynôme (polynôme ayant les mêmes racines mais simples).

•

Lien entre nilpotence et racines du polynôme caractéristique.

•

Méthode de Newton appliquée aux matrices pour trouver un "zéro" du polynôme PP.

•

Propriétés des polynômes de matrices (stabilité par produit, commutativité).

Résolution.

  1. Soit χA=∏i=1r(X−λi)mi\chi_A = \prod_{i=1}^r (X - \lambda_i)^{m_i} la décomposition de χA\chi_A en facteurs irréductibles dans C[X]\mathbb{C}[X]. On sait que λi\lambda_i est racine de χA\chi_A avec la multiplicité mim_i, donc elle est racine de χA′\chi_A' avec la multiplicité mi−1m_i - 1. Ainsi, pgcd(χA,χA′)=∏i=1r(X−λi)mi−1\text{pgcd}(\chi_A, \chi_A') = \prod_{i=1}^r (X - \lambda_i)^{m_i - 1}. En effectuant le quotient, on obtient :
    P=∏i=1r(X−λi)\boxed{P = \prod_{i=1}^r (X - \lambda_i)}

    1. Le polynôme PP possède les mêmes racines que χA\chi_A. Soit m=max⁡(m1,…,mr)m = \max(m_1, \dots, m_r). On a alors χA\chi_A qui divise PmP^m. D'après le théorème de Cayley-Hamilton, χA(A)=0\chi_A(A) = 0, donc (P(A))m=0(P(A))^m = 0. La matrice P(A)P(A) est donc bien nilpotente.

    2. Les racines de PP sont toutes simples par construction. Il en résulte que PP et son polynôme dérivé P′P' n'ont aucune racine commune dans C\mathbb{C}. D'après le théorème de Bézout, il existe deux polynômes U,V∈C[X]U, V \in \mathbb{C}[X] tels que :
      UP+VP′=1UP + VP' = 1
      En évaluant en AA, on obtient U(A)P(A)+V(A)P′(A)=IU(A)P(A) + V(A)P'(A) = I. Comme P(A)P(A) est nilpotente, U(A)P(A)U(A)P(A) est également nilpotente. Or, si NN est nilpotente, I−NI-N est inversible (d'inverse ∑Nk\sum N^k). Ici, V(A)P′(A)=I−U(A)P(A)V(A)P'(A) = I - U(A)P(A) est inversible. Comme V(A)V(A) et P′(A)P'(A) commutent, P′(A)P'(A) est inversible. De plus, l'inverse de I−U(A)P(A)I - U(A)P(A) est un polynôme en AA, donc :
      P′(A)−1=(I−U(A)P(A))−1V(A)∈C[A]\boxed{P'(A)^{-1} = (I - U(A)P(A))^{-1} V(A) \in \mathbb{C}[A]}

    1. Par définition, B=A−P′(A)−1P(A)B = A - P'(A)^{-1}P(A). Comme P(A)∈C[A]P(A) \in \mathbb{C}[A] et P′(A)−1∈C[A]P'(A)^{-1} \in \mathbb{C}[A], on en déduit immédiatement par stabilité de l'algèbre C[A]\mathbb{C}[A] que :
      B∈C[A]\boxed{B \in \mathbb{C}[A]}

    2. Puisque BB est un polynôme en AA, AA et BB commutent. Ils sont donc simultanément trigonalisables dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}). Soit μ\mu une valeur propre de AA. La valeur propre correspondante pour BB est :
      f(μ)=μ−P(μ)P′(μ)f(\mu) = \mu - \frac{P(\mu)}{P'(\mu)}
      Or, pour toute valeur propre λi\lambda_i de AA, on a P(λi)=0P(\lambda_i) = 0. Donc f(λi)=λif(\lambda_i) = \lambda_i. Les spectres de AA et BB sont identiques, avec les mêmes multiplicités (car les matrices sont trigonalisables avec les mêmes éléments diagonaux dans une base commune). Ainsi, χB=χA\boxed{\chi_B = \chi_A}.

  2. La formule de Taylor pour un polynôme PP à l'ordre d=deg⁡Pd = \deg P s'écrit :
    P(X+Y)=∑k=0dP(k)(X)k!Yk=P(X)+P′(X)Y+Y2(∑k=2dP(k)(X)k!Yk−2)P(X+Y) = \sum_{k=0}^d \frac{P^{(k)}(X)}{k!} Y^k = P(X) + P'(X)Y + Y^2 \left( \sum_{k=2}^d \frac{P^{(k)}(X)}{k!} Y^{k-2} \right)
    En posant Q(X,Y)=∑k=2dP(k)(X)k!Yk−2Q(X, Y) = \sum_{k=2}^d \frac{P^{(k)}(X)}{k!} Y^{k-2}, qui est bien un polynôme en XX et YY, on obtient le résultat.

  3. La suite est bien définie si à chaque étape P′(Ak)P'(A_k) est inversible. Comme chaque AkA_k est un polynôme en AA, toutes les matrices AkA_k commutent. De la même façon qu'à la question 2(b), comme AkA_k a le même spectre que AA (par récurrence immédiate), P′(Ak)P'(A_k) n'a pas 00 pour valeur propre. Montrons par récurrence la propriété P(Ak)∈(P(A)2k)C[A]P(A_k) \in (P(A)^{2^k}) \mathbb{C}[A]. Pour k=0k=0, P(A0)=P(A)20⋅1P(A_0) = P(A)^{2^0} \cdot 1. Supposons la propriété au rang kk. On utilise la formule de la question 4 avec X=AkX = A_k et Y=−P′(Ak)−1P(Ak)Y = -P'(A_k)^{-1}P(A_k) :
    P(Ak+1)=P(Ak)+P′(Ak)(−P′(Ak)−1P(Ak))+(P′(Ak)−1P(Ak))2Q(Ak,Y)P(A_{k+1}) = P(A_k) + P'(A_k)\left(-P'(A_k)^{-1}P(A_k)\right) + \left(P'(A_k)^{-1}P(A_k)\right)^2 Q(A_k, Y)
    Le calcul se simplifie en :
    P(Ak+1)=P(Ak)−P(Ak)+P(Ak)2(P′(Ak)−1)2Q(Ak,Y)=P(Ak)2⋅Sk(A)P(A_{k+1}) = P(A_k) - P(A_k) + P(A_k)^2 \left( P'(A_k)^{-1} \right)^2 Q(A_k, Y) = P(A_k)^2 \cdot S_k(A)
    Par hypothèse de récurrence, P(Ak)=P(A)2kRk(A)P(A_k) = P(A)^{2^k} R_k(A), donc :
    P(Ak+1)=(P(A)2k)2Rk(A)2Sk(A)=P(A)2k+1Rk+1(A)P(A_{k+1}) = (P(A)^{2^k})^2 R_k(A)^2 S_k(A) = P(A)^{2^{k+1}} R_{k+1}(A)
    Ceci achève la récurrence.

  4. Comme P(A)P(A) est nilpotente, il existe m∈Nm \in \mathbb{N} tel que P(A)m=0P(A)^m = 0. Pour kk suffisamment grand, on a 2k≥m2^k \ge m, donc P(A)2k=0P(A)^{2^k} = 0, ce qui implique P(Ak)=0P(A_k) = 0. Dès lors, Ak+1=Ak−P′(Ak)−1⋅0=AkA_{k+1} = A_k - P'(A_k)^{-1} \cdot 0 = A_k. La suite est stationnaire à une matrice DD. Comme Ak∈C[A]A_k \in \mathbb{C}[A] pour tout kk, par passage à la limite (ici stationnaire), D∈C[A]\boxed{D \in \mathbb{C}[A]}. Puisque P(D)=0P(D) = 0 et que PP est scindé à racines simples, DD est diagonalisable. Enfin, N=A−D=∑j=0k−1(Aj−Aj+1)=∑j=0k−1P′(Aj)−1P(Aj)N = A - D = \sum_{j=0}^{k-1} (A_j - A_{j+1}) = \sum_{j=0}^{k-1} P'(A_j)^{-1}P(A_j). Chaque terme de la somme est un polynôme en AA sans constante vis-à-vis des valeurs propres (car P(λi)=0P(\lambda_i)=0), ou plus simplement, NN est un polynôme en AA dont toutes les valeurs propres sont nulles (car Sp(D)=Sp(A)\text{Sp}(D) = \text{Sp}(A) et ils commutent), donc N est nilpotente\boxed{N \text{ est nilpotente}}.

Attention à ne pas oublier de justifier que P′(A)P'(A) est inversible. L'argument crucial est que PP n'a que des racines simples, ce qui rend PP et P′P' premiers entre eux. Sans cela, P′(A)P'(A) pourrait être singulière.