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Soient d1,d2,…,dnd_1, d_2, \dots, d_n des réels et b1,b2,…,bnb_1, b_2, \dots, b_n des réels strictement positifs. On considère la matrice A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) dont les coefficients sont définis par :

A=(d1+b1b2…bnb1d2+b2…bn⋮⋮⋱⋮b1b2…dn+bn)A = \begin{pmatrix} d_1 + b_1 & b_2 & \dots & b_n
b_1 & d_2 + b_2 & \dots & b_n
\vdots & \vdots & \ddots & \vdots
b_1 & b_2 & \dots & d_n + b_n \end{pmatrix}

  1. Soit λ∈R∖{d1,…,dn}\lambda \in \mathbb{R} \setminus \{d_1, \dots, d_n\}. Montrer que λ\lambda est valeur propre de AA si et seulement si :
    ∑i=1nbiλ−di=1\sum_{i=1}^n \frac{b_i}{\lambda - d_i} = 1
    Déterminer alors la forme des vecteurs propres associés.
  2. Exprimer le polynôme caractéristique χA(t)=det⁡(A−tI)\chi_A(t) = \det(A - tI) en fonction des (di)(d_i) et des (bi)(b_i). On pourra commencer par le cas où les did_i sont deux à deux distincts.
  3. En déduire la valeur du déterminant de AA.
  4. On suppose ici que d1<d2<⋯<dnd_1 < d_2 < \dots < d_n. Démontrer que AA est diagonalisable dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}).
  5. Le résultat de diagonalisabilité reste-t-il vrai si certains did_i sont égaux ?

1.

Pour la question 1, traduire l'équation AX=λXAX = \lambda X en un système d'équations scalaires faisant intervenir la somme S=∑j=1nbjxjS = \sum_{j=1}^n b_j x_j.

2.

Pour le polynôme caractéristique, utiliser la fraction rationnelle F(t)=χA(t)∏i=1n(di−t)F(t) = \frac{\chi_A(t)}{\prod_{i=1}^n (d_i - t)}.

3.

Pour l'étude des racines, appliquer le théorème des valeurs intermédiaires à la fonction f(λ)=∑biλ−di−1f(\lambda) = \sum \frac{b_i}{\lambda - d_i} - 1 sur des intervalles bien choisis.

4.

Pour le cas des valeurs multiples, comparer la multiplicité des racines de χA\chi_A avec la dimension des noyaux ker⁡(A−dkI)\ker(A - d_k I).

Idées clés

•

Étude d'une structure "Diagonale + Rang 1"

•

Lien entre vecteurs propres et fractions rationnelles

•

Argument de séparation des racines (interlacement)

•

Lien entre rang et dimension du noyau pour la diagonalisabilité

Résolution.

  1. Soit X=(x1,…,xn)TX = (x_1, \dots, x_n)^T un vecteur non nul. L'équation AX=λXAX = \lambda X est équivalente au système :
    ∀i∈{1,…,n},(di+bi)xi+∑j≠ibjxj=λxi\forall i \in \{1, \dots, n\},   (d_i + b_i)x_i + \sum_{j \neq i} b_j x_j = \lambda x_i
    En introduisant la somme S=∑j=1nbjxjS = \sum_{j=1}^n b_j x_j, le système se simplifie en :
    ∀i∈{1,…,n},dixi+S=λxi  ⟺  (λ−di)xi=S\forall i \in \{1, \dots, n\},   d_i x_i + S = \lambda x_i \iff (\lambda - d_i)x_i = S
    Si λ∉{d1,…,dn}\lambda \notin \{d_1, \dots, d_n\}, alors pour tout ii, xi=Sλ−dix_i = \frac{S}{\lambda - d_i}. Puisque X≠0X \neq 0, on a nécessairement S≠0S \neq 0 (sinon tous les xix_i seraient nuls). En injectant l'expression de xix_i dans la définition de SS, on obtient :
    S=∑i=1nbiSλ−diS = \sum_{i=1}^n b_i \frac{S}{\lambda - d_i}
    Comme S≠0S \neq 0, on peut simplifier par SS pour obtenir la condition :
    ∑i=1nbiλ−di=1\boxed{\sum_{i=1}^n \frac{b_i}{\lambda - d_i} = 1}
    Le vecteur propre associé est alors nécessairement colinéaire à :
    Xλ=(1λ−d1,…,1λ−dn)T\boxed{X_{\lambda} = \left( \frac{1}{\lambda - d_1}, \dots, \frac{1}{\lambda - d_n} \right)^T}

  2. Si les did_i sont distincts, la fonction f(t)=1−∑i=1nbit−dif(t) = 1 - \sum_{i=1}^n \frac{b_i}{t - d_i} s'annule exactement aux racines de χA(t)\chi_A(t) qui ne sont pas dans {d1,…,dn}\{d_1, \dots, d_n\}. En multipliant par le dénominateur commun ∏(di−t)\prod (d_i - t), on identifie le polynôme caractéristique :
    χA(t)=∏i=1n(di−t)+∑i=1nbi∏j≠i(dj−t)\boxed{\chi_A(t) = \prod_{i=1}^n (d_i - t) + \sum_{i=1}^n b_i \prod_{j \neq i} (d_j - t)}
    Par continuité des coefficients par rapport aux paramètres did_i, cette formule reste valable même si les did_i ne sont pas distincts.

  3. Le déterminant est donné par det⁡(A)=χA(0)\det(A) = \chi_A(0). En appliquant la formule précédente :
    det⁡(A)=∏i=1ndi+∑i=1nbi∏j≠idj\boxed{\det(A) = \prod_{i=1}^n d_i + \sum_{i=1}^n b_i \prod_{j \neq i} d_j}

  4. Supposons d1<d2<⋯<dnd_1 < d_2 < \dots < d_n. Posons f(t)=∑i=1nbit−di−1f(t) = \sum_{i=1}^n \frac{b_i}{t - d_i} - 1. ff est continue et dérivable sur chaque intervalle ]dk,dk+1[]d_k, d_{k+1}[. Sa dérivée f′(t)=−∑bi(t−di)2f'(t) = -\sum \frac{b_i}{(t-d_i)^2} est strictement négative, donc ff est strictement décroissante sur ces intervalles. Étudions les limites : lim⁡t→dk+f(t)=+∞\lim_{t \to d_k^+} f(t) = +\infty et lim⁡t→dk+1−f(t)=−∞\lim_{t \to d_{k+1}^-} f(t) = -\infty. D'après le théorème des valeurs intermédiaires, ff s'annule exactement une fois sur chacun des n−1n-1 intervalles ]dk,dk+1[]d_k, d_{k+1}[. Cela fournit n−1n-1 racines distinctes. De plus, lim⁡t→+∞f(t)=−1\lim_{t \to +\infty} f(t) = -1 et lim⁡t→dn+f(t)=+∞\lim_{t \to d_n^+} f(t) = +\infty, donc il existe une nn-ième racine dans ]dn,+∞[]d_n, +\infty[. On a ainsi trouvé nn racines réelles distinctes pour χA\chi_A.
    La matrice A posseˋde n valeurs propres distinctes, elle est donc diagonalisable.\boxed{\text{La matrice } A \text{ possède } n \text{ valeurs propres distinctes, elle est donc diagonalisable.}}

  5. Si certains did_i sont égaux, la matrice reste diagonalisable. Supposons par exemple que d1=d2=⋯=dp<dp+1<⋯<dnd_1 = d_2 = \dots = d_p < d_{p+1} < \dots < d_n. L'équation (λ−d1)xi=S(\lambda - d_1)x_i = S pour i∈{1,…,p}i \in \{1, \dots, p\} montre que si λ=d1\lambda = d_1, on doit avoir S=0S = 0. S=0S = 0 équivaut à ∑j=1nbjxj=0\sum_{j=1}^n b_j x_j = 0. Pour λ=d1\lambda = d_1, les équations pour i>pi > p deviennent (di−d1)xi+0=0(d_i - d_1)x_i + 0 = 0, soit xi=0x_i = 0. Il reste donc une seule équation pour pp variables (x1,…,xp)(x_1, \dots, x_p) : ∑j=1pbjxj=0\sum_{j=1}^p b_j x_j = 0. L'espace propre Ed1E_{d_1} est donc de dimension p−1p-1. Le polynôme χA\chi_A admet d1d_1 comme racine de multiplicité au moins p−1p-1. Les autres racines (au nombre de n−p+1n-p+1) sont obtenues par l'étude de la fonction ff comme précédemment. Puisque la somme des dimensions des espaces propres atteint nn, la matrice est toujours diagonalisable.

Une erreur fréquente est de penser que si les did_i ne sont pas distincts, la matrice n'est plus diagonalisable. Or, la structure "rang 1" permet de contrôler précisément la perte de dimension de l'espace propre, qui est compensée par la multiplicité de la racine dans le polynôme caractéristique.