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Soit EE un KK-espace vectoriel de dimension finie n≥1n \ge 1. On considère un endomorphisme f∈L(E)f \in \mathcal{L}(E) pour lequel il existe trois scalaires a,ba, b et cc de KK, distincts deux à deux, tels que :

(f−a⋅Id⁡E)∘(f−b⋅Id⁡E)∘(f−c⋅Id⁡E)=0L(E)(f - a \cdot \operatorname{Id}_E) \circ (f - b \cdot \operatorname{Id}_E) \circ (f - c \cdot \operatorname{Id}_E) = 0_{\mathcal{L}(E)}

En utilisant les polynômes d'interpolation de Lagrange associés aux points a,ba, b et cc, démontrer de manière directe que l'endomorphisme ff est diagonalisable.

1.

Introduire les polynômes d'interpolation de Lagrange La,LbL_a, L_b et LcL_c associés aux valeurs a,b,ca, b, c.

2.

Justifier l'identité La+Lb+Lc=1L_a + L_b + L_c = 1 en considérant le degré et les valeurs prises par cette somme.

3.

Évaluer cette identité en l'endomorphisme ff pour décomposer tout vecteur x∈Ex \in E.

4.

Montrer que l'image de chaque projecteur Lλ(f)L_\lambda(f) est incluse dans le sous-espace propre Eλ(f)E_\lambda(f).

Idées clés

•

Utilisation de l'identité d'interpolation pour décomposer l'identité de l'espace.

•

Lien entre polynôme annulateur et appartenance aux noyaux (sous-espaces propres).

•

Caractérisation de la diagonalisabilité par la somme directe des sous-espaces propres.

Résolution.

  1. Définition des polynômes de Lagrange.

    On définit les trois polynômes d'interpolation de Lagrange associés au triplet (a,b,c)(a, b, c) par :

    La(X)=(X−b)(X−c)(a−b)(a−c),Lb(X)=(X−a)(X−c)(b−a)(b−c),Lc(X)=(X−a)(X−b)(c−a)(c−b)L_a(X) = \frac{(X-b)(X-c)}{(a-b)(a-c)},   L_b(X) = \frac{(X-a)(X-c)}{(b-a)(b-c)},   L_c(X) = \frac{(X-a)(X-b)}{(c-a)(c-b)}

    Ces polynômes appartiennent à K2[X]K_2[X]. Par définition de l'interpolation, on a La(a)=1L_a(a) = 1, La(b)=0L_a(b) = 0 et La(c)=0L_a(c) = 0 (et de même par permutation pour LbL_b et LcL_c).

    Considérons le polynôme S=La+Lb+LcS = L_a + L_b + L_c. C'est un polynôme de degré au plus 2. Or, on remarque que S(a)=1+0+0=1S(a) = 1+0+0 = 1, S(b)=0+1+0=1S(b) = 0+1+0 = 1 et S(c)=0+0+1=1S(c) = 0+0+1 = 1.

    Le polynôme S−1S-1 est de degré au plus 2 et possède trois racines distinctes (a,b,ca, b, c). Par conséquent, S−1S-1 est le polynôme nul, ce qui donne l'identité :

    La(X)+Lb(X)+Lc(X)=1\boxed{L_a(X) + L_b(X) + L_c(X) = 1}

  2. Décomposition de l'espace EE.

    En appliquant cette relation à l'endomorphisme ff, nous obtenons l'égalité suivante dans L(E)\mathcal{L}(E) :

    Id⁡E=La(f)+Lb(f)+Lc(f)\operatorname{Id}_E = L_a(f) + L_b(f) + L_c(f)

    Ainsi, pour tout vecteur x∈Ex \in E, on peut écrire :

    x=La(f)(x)+Lb(f)(x)+Lc(f)(x)\boxed{x = L_a(f)(x) + L_b(f)(x) + L_c(f)(x)}

    Cette relation montre que E=Im⁡(La(f))+Im⁡(Lb(f))+Im⁡(Lc(f))E = \operatorname{Im}(L_a(f)) + \operatorname{Im}(L_b(f)) + \operatorname{Im}(L_c(f)).

  3. Lien avec les sous-espaces propres.

    Notons P(X)=(X−a)(X−b)(X−c)P(X) = (X-a)(X-b)(X-c). Par hypothèse, P(f)=0P(f) = 0. Étudions l'image de La(f)L_a(f). Soit y∈Im⁡(La(f))y \in \operatorname{Im}(L_a(f)), alors il existe x∈Ex \in E tel que y=La(f)(x)y = L_a(f)(x). Calculons (f−a⋅Id⁡E)(y)(f - a \cdot \operatorname{Id}_E)(y) : \begin{align*} (f - a \cdot \operatorname{Id}_E)(y) &= (f - a \cdot \operatorname{Id}_E) \circ L_a(f)(x)
    &= (f - a \cdot \operatorname{Id}_E) \circ \frac{(f - b \cdot \operatorname{Id}_E) \circ (f - c \cdot \operatorname{Id}_E)}{(a-b)(a-c)}(x)
    &= \frac{1}{(a-b)(a-c)} P(f)(x) \end{align*}

    Comme P(f)=0P(f) = 0, on en déduit que (f−a⋅Id⁡E)(y)=0(f - a \cdot \operatorname{Id}_E)(y) = 0, donc y∈ker⁡(f−a⋅Id⁡E)y \in \operatorname{ker}(f - a \cdot \operatorname{Id}_E). Ainsi, Im⁡(La(f))⊂Ea(f)\operatorname{Im}(L_a(f)) \subset E_a(f) (où Ea(f)E_a(f) est le sous-espace propre associé à la valeur propre aa, possiblement réduit à {0}\{0\}).

    Par un raisonnement identique pour bb et cc, on obtient :

    Im⁡(La(f))⊂Ea(f),Im⁡(Lb(f))⊂Eb(f),Im⁡(Lc(f))⊂Ec(f)\boxed{\operatorname{Im}(L_a(f)) \subset E_a(f),   \operatorname{Im}(L_b(f)) \subset E_b(f),   \operatorname{Im}(L_c(f)) \subset E_c(f)}

  4. Conclusion sur la diagonalisabilité.

    D'après la décomposition du vecteur xx établie au point 2, tout vecteur de EE est somme de vecteurs appartenant aux sous-espaces propres Ea(f),Eb(f)E_a(f), E_b(f) et Ec(f)E_c(f). On a donc :

    E=Ea(f)+Eb(f)+Ec(f)E = E_a(f) + E_b(f) + E_c(f)

    De plus, nous savons que la somme de sous-espaces propres associés à des valeurs propres distinctes est toujours directe. Par conséquent :

    E=Ea(f)⊕Eb(f)⊕Ec(f)\boxed{E = E_a(f) \oplus E_b(f) \oplus E_c(f)}

    La somme des dimensions des sous-espaces propres étant égale à la dimension de l'espace EE, l'endomorphisme ff est diagonalisable.

Attention à ne pas oublier de mentionner que la somme de sous-espaces propres est directe. Même si l'énoncé demande de montrer que EE est somme de ces espaces, la définition même de la diagonalisabilité repose sur la structure de somme directe (ou sur l'existence d'une base de vecteurs propres).