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Soient EE un espace vectoriel de dimension finie sur un corps K\mathbb{K} (où K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}). On considère trois endomorphismes f,u,vL(E)f, u, v \in \mathcal{L}(E) ainsi que deux scalaires α,βK\alpha, \beta \in \mathbb{K}.

On suppose que pour tout entier i{1,2,3}i \in \{1, 2, 3\}, on a la relation :

fi=αiu+βivf^i = \alpha^i u + \beta^i v

  1. Démontrer que l'endomorphisme ff est diagonalisable.
  2. On suppose ici K=R\mathbb{K} = \mathbb{R}. Déterminer l'expression de l'exponentielle de l'endomorphisme efe^f en fonction de idE,u,v,α\text{id}_E, u, v, \alpha et β\beta.

1.

Chercher un polynôme de degré 3 qui annule ff en utilisant les trois relations fournies. On pourra s'inspirer de la forme des relations pour tester le polynôme P(X)=X(Xα)(Xβ)P(X) = X(X-\alpha)(X-\beta).

2.

Distinguer les cas où les racines α,β\alpha, \beta et 00 sont distinctes ou confondues pour conclure sur la diagonalisabilité via le polynôme minimal.

3.

Pour le calcul de efe^f, établir par récurrence une formule générale pour fkf^k pour tout kNk \in \mathbb{N}^* en utilisant la relation de récurrence linéaire satisfaite par les puissances de ff.

Idées clés

Recherche d'un polynôme annulateur scindé à racines simples.

Utilisation d'une relation de récurrence linéaire pour généraliser les puissances de ff.

Définition de l'exponentielle d'un endomorphisme par sa série entière.

Résolution.

  1. Étude de la diagonalisabilité de ff :

    Considérons le polynôme P(X)=X(Xα)(Xβ)P(X) = X(X-\alpha)(X-\beta). Développons-le :

    P(X)=X3(α+β)X2+αβXP(X) = X^3 - (\alpha+\beta)X^2 + \alpha\beta X

    Calculons l'image de ff par ce polynôme en utilisant les hypothèses de l'énoncé :

    P(f)=f3(α+β)f2+αβfP(f) = f^3 - (\alpha+\beta)f^2 + \alpha\beta f

    En remplaçant les puissances de ff par les expressions fournies :

    P(f)=(α3u+β3v)(α+β)(α2u+β2v)+αβ(αu+βv)P(f) = (\alpha^3 u + \beta^3 v) - (\alpha+\beta)(\alpha^2 u + \beta^2 v) + \alpha\beta (\alpha u + \beta v)

    Regroupons les termes en uu et en vv :

    P(f)=(α3(α+β)α2+α2β)u+(β3(α+β)β2+αβ2)vP(f) = \left( \alpha^3 - (\alpha+\beta)\alpha^2 + \alpha^2\beta \right) u + \left( \beta^3 - (\alpha+\beta)\beta^2 + \alpha\beta^2 \right) v

    Simplifions les coefficients :

    α3α3βα2+α2β=0etβ3αβ2β3+αβ2=0\alpha^3 - \alpha^3 - \beta\alpha^2 + \alpha^2\beta = 0   \text{et}   \beta^3 - \alpha\beta^2 - \beta^3 + \alpha\beta^2 = 0

    On en déduit que :

    P(f)=0\boxed{P(f) = 0}

    Le polynôme P(X)=X(Xα)(Xβ)P(X) = X(X-\alpha)(X-\beta) est donc un polynôme annulateur de ff. Pour conclure à la diagonalisabilité, nous devons discuter selon les valeurs de α\alpha et β\beta afin de vérifier si ff admet un polynôme annulateur scindé à racines simples.

    • Cas 1 : α,β\alpha, \beta et 00 sont deux à deux distincts. Dans ce cas, PP est un polynôme scindé à racines simples sur K\mathbb{K}. Par conséquent, ff est diagonalisable.

    • Cas 2 : α=β0\alpha = \beta \neq 0. Les relations deviennent f=α(u+v)f = \alpha(u+v) et f2=α2(u+v)f^2 = \alpha^2(u+v). On remarque immédiatement que f2=αff^2 = \alpha f, soit f(fαidE)=0f(f-\alpha \text{id}_E) = 0. Le polynôme X(Xα)X(X-\alpha) est scindé à racines simples (α0\alpha \neq 0), donc ff est diagonalisable.

    • Cas 3 : α0\alpha \neq 0 et β=0\beta = 0 (ou inversement). Les relations deviennent f=αuf = \alpha u et f2=α2uf^2 = \alpha^2 u. De même, f2=αff^2 = \alpha f, et ff est diagonalisable.

    • Cas 4 : α=β=0\alpha = \beta = 0. On a f=0u+0v=0f = 0 \cdot u + 0 \cdot v = 0. L'endomorphisme nul est trivialement diagonalisable.

    Dans tous les cas possibles, ff est annulé par un polynôme scindé à racines simples.

    f est diagonalisable\boxed{f \text{ est diagonalisable}}

  2. Calcul de l'exponentielle de ff :

    Montrons par récurrence que pour tout kNk \in \mathbb{N}^*, fk=αku+βkvf^k = \alpha^k u + \beta^k v. L'initialisation est donnée pour k=1,2,3k=1, 2, 3. Supposons la propriété vraie aux rangs kk et k+1k+1. Comme P(f)=0P(f)=0, on a la relation de récurrence :

    fk+2=(α+β)fk+1αβfkf^{k+2} = (\alpha+\beta)f^{k+1} - \alpha\beta f^k

    En utilisant l'hypothèse de récurrence :

    fk+2=(α+β)(αk+1u+βk+1v)αβ(αku+βkv)f^{k+2} = (\alpha+\beta)(\alpha^{k+1}u + \beta^{k+1}v) - \alpha\beta(\alpha^k u + \beta^k v)
    fk+2=(αk+2+βαk+1αβαk)u+(βk+2+αβk+1αββk)vf^{k+2} = (\alpha^{k+2} + \beta\alpha^{k+1} - \alpha\beta\alpha^k)u + (\beta^{k+2} + \alpha\beta^{k+1} - \alpha\beta\beta^k)v
    fk+2=αk+2u+βk+2vf^{k+2} = \alpha^{k+2} u + \beta^{k+2} v
    La formule est donc valable pour tout k1k \ge 1. Par définition de l'exponentielle :
    ef=k=0fkk!=idE+k=1αku+βkvk!e^f = \sum_{k=0}^{\infty} \frac{f^k}{k!} = \text{id}_E + \sum_{k=1}^{\infty} \frac{\alpha^k u + \beta^k v}{k!}

    Par linéarité de la somme (sous réserve de convergence, ce qui est assuré en dimension finie) :

    ef=idE+u(k=1αkk!)+v(k=1βkk!)e^f = \text{id}_E + u \left( \sum_{k=1}^{\infty} \frac{\alpha^k}{k!} \right) + v \left( \sum_{k=1}^{\infty} \frac{\beta^k}{k!} \right)

    On reconnaît les développements en série entière de l'exponentielle usuelles privés de leur premier terme :

    ef=idE+(eα1)u+(eβ1)v\boxed{e^f = \text{id}_E + (e^{\alpha} - 1)u + (e^{\beta} - 1)v}

Une erreur classique consiste à affirmer que ff est diagonalisable dès que P(f)=0P(f)=0 sans vérifier si les racines de PP sont simples. Il est impératif de traiter les cas où α=β\alpha = \beta, α=0\alpha = 0 ou β=0\beta = 0 séparément ou de justifier qu'un diviseur de PP à racines simples annule alors ff.