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Soit EE un espace vectoriel de dimension finie n1n \geq 1 sur un corps K\mathbb{K} (R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}). Pour un endomorphisme fL(E)f \in \mathcal{L}(E) fixé, on considère l'application Φf\Phi_f définie par :

Φf:{L(E)L(E)gfggf\Phi_f : \begin{cases} \mathcal{L}(E) \to \mathcal{L}(E)
g \mapsto f \circ g - g \circ f \end{cases}

  1. On suppose que ff est un endomorphisme diagonalisable de EE.
    1. Montrer que Φf\Phi_f est un endomorphisme diagonalisable de L(E)\mathcal{L}(E).
    2. À partir d'une base de vecteurs propres de ff, construire explicitement une base de vecteurs propres de Φf\Phi_f et préciser ses valeurs propres.

  2. On suppose que ff est un endomorphisme nilpotent de EE. Montrer que Φf\Phi_f est un endomorphisme nilpotent de L(E)\mathcal{L}(E).

1.

Pour la question 1, utilisez une base (e1,,en)(e_1, \dots, e_n) de EE composée de vecteurs propres de ff et considérez la base canonique (Ei,j)(\mathcal{E}_{i,j}) de L(E)\mathcal{L}(E) associée.

2.

Pour la question 2, introduisez les opérateurs de translation à gauche Lf:gfgL_f : g \mapsto f \circ g et à droite Rf:ggfR_f : g \mapsto g \circ f, puis utilisez la formule du binôme de Newton.

Idées clés

Construction d'une base de L(E)\mathcal{L}(E) par produit tensoriel implicite (matrices élémentaires).

Utilisation de la structure d'algèbre pour décomposer Φf\Phi_f en somme d'endomorphismes qui commutent.

Application de la formule du binôme de Newton dans L(L(E))\mathcal{L}(\mathcal{L}(E)).

Résolution.

  1. Cas où ff est diagonalisable.

    1. Soit B=(e1,,en)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_n) une base de EE constituée de vecteurs propres de ff. Il existe donc des scalaires (λ1,,λn)Kn(\lambda_1, \dots, \lambda_n) \in \mathbb{K}^n tels que pour tout k{1,,n}k \in \{1, \dots, n\} :
      f(ek)=λkekf(e_k) = \lambda_k e_k

      Considérons la base de L(E)\mathcal{L}(E) notée (ui,j)1i,jn(u_{i,j})_{1 \leq i, j \leq n} définie par :

      ui,j(ek)=δj,keiu_{i,j}(e_k) = \delta_{j,k} e_i
      δj,k\delta_{j,k} désigne le symbole de Kronecker.

      Calculons l'image de ui,ju_{i,j} par l'application Φf\Phi_f. Pour tout k{1,,n}k \in \{1, \dots, n\} :

      Φf(ui,j)(ek)=(fui,j)(ek)(ui,jf)(ek)\Phi_f(u_{i,j})(e_k) = (f \circ u_{i,j})(e_k) - (u_{i,j} \circ f)(e_k)

      D'une part, on a :

      f(ui,j(ek))=f(δj,kei)=δj,kf(ei)=δj,kλieif(u_{i,j}(e_k)) = f(\delta_{j,k} e_i) = \delta_{j,k} f(e_i) = \delta_{j,k} \lambda_i e_i

      D'autre part, on a :

      ui,j(f(ek))=ui,j(λkek)=λkui,j(ek)=λkδj,keiu_{i,j}(f(e_k)) = u_{i,j}(\lambda_k e_k) = \lambda_k u_{i,j}(e_k) = \lambda_k \delta_{j,k} e_i

      Par linéarité de la différence, il vient :

      Φf(ui,j)(ek)=(λiλj)δj,kei=(λiλj)ui,j(ek)\Phi_f(u_{i,j})(e_k) = (\lambda_i - \lambda_j) \delta_{j,k} e_i = (\lambda_i - \lambda_j) u_{i,j}(e_k)

      Comme cette égalité est vraie pour tout vecteur eke_k de la base B\mathcal{B}, on en déduit l'égalité d'endomorphismes :

      Φf(ui,j)=(λiλj)ui,j\boxed{\Phi_f(u_{i,j}) = (\lambda_i - \lambda_j) u_{i,j}}

    2. Chaque ui,ju_{i,j} est donc un vecteur propre de Φf\Phi_f associé à la valeur propre λiλj\lambda_i - \lambda_j. La famille (ui,j)1i,jn(u_{i,j})_{1 \leq i,j \leq n} forme une base de L(E)\mathcal{L}(E) car elle est l'image de la base canonique de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) par l'isomorphisme de représentation matricielle dans la base B\mathcal{B}.

      L'endomorphisme Φf\Phi_f possède une base de vecteurs propres, il est donc diagonalisable. Ses valeurs propres sont les différences des valeurs propres de ff :

      Sp(Φf)={λμ(λ,μ)Sp(f)2}\boxed{\text{Sp}(\Phi_f) = \{ \lambda - \mu \mid (\lambda, \mu) \in \text{Sp}(f)^2 \}}

  2. Cas où ff est nilpotent.

    Introduisons deux endomorphismes de l'espace vectoriel L(E)\mathcal{L}(E) :

    Lf:gfgetRf:ggfL_f : g \mapsto f \circ g   \text{et}   R_f : g \mapsto g \circ f

    L'application Φf\Phi_f s'écrit alors Φf=LfRf\Phi_f = L_f - R_f. Remarquons que LfL_f et RfR_f commutent. En effet, pour tout gL(E)g \in \mathcal{L}(E) :

    (LfRf)(g)=f(gf)=(fg)f=(RfLf)(g)(L_f \circ R_f)(g) = f \circ (g \circ f) = (f \circ g) \circ f = (R_f \circ L_f)(g)

    Puisque ff est nilpotent, il existe un entier pNp \in \mathbb{N}^* tel que fp=0f^p = 0. On observe alors que :

    Lfp(g)=fpg=0etRfp(g)=gfp=0L_f^p(g) = f^p \circ g = 0   \text{et}   R_f^p(g) = g \circ f^p = 0
    Ainsi LfL_f et RfR_f sont des endomorphismes nilpotents de L(E)\mathcal{L}(E).

    Comme LfL_f et Rf-R_f commutent, nous pouvons appliquer la formule du binôme de Newton pour tout NNN \in \mathbb{N} :

    ΦfN=(LfRf)N=k=0N(Nk)LfNk(Rf)k\Phi_f^N = (L_f - R_f)^N = \sum_{k=0}^N \binom{N}{k} L_f^{N-k} \circ (-R_f)^k

    Choisissons N=2p1N = 2p - 1. Dans chaque terme de la somme, on a soit kpk \geq p, soit Nk=2p1kpN-k = 2p-1-k \geq p (car si kp1k \leq p-1, alors 2p1k2p1(p1)=p2p-1-k \geq 2p-1-(p-1) = p). Par conséquent, chaque terme LfNk(Rf)kL_f^{N-k} \circ (-R_f)^k est nul car soit LfNk=0L_f^{N-k} = 0, soit Rfk=0R_f^k = 0.

    On en conclut que Φf2p1=0\Phi_f^{2p-1} = 0, ce qui prouve que Φf\Phi_f est nilpotent.

    Φf est nilpotent\boxed{\Phi_f \text{ est nilpotent}}

Dans la question 2, il est crucial de justifier que LfL_f et RfR_f commutent avant d'utiliser la formule du binôme de Newton. Sans cette commutativité, la formule est fausse.