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Soit MM une matrice de M2(C)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{C}). On s'intéresse à l'ensemble E(M)E(M) constitué des matrices A∈M2(C)A \in \mathcal{M}_{2}(\mathbb{C}) qui sont à la fois semblables à MM et qui commutent avec MM :

E(M)={A∈M2(C)∣A∼MetAM=MA}E(M) = \{ A \in \mathcal{M}_{2}(\mathbb{C}) \mid A \sim M   \text{et}   AM = MA \}

Déterminer la condition nécessaire et suffisante sur MM pour que l'ensemble E(M)E(M) soit fini.

1.

On rappellera que toute matrice de M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}) est trigonalisable.

2.

Distinguer trois cas selon la structure de réduction de MM : le cas où MM est une matrice scalaire, le cas où MM est diagonalisable avec des valeurs propres distinctes, et le cas où MM n'est pas diagonalisable.

3.

Pour chaque cas, exprimer explicitement le commutant de MM et identifier les matrices de ce commutant qui possèdent le même polynôme caractéristique et le même polynôme minimal que MM.

Idées clés

•

Caractérisation du commutant en dimension 2.

•

Utilisation de la réduction (forme diagonale ou triangulaire augmentée).

•

Lien entre similitude et invariants (spectre et diagonalisabilité).

Résolution.

Soit M∈M2(C)M \in \mathcal{M}_2(\mathbb{C}). Puisque le corps de base est C\mathbb{C}, le polynôme caractéristique de MM est scindé. MM est donc semblable à une matrice de l'un des trois types suivants.

Cas 1 : MM est une matrice scalaire.

Supposons qu'il existe λ∈C\lambda \in \mathbb{C} tel que M=λI2M = \lambda I_2.

Dans ce cas, toute matrice semblable à MM est égale à MM elle-même car :

P(λI2)P−1=λPP−1=λI2P (\lambda I_2) P^{-1} = \lambda P P^{-1} = \lambda I_2

Ainsi, l'ensemble des matrices semblables à MM est le singleton {M}\{M\}.

Comme MM commute évidemment avec elle-même, on a :

E(M)={M}\boxed{E(M) = \{M\}}

Dans ce cas, E(M)E(M) est fini (de cardinal 1).

Cas 2 : MM est diagonalisable avec deux valeurs propres distinctes.

Supposons que Sp(M)={λ,μ}\text{Sp}(M) = \{\lambda, \mu\} avec λ≠μ\lambda \neq \mu. Il existe P∈GL2(C)P \in GL_2(\mathbb{C}) telle que M=PDP−1M = P D P^{-1} avec D=(λ00μ)D = \begin{pmatrix} \lambda & 0
0 & \mu \end{pmatrix}
.

Une matrice AA commute avec MM si et seulement si P−1APP^{-1}AP commute avec DD. Or, une matrice commute avec une matrice diagonale à éléments diagonaux distincts si et seulement si elle est elle-même diagonale. On en déduit que :

C(M)={P(a00b)P−1∣(a,b)∈C2}C(M) = \{ P \begin{pmatrix} a & 0
0 & b \end{pmatrix} P^{-1} \mid (a,b) \in \mathbb{C}^2 \}

Soit A∈C(M)A \in C(M). AA est semblable à MM si et seulement si elles ont le même spectre (en tenant compte des multiplicités) et sont toutes deux diagonalisables. Ici, A=Pdiag(a,b)P−1A = P \text{diag}(a,b) P^{-1} est déjà diagonalisable. Son spectre est {a,b}\{a, b\}. On a donc A∼MA \sim M si et seulement si {a,b}={λ,μ}\{a, b\} = \{\lambda, \mu\}.

Ceci offre deux possibilités pour le couple (a,b)(a,b) : (λ,μ)(\lambda, \mu) ou (μ,λ)(\mu, \lambda). On obtient :

E(M)={M, P(μ00λ)P−1}\boxed{E(M) = \{ M,   P \begin{pmatrix} \mu & 0
0 & \lambda \end{pmatrix} P^{-1} \}}

Dans ce cas, E(M)E(M) est fini (de cardinal 2).

Cas 3 : MM n'est pas diagonalisable.

Puisque MM n'est pas diagonalisable mais possède un polynôme caractéristique scindé sur C\mathbb{C}, elle admet une valeur propre unique λ\lambda de multiplicité 2. Il existe P∈GL2(C)P \in GL_2(\mathbb{C}) telle que M=PTP−1M = P T P^{-1} avec T=(λ10λ)T = \begin{pmatrix} \lambda & 1
0 & \lambda \end{pmatrix}
.

Calculons le commutant de TT. Une matrice (abcd)\begin{pmatrix} a & b
c & d \end{pmatrix}
commute avec TT si et seulement si :

(abcd)(λ10λ)=(λ10λ)(abcd)  ⟺  (λaa+λbλcc+λd)=(λa+cλb+dλcλd)\begin{pmatrix} a & b
c & d \end{pmatrix} \begin{pmatrix} \lambda & 1
0 & \lambda \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \lambda & 1
0 & \lambda \end{pmatrix} \begin{pmatrix} a & b
c & d \end{pmatrix} \iff \begin{pmatrix} \lambda a & a + \lambda b
\lambda c & c + \lambda d \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} \lambda a + c & \lambda b + d
\lambda c & \lambda d \end{pmatrix}

Ce qui impose c=0c = 0 et a=da = d. Ainsi :

C(M)={P(ab0a)P−1∣(a,b)∈C2}C(M) = \{ P \begin{pmatrix} a & b
0 & a \end{pmatrix} P^{-1} \mid (a,b) \in \mathbb{C}^2 \}

Soit A∈C(M)A \in C(M), de la forme A=P(ab0a)P−1A = P \begin{pmatrix} a & b
0 & a \end{pmatrix} P^{-1}
. AA est semblable à MM si et seulement si elles ont le même polynôme caractéristique et si AA n'est pas diagonalisable. Le polynôme caractéristique de AA est (X−a)2(X-a)^2. On doit donc avoir a=λa = \lambda. Ensuite, AA est diagonalisable si et seulement si A−λI2=0A - \lambda I_2 = 0, ce qui équivaut à b=0b = 0. Par conséquent, A∼MA \sim M si et seulement si a=λa = \lambda et b≠0b \neq 0. L'ensemble E(M)E(M) est donc :

E(M)={P(λb0λ)P−1∣b∈C∗}\boxed{E(M) = \{ P \begin{pmatrix} \lambda & b
0 & \lambda \end{pmatrix} P^{-1} \mid b \in \mathbb{C}^* \}}

Comme C∗\mathbb{C}^* est un ensemble infini, E(M)E(M) est infini dans ce cas.

Synthèse.

L'ensemble E(M)E(M) est fini si et seulement si on se trouve dans le cas 1 ou le cas 2.

E(M) est fini   ⟺  M est diagonalisable\boxed{E(M) \text{ est fini } \iff M \text{ est diagonalisable}}

Ne pas oublier le cas où MM est diagonalisable avec une valeur propre double (matrice scalaire). Dans ce cas, E(M)E(M) ne contient qu'un seul élément, contrairement au cas des valeurs propres distinctes où il en contient deux.