Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie n≥1 et u un endomorphisme nilpotent de E.
Un sous-espace vectoriel F de E est dit u-cyclique s'il est stable par u et s'il existe un vecteur x∈F tel que la famille (x,u(x),…,ud−1(x)) forme une base de F, où d=dimF.
Propriétés préliminaires
Montrer que si F est un sous-espace u-cyclique de dimension d engendré par x, alors ud(x)=0.
Déterminer la forme de la matrice de l'endomorphisme induit par u sur un sous-espace u-cyclique dans la base (ud−1(x),ud−2(x),…,x).
Quels sont les sous-espaces u-cycliques contenus dans Ker(u) ?
Existence de la décomposition
On souhaite montrer par récurrence sur la dimension de E qu'il existe des sous-espaces u-cycliques F1,…,Fp tels que E=F1⊕⋯⊕Fp.
On suppose le résultat vrai pour tout endomorphisme nilpotent agissant sur un espace de dimension strictement inférieure à n.
On considère l'endomorphisme induit par u sur Im(u), noté v.
D'après l'hypothèse de récurrence, il existe des vecteurs y1,…,yr de Im(u) et des entiers n1,…,nr∈N∗ tels que la famille B′=(ui(yj))1≤j≤r0≤i≤nj−1 soit une base de Im(u) et unj(yj)=0 pour tout j.
Pour chaque j∈{1,…,r}, on choisit un antécédent xj de yj par u.
Montrer que la famille F=(ui(xj))1≤j≤r0≤i≤nj est libre dans E.
On pose G=⨁j=1rVect(xj,u(xj),…,unj(xj)). Justifier que cette somme est directe et que G∩Ker(u)=Vect(un1(x1),…,unr(xr)).
Soit H un supplémentaire de G∩Ker(u) dans Ker(u). Montrer que E=G⊕H.
Conclure qu'il existe une base de E dans laquelle la matrice de u est diagonale par blocs, chaque bloc étant de la forme Jk=0(0)1⋱⋱⋱(0)10.
Unicité de la décomposition
Soit Jd un bloc de Jordan nilpotent de taille d.
Calculer dimKer(Jdk) pour tout k∈N.
En déduire que le nombre de blocs de taille supérieure ou égale à k dans la réduction de u est donné par dk=dimKer(uk)−dimKer(uk−1).
Montrer que la suite des tailles des blocs est unique à permutation près.
1.
Pour la question 1(a), utiliser le fait que u est nilpotent et que la famille est une base.
2.
Pour la question 2(a), partir d'une combinaison linéaire nulle, appliquer u pour se ramener à la base de Im(u), puis traiter les termes restants qui sont dans le noyau.
3.
Pour la question 2(c), utiliser le théorème du rang pour comparer les dimensions.
4.
Pour la question 3(b), exprimer dimKer(uk) comme la somme des dimKer(Jnjk) pour chaque bloc.
Idées clés
•
Récurrence sur la dimension via l'image de l'endomorphisme.
•
Prolongement d'une structure cyclique de Im(u) vers E.
•
Lien entre dimensions des noyaux itérés et tailles des blocs (invariants numériques).
Résolution.
Préliminaires
Soit F cyclique de dimension d engendré par x. Puisque u est nilpotent, il existe k∈N∗ tel que uk(x)=0.
Si ud(x)=0, alors la famille (x,u(x),…,ud(x)) serait libre (propriété classique des endomorphismes nilpotents), ce qui contredirait dimF=d.
ud(x)=0
Dans la base BF=(ud−1(x),ud−2(x),…,u(x),x), on a u(ud−1(x))=0, u(ud−2(x))=ud−1(x), etc. La matrice est :
MatBF(u∣F)=00⋮010⋮001⋱………⋱0
Si F⊂Ker(u) est cyclique de dimension d, alors u(x)=0 pour tout x∈F. La famille (x,u(x),…) se réduit à (x). Donc dimF=1.
Les sous-espaces u-cycliques de Ker(u) sont les droites vectorielles.
Existence
Supposons ∑j=1r∑i=0njλi,jui(xj)=0. En appliquant u, on obtient :
Comme unj(yj)=0 et que les (ui(yj)) forment une base de Im(u), on en déduit λi,j=0 pour tout j∈{1,…,r} et i∈{0,…,nj−1}.
L'équation initiale devient ∑j=1rλnj,junj(xj)=0.
Or unj(xj)=unj−1(yj), et ces vecteurs font partie de la base de Im(u), donc ils sont libres.
La famille F est libre.
La somme est directe car la réunion des bases des composantes forme la famille libre F.
Un élément de G∩Ker(u) s'écrit z=∑j,iai,jui(xj) tel que u(z)=0.
En reprenant le raisonnement du (a), cela impose ai,j=0 pour i<nj.
G∩Ker(u)=Vect(un1(x1),…,unr(xr))
On a dimG=∑j=1r(nj+1)=dimIm(u)+r.
Par construction, G∩Ker(u) a pour dimension r.
Soit H tel que Ker(u)=(G∩Ker(u))⊕H. Alors dimH=dimKer(u)−r.
Somme directe : si g+h=0 avec g∈G,h∈H, alors u(g+h)=u(g)=0. Donc g∈G∩Ker(u).
Comme G∩Ker(u)∩H={0}, on a g=0 puis h=0.
Dimension : dim(G⊕H)=dimG+dimH=(dimIm(u)+r)+(dimKer(u)−r)=n.
E=G⊕H
Chaque composante de G est cyclique. H est une somme directe de droites (qui sont cycliques de dimension 1). On obtient la forme de Jordan par blocs.
Unicité
Jd est la matrice d'un décalage. Jdk possède des 1 sur la k-ième sur-diagonale.
dimKer(Jdk)=min(k,d)
Soit md le nombre de blocs de taille d. Alors dimKer(uk)=∑d≥1mdmin(k,d).
En calculant la différence :
dk=dimKer(uk)−dimKer(uk−1)=∑d≥1md(min(k,d)−min(k−1,d)).
Le terme min(k,d)−min(k−1,d) vaut 1 si d≥k et 0 sinon.
dk=d≥k∑md
Le nombre de blocs de taille exactement k est mk=dk−dk+1.
Comme les dimensions des noyaux itérés sont des invariants de l'endomorphisme, les entiers mk sont fixés.
La suite des tailles des blocs est unique.
Attention à ne pas oublier les vecteurs du noyau qui ne sont pas dans l'image. Ils correspondent aux blocs de Jordan de taille 1 (les composantes de l'espace H dans la preuve).