WikiPrépaLivrets

On s'intéresse au dénombrement des classes de similitude de matrices de Mn(K)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) vérifiant certaines propriétés géométriques ou algébriques.

  1. Soit K\mathbb{K} un corps quelconque. Déterminer le nombre de classes de similitude des matrices A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) telles que :
    Im⁡(A)⊂Ker⁡(A−In)\operatorname{Im}(A) \subset \operatorname{Ker}(A - I_n)

  2. Dans cette question, on suppose K=R\mathbb{K} = \mathbb{R}. Donner le nombre de classes de similitude des matrices M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) satisfaisant les équations suivantes :
    1. M2=MM^2 = M
    2. M3=MM^3 = M
    3. M4=MM^4 = M

1.

Pour la question 1, montrez que la condition sur l'image et le noyau est équivalente à A2=AA^2 = A. Rappelez ensuite ce qui caractérise la classe de similitude d'un projecteur.

2.

Pour la question 2, utilisez le fait qu'une matrice est diagonalisable sur R\mathbb{R} si et seulement si elle possède un polynôme annulateur scindé à racines simples sur R\mathbb{R}.

3.

Pour M4=MM^4=M, utilisez le lemme des noyaux avec les facteurs irréductibles du polynôme X4−XX^4-X sur R\mathbb{R}. Le nombre de classes dépendra du nombre de triplets de dimensions possibles.

Idées clés

•

Caractérisation des projecteurs par leur rang.

•

Lien entre polynôme annulateur scindé à racines simples et diagonalisabilité.

•

Dénombrement de triplets d'entiers sous contrainte (méthode des "étoiles et barres").

Résolution.

  1. Analyse de la condition géométrique. Soit y∈Im⁡(A)y \in \operatorname{Im}(A). Par hypothèse, y∈Ker⁡(A−In)y \in \operatorname{Ker}(A-I_n), donc Ay=yAy = y. Comme tout élément de la forme AxAx (pour x∈Knx \in \mathbb{K}^n) appartient à l'image de AA, on en déduit :
    ∀x∈Kn,A(Ax)=Ax  ⟺  A2=A\forall x \in \mathbb{K}^n,   A(Ax) = Ax \iff A^2 = A
    Réciproquement, si A2=AA^2 = A, alors pour tout y∈Im⁡(A)y \in \operatorname{Im}(A), il existe xx tel que y=Axy=Ax. Alors Ay=A2x=Ax=yAy = A^2x = Ax = y, ce qui prouve y∈Ker⁡(A−In)y \in \operatorname{Ker}(A-I_n). Dénombrement des classes. Les matrices vérifiant A2=AA^2=A sont des projecteurs. Deux projecteurs sont semblables si et seulement si ils ont le même rang. Le rang r=rg⁡(A)r = \operatorname{rg}(A) peut prendre toutes les valeurs entières entre 00 et nn.
    Il y a n+1 classes de similitude.\boxed{\text{Il y a } n+1 \text{ classes de similitude.}}

  2. Étude des équations polynomiales sur R\mathbb{R.}

    1. Cas M2=MM^2=M. C'est exactement le cas précédent (projecteurs). La classe de similitude est déterminée par le rang r∈{0,…,n}r \in \{0, \dots, n\}.
      Il y a n+1 classes.\boxed{\text{Il y a } n+1 \text{ classes.}}

    2. Cas M3=MM^3=M. Le polynôme P=X3−X=X(X−1)(X+1)P = X^3 - X = X(X-1)(X+1) annule MM. Ce polynôme est scindé à racines simples sur R\mathbb{R}. Par conséquent, MM est diagonalisable et son spectre est inclus dans {0,1,−1}\{0, 1, -1\}. La classe de similitude de MM est entièrement déterminée par les multiplicités respectives n0,n1,n−1n_0, n_1, n_{-1} des valeurs propres 0,1,−10, 1, -1. Ces multiplicités sont des entiers naturels vérifiant la contrainte :
      n0+n1+n−1=nn_0 + n_1 + n_{-1} = n
      Le nombre de classes est égal au nombre de triplets (n0,n1,n−1)∈N3(n_0, n_1, n_{-1}) \in \mathbb{N}^3 solutions de cette équation. Par un argument classique de combinatoire, ce nombre vaut (n+3−13−1)=(n+22)\binom{n+3-1}{3-1} = \binom{n+2}{2}.
      Il y a (n+1)(n+2)2 classes.\boxed{\text{Il y a } \frac{(n+1)(n+2)}{2} \text{ classes.}}

    3. Cas M4=MM^4=M. Le polynôme annulateur est P=X4−X=X(X−1)(X2+X+1)P = X^4 - X = X(X-1)(X^2+X+1). Le facteur Q=X2+X+1Q = X^2+X+1 est irréductible sur R\mathbb{R} (car son discriminant est Δ=−3<0\Delta = -3 < 0). D'après le lemme des noyaux, on a la décomposition en sous-espaces stables :
      Rn=Ker⁡(M)⊕Ker⁡(M−In)⊕Ker⁡(M2+M+In)\mathbb{R}^n = \operatorname{Ker}(M) \oplus \operatorname{Ker}(M-I_n) \oplus \operatorname{Ker}(M^2+M+I_n)
      Notons p=dim⁡Ker⁡(M)p = \dim \operatorname{Ker}(M), q=dim⁡Ker⁡(M−In)q = \dim \operatorname{Ker}(M-I_n) et d=dim⁡Ker⁡(M2+M+In)d = \dim \operatorname{Ker}(M^2+M+I_n). Sur Ker⁡(M2+M+In)\operatorname{Ker}(M^2+M+I_n), la restriction de MM a pour polynôme minimal X2+X+1X^2+X+1. En dimension finie sur R\mathbb{R}, une telle matrice est semblable à une matrice diagonale par blocs composée de rr blocs de la forme C=(0−11−1)C = \begin{pmatrix} 0 & -1
      1 & -1 \end{pmatrix}
      . Ceci impose que la dimension dd soit paire : d=2rd = 2r. La classe de similitude de MM est donc fixée par le triplet (p,q,r)∈N3(p, q, r) \in \mathbb{N}^3 tel que :
      p+q+2r=np + q + 2r = n
      Comptons ces triplets. Pour chaque rr fixé tel que 0≤2r≤n0 \leq 2r \leq n, on doit avoir p+q=n−2rp+q = n-2r. Il y a (n−2r+1)(n-2r+1) couples (p,q)(p,q) possibles pour un rr donné. Soit m=⌊n/2⌋m = \lfloor n/2 \rfloor. Le nombre total de classes est :
      N=∑r=0m(n−2r+1)N = \sum_{r=0}^{m} (n - 2r + 1)
      En séparant la somme : N=(m+1)(n+1)−2m(m+1)2=(m+1)(n+1−m)N = (m+1)(n+1) - 2\frac{m(m+1)}{2} = (m+1)(n+1-m). Si n=2mn = 2m (pair), N=(m+1)(2m+1−m)=(m+1)2N = (m+1)(2m+1-m) = (m+1)^2. Si n=2m+1n = 2m+1 (impair), N=(m+1)(2m+2−m)=(m+1)(m+2)N = (m+1)(2m+2-m) = (m+1)(m+2).
      Il y a (⌊n2⌋+1)(n+1−⌊n2⌋) classes.\boxed{ \text{Il y a } \left(\left\lfloor \frac{n}{2} \right\rfloor + 1\right) \left(n + 1 - \left\lfloor \frac{n}{2} \right\rfloor\right) \text{ classes.} }

Dans la question M4=MM^4=M, l'erreur classique est d'oublier que la restriction à Ker⁡(M2+M+In)\operatorname{Ker}(M^2+M+I_n) est unique à similitude près. En effet, sur R\mathbb{R}, une matrice dont le polynôme minimal est X2+X+1X^2+X+1 ne possède qu'une seule forme réduite possible (la répétition du bloc compagnon).