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Soit EE un espace vectoriel complexe de dimension finie n∈N∗n \in \mathbb{N}^{*}. On considère une famille (u1,…,up)(u_{1}, \ldots, u_{p}) avec p⩾2p \geqslant 2 d'endomorphismes de EE satisfaisant les conditions suivantes :

  • Pour tout k∈{1,…,p}k \in \{1, \dots, p\}, uk2=−idEu_{k}^{2} = -\text{id}_{E}.
  • Pour tout couple d'indices (k,ℓ)(k, \ell) tels que k≠ℓk \neq \ell, uk∘uℓ=−uℓ∘uku_{k} \circ u_{\ell} = -u_{\ell} \circ u_{k}.

  1. Justifier que chaque uku_{k} est un automorphisme et qu'il est diagonalisable.
  2. Établir que la dimension nn de l'espace EE est nécessairement paire.
  3. Déterminer le spectre de chaque endomorphisme uku_{k}.
  4. Préciser les ordres de multiplicité des valeurs propres pour chacun des uku_{k}.
  5. En déduire la valeur du déterminant de uku_{k}.

1.

Pour la diagonalisabilité, exploiter un polynôme annulateur simple de uku_k.

2.

Pour la dimension et le spectre, étudier comment uℓu_\ell agit sur les sous-espaces propres de uku_k en utilisant la relation d'anticommutation.

3.

Penser à la relation entre le déterminant et les valeurs propres (avec leurs multiplicités).

Idées clés

•

Utilisation d'un polynôme annulateur scindé à racines simples sur C\mathbb{C}.

•

Étude du transfert d'un sous-espace propre vers un autre par un automorphisme.

•

Lien entre la parité de la dimension et la symétrie du spectre.

Résolution.

  1. Soit k∈{1,…,p}k \in \{1, \dots, p\}. L'égalité uk2=−idEu_k^2 = -\text{id}_E montre que uk∘(−uk)=idEu_k \circ (-u_k) = \text{id}_E. Par conséquent, uku_k est inversible et son inverse est −uk-u_k.
    uk∈GL(E)\boxed{u_k \in GL(E)}

    De plus, le polynôme P(X)=X2+1P(X) = X^2 + 1 est un polynôme annulateur de uku_k. Dans C[X]\mathbb{C}[X], ce polynôme se factorise sous la forme :

    P(X)=(X−i)(X+i)P(X) = (X - i)(X + i)
    Les racines de PP sont {i,−i}\{i, -i\}. Elles sont simples. Comme uku_k possède un polynôme annulateur scindé à racines simples sur C\mathbb{C}, on en conclut :
    uk est diagonalisable\boxed{u_k \text{ est diagonalisable}}

  2. Soit λ\lambda une valeur propre de uku_k. D'après la question précédente, Sp(uk)⊂{i,−i}\text{Sp}(u_k) \subset \{i, -i\}. Soit x∈Eλ(uk)x \in E_\lambda(u_k) un vecteur propre associé à λ\lambda, donc uk(x)=λxu_k(x) = \lambda x avec x≠0x \neq 0. Considérons uℓu_\ell avec ℓ≠k\ell \neq k. Utilisons la relation d'anticommutation :
    uk(uℓ(x))=−uℓ(uk(x))=−uℓ(λx)=−λuℓ(x)u_k(u_\ell(x)) = -u_\ell(u_k(x)) = -u_\ell(\lambda x) = -\lambda u_\ell(x)
    Comme uℓu_\ell est un automorphisme et x≠0x \neq 0, alors uℓ(x)≠0u_\ell(x) \neq 0. L'égalité ci-dessus montre que uℓ(x)u_\ell(x) est un vecteur propre de uku_k associé à la valeur propre −λ-\lambda. Ainsi, si λ∈Sp(uk)\lambda \in \text{Sp}(u_k), alors −λ∈Sp(uk)-\lambda \in \text{Sp}(u_k). De plus, l'application uℓu_\ell induit un isomorphisme de Eλ(uk)E_\lambda(u_k) vers E−λ(uk)E_{-\lambda}(u_k). En effet, si y∈Eλ(uk)y \in E_\lambda(u_k), alors uℓ(y)∈E−λ(uk)u_\ell(y) \in E_{-\lambda}(u_k) (même calcul que ci-dessus). L'injectivité est immédiate car uℓu_\ell est un automorphisme. On en déduit que :
    dim⁡Eλ(uk)=dim⁡E−λ(uk)\dim E_\lambda(u_k) = \dim E_{-\lambda}(u_k)
    Comme le spectre est inclus dans {i,−i}\{i, -i\}, les deux seules valeurs propres possibles sont ii et −i-i. Si l'une est valeur propre, l'autre aussi par symétrie. L'espace EE étant la somme directe des sous-espaces propres, on a :
    n=dim⁡Ei(uk)+dim⁡E−i(uk)=2dim⁡Ei(uk)n = \dim E_i(u_k) + \dim E_{-i}(u_k) = 2 \dim E_i(u_k)
    On en conclut que nn est pair.
    n∈2N\boxed{n \in 2\mathbb{N}}

  3. Supposons que le spectre de uku_k soit réduit à un seul élément, par exemple {i}\{i\}. Alors, puisque uku_k est diagonalisable, on aurait uk=i⋅idEu_k = i \cdot \text{id}_E. La relation d'anticommutation ukuℓ=−uℓuku_k u_\ell = -u_\ell u_k deviendrait :
    iuℓ=−iuℓ  ⟹  2iuℓ=0  ⟹  uℓ=0i u_\ell = -i u_\ell \implies 2i u_\ell = 0 \implies u_\ell = 0
    Ceci est impossible car uℓu_\ell est un automorphisme. Le même raisonnement s'applique pour {−i}\{-i\}. Le spectre contient donc nécessairement les deux valeurs.
    Sp(uk)={i,−i}\boxed{\text{Sp}(u_k) = \{i, -i\}}

  4. D'après le résultat de la question 2 sur l'égalité des dimensions des sous-espaces propres :
    dim⁡Ei(uk)=dim⁡E−i(uk)=n2\dim E_i(u_k) = \dim E_{-i}(u_k) = \frac{n}{2}
    Les multiplicités des deux valeurs propres ii et −i-i sont donc égales à n/2n/2.
    m(i)=m(−i)=n2\boxed{m(i) = m(-i) = \frac{n}{2}}

  5. Le déterminant est le produit des valeurs propres comptées avec leur multiplicité.
    det⁡(uk)=in/2⋅(−i)n/2=(i⋅(−i))n/2=(1)n/2\det(u_k) = i^{n/2} \cdot (-i)^{n/2} = (i \cdot (-i))^{n/2} = (1)^{n/2}
    On obtient donc :
    det⁡(uk)=1\boxed{\det(u_k) = 1}

L'erreur classique serait d'oublier de justifier que les deux valeurs ii et −i-i sont effectivement dans le spectre. La diagonalisabilité seule ne garantit pas que toutes les racines du polynôme annulateur sont des valeurs propres, c'est l'anticommutation qui impose ici la présence des deux racines.