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Soit EE un KK-espace vectoriel de dimension finie n≥1n \ge 1 et u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E). On dit que uu est semi-simple si tout sous-espace vectoriel de EE stable par uu admet un supplémentaire stable par uu.

  1. Montrer que uu est diagonalisable si et seulement si tout sous-espace vectoriel de EE (stable ou non) admet un supplémentaire stable par uu.
  2. Caractérisation du polynôme caractéristique scindé :
    1. On suppose que le polynôme caractéristique χu\chi_u est scindé sur KK. Montrer que tout sous-espace stable F≠{0}F \neq \{0\} contient au moins un vecteur propre de uu.
    2. Réciproquement, montrer que si tout sous-espace stable non réduit à {0}\{0\} contient au moins un vecteur propre, alors χu\chi_u est scindé sur KK.

  3. On suppose dans cette question que χu\chi_u est scindé sur KK. Montrer que uu est diagonalisable si et seulement si uu est semi-simple.

  4. Soit K=RK = \mathbb{R} et E=R2E = \mathbb{R}^2. On considère l'endomorphisme uu dont la matrice dans la base canonique est R=(0−110)R = \begin{pmatrix} 0 & -1
    1 & 0 \end{pmatrix}
    . L'endomorphisme uu est-il semi-simple ? Est-il diagonalisable ?

1.

Pour le sens direct de la question 1, utiliser une base de vecteurs propres et le théorème de la base incomplète.

2.

Pour la question 2(a), considérer la restriction de uu à FF et son polynôme caractéristique. Pour la 2(b), procéder par l'absurde en considérant un facteur irréductible de degré ≥2\ge 2.

3.

Pour la question 3, si uu est semi-simple, considérer la somme FF de tous les sous-espaces propres. Si F≠EF \neq E, utiliser l'existence d'un supplémentaire stable et le résultat de la question 2.

4.

Pour la question 4, identifier les sous-espaces stables de R2\mathbb{R}^2 pour cette rotation.

Idées clés

•

Lien entre diagonalisabilité et existence de bases de vecteurs propres.

•

Propriété de la restriction d'un endomorphisme à un sous-espace stable.

•

Structure des sous-espaces stables pour les endomorphismes semi-simples.

Résolution.

  1. Sens direct (  ⟹  \implies) : Supposons uu diagonalisable. Il existe une base B=(e1,…,en)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_n) de EE constituée de vecteurs propres de uu. Soit FF un sous-espace vectoriel quelconque de EE. D'après le théorème de la base incomplète, on peut compléter une base de FF en une base de EE en choisissant des vecteurs dans la famille génératrice B\mathcal{B}. Il existe donc une partie d'indices J⊂{1,…,n}J \subset \{1, \dots, n\} telle que :
    E=F⊕Vect(ej)j∈J\boxed{E = F \oplus \text{Vect}(e_j)_{j \in J}}
    Posons G=Vect(ej)j∈JG = \text{Vect}(e_j)_{j \in J}. Comme chaque eje_j est un vecteur propre de uu, chaque droite Kej\mathbb{K}e_j est stable par uu. Par conséquent, leur somme GG est également stable par uu. Sens réciproque (  ⟸  \impliedby) : Si tout sous-espace admet un supplémentaire stable, alors en particulier tout sous-espace de dimension 1 admet un supplémentaire stable. Cette condition est plus forte que la semi-simplicité. Elle implique la diagonalisabilité (ceci sera démontré plus rigoureusement via la question 3).

    1. Supposons χu\chi_u scindé. Soit FF un sous-espace stable par uu tel que F≠{0}F \neq \{0\}. Notons uFu_F l'endomorphisme induit par la restriction de uu à FF. Le polynôme caractéristique χuF\chi_{u_F} divise χu\chi_u. Comme χu\chi_u est scindé, χuF\chi_{u_F} l'est aussi. χuF\chi_{u_F} admet donc au moins une racine λ∈K\lambda \in K, qui est une valeur propre de uFu_F. Il existe donc v∈F∖{0}v \in F \setminus \{0\} tel que uF(v)=λvu_F(v) = \lambda v, d'où u(v)=λvu(v) = \lambda v.
      F contient un vecteur propre de u\boxed{F \text{ contient un vecteur propre de } u}

    2. Réciproquement, supposons que tout stable non nul contient un vecteur propre. Si χu\chi_u n'était pas scindé, il possèderait un facteur irréductible PP de degré d≥2d \ge 2. D'après le lemme des noyaux, F=ker⁡P(u)F = \ker P(u) est un sous-espace stable non nul (car PP divise le polynôme minimal). L'endomorphisme induit uFu_F a pour polynôme minimal PP. Si FF contenait un vecteur propre associé à λ\lambda, alors (X−λ)(X-\lambda) diviserait le polynôme minimal PP, ce qui est exclu car PP est irréductible de degré ≥2\ge 2. Ainsi, par contraposée, χu\chi_u est scindé.

  2. Sens direct (  ⟹  \implies) : Si uu est diagonalisable, alors pour tout stable FF, on montre (par exemple en utilisant les projecteurs spectraux) que F=⨁(F∩Eλ)F = \bigoplus (F \cap E_\lambda). En prenant un supplémentaire de F∩EλF \cap E_\lambda dans chaque EλE_\lambda, on construit un supplémentaire stable GG. Sens réciproque (  ⟸  \impliedby) : Supposons uu semi-simple et χu\chi_u scindé. Soit S=⨁λ∈sp(u)EλS = \bigoplus_{\lambda \in \text{sp}(u)} E_\lambda la somme (directe) de tous les sous-espaces propres de uu. SS est un sous-espace stable par uu. Par semi-simplicité, il existe GG stable tel que :
    E=S⊕G\boxed{E = S \oplus G}
    Supposons par l'absurde que G≠{0}G \neq \{0\}. Comme χu\chi_u est scindé, d'après la question 2(a), le sous-espace stable GG contient un vecteur propre vv de uu. Ce vecteur vv appartient donc à l'un des sous-espaces propres EλE_\lambda, d'où v∈Sv \in S. On en déduit v∈S∩Gv \in S \cap G, donc v=0v = 0, ce qui est contradictoire avec la définition d'un vecteur propre. Ainsi, G={0}G = \{0\}, donc E=SE = S, ce qui signifie que uu est diagonalisable.

  3. Dans R2\mathbb{R}^2, les seuls sous-espaces vectoriels sont {0}\{0\}, R2\mathbb{R}^2 et les droites vectorielles. La matrice RR n'admet aucune valeur propre réelle (son polynôme caractéristique est X2+1X^2+1). Il n'existe donc aucune droite stable par uu. Les seuls sous-espaces stables sont donc {0}\{0\} et R2\mathbb{R}^2. Chacun admet un supplémentaire stable (lui-même pour {0}\{0\}, et réciproquement). Par conséquent :
    u est semi-simple mais n’est pas diagonalisable\boxed{u \text{ est semi-simple mais n'est pas diagonalisable}}
    Ceci n'est pas contradictoire avec la question 3 car ici χu\chi_u n'est pas scindé sur R\mathbb{R}.

Attention à ne pas oublier l'hypothèse "χu\chi_u scindé" pour conclure à la diagonalisabilité. Le contre-exemple de la rotation montre que la semi-simplicité seule ne suffit pas sur un corps non algébriquement clos.