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Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On considère les deux matrices de M2n(C)\mathcal{M}_{2n}(\mathbb{C}) définies par blocs :

M=(A00A)etN=(AA0A)M = \begin{pmatrix} A & 0
0 & A \end{pmatrix}   \text{et}   N = \begin{pmatrix} A & A
0 & A \end{pmatrix}
Démontrer que si les matrices MM et NN sont semblables, alors la matrice AA est nécessairement nilpotente.

1.

Utiliser le fait que deux matrices semblables ont des invariants de similitude identiques, notamment les dimensions des noyaux des puissances de (M−λI)(M - \lambda I) et (N−λI)(N - \lambda I).

2.

Pour λ∈C\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre éventuelle de AA, étudier le lien entre dim⁡ker⁡(N−λI)\dim \ker(N - \lambda I) et les noyaux des puissances de (A−λI)(A - \lambda I).

3.

Pour λ≠0\lambda \neq 0, établir que dim⁡ker⁡(N−λI)=dim⁡ker⁡(A−λI)2\dim \ker(N - \lambda I) = \dim \ker(A - \lambda I)^2.

4.

Exploiter la propriété de concavité de la suite des dimensions des noyaux itérés (dk=dim⁡ker⁡ukd_k = \dim \ker u^k) pour conclure sur la valeur de λ\lambda.

Idées clés

•

Propriété des matrices semblables : ∀λ∈C,dim⁡ker⁡(M−λI)=dim⁡ker⁡(N−λI)\forall \lambda \in \mathbb{C}, \dim \ker(M - \lambda I) = \dim \ker(N - \lambda I).

•

Analyse de la structure par blocs pour relier les noyaux.

•

Utilisation de la croissance des noyaux itérés pour montrer que seule la valeur propre 00 est possible.

1. Analyse préliminaire des spectres.

Les matrices MM et NN sont triangulaires par blocs (ou diagonale par blocs). Leur polynôme caractéristique est :

χM(X)=χN(X)=(χA(X))2\chi_M(X) = \chi_N(X) = (\chi_A(X))^2
Ainsi, MM et NN ont le même spectre, qui est celui de AA.

Supposons que MM et NN soient semblables. Alors, pour tout λ∈C\lambda \in \mathbb{C}, on doit avoir :

dim⁡ker⁡(M−λI)=dim⁡ker⁡(N−λI)\boxed{\dim \ker(M - \lambda I) = \dim \ker(N - \lambda I)}

2. Calcul des dimensions des noyaux.

Soit λ∈C\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre de AA. Posons B=A−λIB = A - \lambda I. Pour la matrice MM, on a par structure diagonale :

M−λI=(B00B)  ⟹  dim⁡ker⁡(M−λI)=2dim⁡ker⁡BM - \lambda I = \begin{pmatrix} B & 0
0 & B \end{pmatrix} \implies \boxed{\dim \ker(M - \lambda I) = 2 \dim \ker B}

Pour la matrice NN, on a N−λI=(BA0B)N - \lambda I = \begin{pmatrix} B & A
0 & B \end{pmatrix}
. Cherchons le noyau de cette matrice. Un vecteur X=(xy)∈C2nX = \begin{pmatrix} x
y \end{pmatrix} \in \mathbb{C}^{2n}
appartient à ce noyau si et seulement si :

{Bx+Ay=0By=0\begin{cases} Bx + Ay = 0
By = 0 \end{cases}

L'équation By=0By = 0 équivaut à (A−λI)y=0(A - \lambda I)y = 0, soit Ay=λyAy = \lambda y. En substituant dans la première équation, on obtient :

Bx+λy=0Bx + \lambda y = 0

3. Cas où λ≠0\lambda \neq 0.

Si λ≠0\lambda \neq 0, alors on peut exprimer yy en fonction de xx : y=−1λBxy = -\frac{1}{\lambda} Bx. La condition By=0By = 0 devient alors B(−1λBx)=0B(-\frac{1}{\lambda} Bx) = 0, ce qui équivaut à B2x=0B^2 x = 0.

L'application Φ:x∈ker⁡B2↦(x−1λBx)\Phi : x \in \ker B^2 \mapsto \begin{pmatrix} x
-\frac{1}{\lambda} Bx \end{pmatrix}
est clairement un isomorphisme de ker⁡B2\ker B^2 vers ker⁡(N−λI)\ker(N - \lambda I). Par conséquent :

dim⁡ker⁡(N−λI)=dim⁡ker⁡B2\boxed{\dim \ker(N - \lambda I) = \dim \ker B^2}

D'après l'hypothèse de similitude et le résultat du point 2, on en déduit que :

2dim⁡ker⁡B=dim⁡ker⁡B22 \dim \ker B = \dim \ker B^2

4. Utilisation de la suite des noyaux itérés.

Notons dk=dim⁡ker⁡Bkd_k = \dim \ker B^k. Nous avons montré que pour tout λ≠0\lambda \neq 0, d2=2d1d_2 = 2d_1. Or, on sait que la suite des accroissements ek=dk−dk−1e_k = d_k - d_{k-1} est décroissante (propriété classique sur les noyaux itérés). Ici :

e1=d1−d0=d1ete2=d2−d1=2d1−d1=d1e_1 = d_1 - d_0 = d_1   \text{et}   e_2 = d_2 - d_1 = 2d_1 - d_1 = d_1

Puisque e2≤e1e_2 \le e_1 et que nous avons ici e2=e1e_2 = e_1, la suite (ek)(e_k) doit être constante tant qu'elle ne s'est pas stabilisée à 0. Si d1>0d_1 > 0, alors dk=kd1d_k = k d_1 pour tout k≥1k \ge 1. Ceci est impossible car la dimension est bornée par nn. On en déduit donc que :

d1=0\boxed{d_1 = 0}

Cela signifie que pour tout λ≠0\lambda \neq 0, ker⁡(A−λI)={0}\ker(A - \lambda I) = \{0\}. Ainsi, λ\lambda ne peut pas être une valeur propre de AA.

Conclusion.

La seule valeur propre possible pour AA est 00. Puisque nous sommes sur C\mathbb{C}, le polynôme caractéristique de AA est nécessairement χA(X)=Xn\chi_A(X) = X^n. D'après le théorème de Cayley-Hamilton :

An=0\boxed{A^n = 0}
La matrice AA est donc nilpotente.

Ne pas oublier de traiter séparément le cas λ=0\lambda = 0. L'isomorphisme construit utilise la division par λ\lambda, il ne fonctionne donc que pour les valeurs propres non nulles. L'objectif est précisément de montrer qu'il n'y en a pas d'autres que 0.