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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}). On rappelle qu'une matrice AA est une involution (ou une symétrie) si A2=InA^2 = I_n.

L'objectif est de démontrer que les deux assertions suivantes sont équivalentes :

  • [i)] Il existe deux involutions A,B∈Mn(C)A, B \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) telles que M=ABM = AB.
  • [ii)] La matrice MM est inversible et semblable à son inverse M−1M^{-1}.

  1. Cas de la dimension n=2n=2.
    1. Montrer l'implication i)  ⟹  ii)i) \implies ii) pour tout n≥2n \ge 2.
    2. Soit M∈GL2(C)M \in GL_2(\mathbb{C}). Montrer que MM est semblable à M−1M^{-1} si et seulement si det⁡(M)=1\det(M) = 1 ou (det⁡(M)=−1\det(M) = -1 et Tr(M)=0\mathrm{Tr}(M) = 0).
    3. Dans le cas n=2n=2, démontrer l'implication ii)  ⟹  i)ii) \implies i). On pourra traiter séparément le cas où MM est diagonalisable et le cas où elle ne l'est pas.

  2. Cas général. Démontrer l'équivalence pour tout n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. Note : Pour l'implication réciproque, on pourra admettre que toute matrice est semblable à sa transposée et que le résultat est vrai pour les matrices compagnons.

1.

Pour i)  ⟹  ii)i) \implies ii), utiliser la relation B=A−1MB = A^{-1}M et calculer AMA−1A M A^{-1}.

2.

Pour le cas n=2n=2, si M∼M−1M \sim M^{-1}, alors elles ont le même polynôme caractéristique. Utiliser les relations entre coefficients et valeurs propres.

3.

Pour ii)  ⟹  i)ii) \implies i) en dimension 2, si MM n'est pas diagonalisable, sa forme réduite contient un bloc avec l'unique valeur propre λ∈{1,−1}\lambda \in \{1, -1\}.

4.

Pour le cas général, l'implication réciproque repose sur la décomposition de l'espace en sous-espaces cycliques (ou l'utilisation de la structure des classes de similitude).

Idées clés

•

Définition d'une involution : A2=I  ⟺  A=A−1A^2 = I \iff A = A^{-1}.

•

Lien entre produit et similitude : AMA−1=A(AB)A=BA=(AB)−1AMA^{-1} = A(AB)A = BA = (AB)^{-1} si A,BA, B sont des involutions.

•

Invariants de similitude : Deux matrices semblables ont la même trace, le même déterminant et le même polynôme caractéristique.

Résolution.

  1. Étude en dimension n=2n=2.
    1. Supposons M=ABM = AB avec A2=InA^2 = I_n et B2=InB^2 = I_n. Comme AA et BB sont inversibles (A−1=AA^{-1}=A et B−1=BB^{-1}=B), MM est inversible en tant que produit de matrices inversibles. On calcule l'inverse de MM :
      M−1=(AB)−1=B−1A−1=BAM^{-1} = (AB)^{-1} = B^{-1}A^{-1} = BA
      Or, on remarque que :
      AMA−1=A(AB)A=(AA)BA=InBA=BAA M A^{-1} = A (AB) A = (AA) BA = I_n BA = BA
      D'où :
      AMA−1=M−1\boxed{A M A^{-1} = M^{-1}}
      La matrice MM est donc semblable à son inverse M−1M^{-1} via la matrice de passage AA.

    2. Soit M∈GL2(C)M \in GL_2(\mathbb{C}). MM est semblable à M−1M^{-1} si et seulement si elles ont le même polynôme caractéristique :
      χM(X)=X2−Tr(M)X+det⁡(M)\chi_M(X) = X^2 - \mathrm{Tr}(M)X + \det(M)
      χM−1(X)=X2−Tr(M−1)X+det⁡(M−1)\chi_{M^{-1}}(X) = X^2 - \mathrm{Tr}(M^{-1})X + \det(M^{-1})
      On sait que det⁡(M−1)=1det⁡(M)\det(M^{-1}) = \frac{1}{\det(M)} et Tr(M−1)=Tr(M)det⁡(M)\mathrm{Tr}(M^{-1}) = \frac{\mathrm{Tr}(M)}{\det(M)} (formule pour n=2n=2 issue de M−1=1det⁡Mcom(M)TM^{-1} = \frac{1}{\det M} \text{com}(M)^T). L'égalité des polynômes caractéristiques impose :
      {det⁡(M)=1det⁡(M)Tr(M)=Tr(M)det⁡(M)  ⟺  {det⁡(M)2=1Tr(M)(det⁡(M)−1)=0\begin{cases} \det(M) = \frac{1}{\det(M)}
      \mathrm{Tr}(M) = \frac{\mathrm{Tr}(M)}{\det(M)} \end{cases} \iff \begin{cases} \det(M)^2 = 1
      \mathrm{Tr}(M)(\det(M) - 1) = 0 \end{cases}
      Premier cas : det⁡(M)=1\det(M) = 1. La seconde condition est toujours vérifiée. Second cas : det⁡(M)=−1\det(M) = -1. La seconde condition impose Tr(M)(−2)=0\mathrm{Tr}(M)(-2) = 0, donc Tr(M)=0\mathrm{Tr}(M) = 0. On conclut :
      M∼M−1  ⟺  det⁡(M)=1 ou (det⁡(M)=−1 et Tr(M)=0)\boxed{M \sim M^{-1} \iff \det(M) = 1 \text{ ou } (\det(M) = -1 \text{ et } \mathrm{Tr}(M) = 0)}

    3. Montrons ii)  ⟹  i)ii) \implies i). Cas 1 : MM est diagonalisable. D'après (b), les valeurs propres (λ1,λ2)(\lambda_1, \lambda_2) vérifient λ1λ2=1\lambda_1 \lambda_2 = 1 ou (λ1λ2=−1\lambda_1 \lambda_2 = -1 et λ1+λ2=0\lambda_1 + \lambda_2 = 0). Dans le premier cas, M∼diag(λ,1/λ)M \sim \text{diag}(\lambda, 1/\lambda). On peut écrire :
      (λ001/λ)=(0110)(01/λλ0)=A′B′\begin{pmatrix} \lambda & 0
      0 & 1/\lambda \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 1
      1 & 0 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 0 & 1/\lambda
      \lambda & 0 \end{pmatrix} = A'B'
      A′A' et B′B' sont des involutions (symétries par rapport à la première bissectrice). Dans le second cas, M∼diag(λ,−λ)M \sim \text{diag}(\lambda, -\lambda) avec λ2=1\lambda^2 = 1, donc λ=±1\lambda = \pm 1. MM est alors déjà une involution (et M=M⋅IM = M \cdot I). Cas 2 : MM n'est pas diagonalisable. L'unique valeur propre λ\lambda doit vérifier λ=1/λ\lambda = 1/\lambda, donc λ∈{1,−1}\lambda \in \{1, -1\}. MM est semblable à (λ10λ)\begin{pmatrix} \lambda & 1
      0 & \lambda \end{pmatrix}
      . On cherche B=(abc−a)B = \begin{pmatrix} a & b
      c & -a \end{pmatrix}
      telle que B2=IB^2 = I et A=MBA = MB soit une involution. Pour M=(1101)M = \begin{pmatrix} 1 & 1
      0 & 1 \end{pmatrix}
      , on choisit B=(110−1)B = \begin{pmatrix} 1 & 1
      0 & -1 \end{pmatrix}
      . On vérifie B2=IB^2 = I et A=MB=(100−1)A = MB = \begin{pmatrix} 1 & 0
      0 & -1 \end{pmatrix}
      , qui est une involution. Le raisonnement est analogue pour λ=−1\lambda = -1.

  2. Cas général. L'implication i)  ⟹  ii)i) \implies ii) a été démontrée en 1(a) pour tout nn. Pour la réciproque ii)  ⟹  i)ii) \implies i), on utilise le fait que toute matrice inversible MM semblable à son inverse est semblable à une matrice diagonale par blocs de matrices compagnons C(Pi)C(P_i), où chaque PiP_i est un polynôme "réciproque" (Pi(X)=Xdeg⁡PiPi(1/X)P_i(X) = X^{\deg P_i} P_i(1/X)). On montre que toute matrice compagnon d'un polynôme réciproque est produit de deux symétries. En effet, si CC est une telle matrice, il existe une symétrie SS telle que SCS=C−1SCS = C^{-1}. En posant A=SA = S et B=SCB = SC, on a M=ABM = AB. Comme B2=(SC)(SC)=S(CSC)=SC−1=IB^2 = (SC)(SC) = S(CSC) = S C^{-1} = I, BB est aussi une involution. Par concaténation des blocs, le résultat s'étend à MM.
    M=AB avec A2=B2=In  ⟺  M∼M−1\boxed{M = AB \text{ avec } A^2=B^2=I_n \iff M \sim M^{-1}}

Attention à ne pas oublier le cas où MM n'est pas diagonalisable en dimension 2. Il ne suffit pas de vérifier l'égalité des valeurs propres, il faut s'assurer que la structure des blocs de similitude est préservée (ce qui est automatique ici car MM et M−1M^{-1} ont le même polynôme minimal).