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Soit EE un espace vectoriel de dimension finie nn sur R\mathbb{R} et p∈L(E)p \in \mathcal{L}(E) un endomorphisme.

  1. Justifier que si pp vérifie p2=pp^{2}=p ou p3=pp^{3}=p, alors pp est diagonalisable.
  2. L'endomorphisme pp est-il nécessairement diagonalisable si l'on suppose p4=pp^{4}=p ?
  3. On se place dans le cas n=3n=3. Déterminer une partie finie S⊂M3(R)S \subset \mathcal{M}_{3}(\mathbb{R}) de cardinal minimal telle que tout endomorphisme pp satisfaisant p4=pp^{4}=p soit représentable par une matrice de SS dans une base convenablement choisie.

1.

Utiliser le critère de diagonalisabilité portant sur l'existence d'un polynôme annulateur scindé à racines simples.

2.

Pour la question 2, factoriser le polynôme X4−XX^4-X dans R[X]\mathbb{R}[X] et chercher un contre-exemple en dimension 2.

3.

Pour la question 3, classer les endomorphismes par leur polynôme caractéristique. Puisque pp est diagonalisable sur C\mathbb{C}, sa classe de similitude sur R\mathbb{R} est entièrement déterminée par son spectre (avec multiplicités).

Idées clés

•

Critère polynomial : uu est diagonalisable sur K\mathbb{K} ssi il possède un polynôme annulateur scindé à racines simples dans K\mathbb{K}.

•

Lien entre spectre complexe et réduction réelle pour les matrices semi-simples.

•

Utilisation des matrices compagnons pour les facteurs irréductibles de degré 2.

Résolution.

  1. Cas p2=pp^2=p : L'endomorphisme pp est annulé par le polynôme P(X)=X2−X=X(X−1)P(X) = X^2 - X = X(X-1). Les racines de PP sont {0,1}\{0, 1\}. Elles sont réelles et simples. D'après le cours, l'existence d'un polynôme annulateur scindé à racines simples sur R\mathbb{R} assure que :
    p est diagonalisable sur R.\boxed{p \text{ est diagonalisable sur } \mathbb{R}.}

    Cas p3=pp^3=p : L'endomorphisme pp est annulé par Q(X)=X3−X=X(X−1)(X+1)Q(X) = X^3 - X = X(X-1)(X+1). Les racines de QQ sont {0,1,−1}\{0, 1, -1\}. Elles sont réelles et simples. Par le même argument :

    p est diagonalisable sur R.\boxed{p \text{ est diagonalisable sur } \mathbb{R}.}

  2. Considérons la relation p4=pp^4 = p. Le polynôme annulateur associé est R(X)=X4−XR(X) = X^4 - X. Factorisons RR dans R[X]\mathbb{R}[X] :
    R(X)=X(X3−1)=X(X−1)(X2+X+1)R(X) = X(X^3 - 1) = X(X-1)(X^2 + X + 1)
    Le facteur X2+X+1X^2 + X + 1 est irréductible sur R\mathbb{R} car son discriminant Δ=1−4=−3\Delta = 1 - 4 = -3 est strictement négatif. Si le polynôme minimal de pp est exactement X2+X+1X^2+X+1, alors pp n'a aucune valeur propre réelle. Un tel endomorphisme ne peut pas être diagonalisable sur R\mathbb{R} (en dimension n≥2n \geq 2). Contre-exemple : Prenons n=2n=2 et pp dont la matrice dans la base canonique est la matrice compagnon de X2+X+1X^2+X+1 :
    A=(0−11−1)A = \begin{pmatrix} 0 & -1
    1 & -1 \end{pmatrix}
    On vérifie que A2+A+I=0A^2 + A + I = 0, donc A3=IA^3 = I, d'où A4=AA^4 = A. Pourtant, AA n'est pas diagonalisable sur R\mathbb{R} car elle n'admet aucune valeur propre réelle.
  3. L'endomorphisme pp vérifie p4−p=0p^4-p=0. Dans C[X]\mathbb{C}[X], X4−X=X(X−1)(X−j)(X−j2)X^4-X = X(X-1)(X-j)(X-j^2) où j=ei2π3j = e^{i\frac{2\pi}{3}}. Le polynôme RR est scindé à racines simples dans C\mathbb{C}, donc pp est diagonalisable dans L(EC)\mathcal{L}(E_\mathbb{C}). En dimension finie, deux endomorphismes réels semi-simples (diagonalisables sur C\mathbb{C}) sont semblables sur R\mathbb{R} si et seulement si ils ont le même polynôme caractéristique χp\chi_p. Cherchons tous les polynômes de degré 3, à coefficients réels, dont les racines appartiennent à {0,1,j,j2}\{0, 1, j, j^2\}. Comme χp∈R[X]\chi_p \in \mathbb{R}[X], si jj est racine de multiplicité mm, alors jˉ=j2\bar{j} = j^2 est racine avec la même multiplicité mm. Notons n0,n1,njn_0, n_1, n_j les multiplicités respectives de 0,10, 1 et jj. On a :
    n0+n1+2nj=3avec n0,n1,nj∈Nn_0 + n_1 + 2n_j = 3   \text{avec } n_0, n_1, n_j \in \mathbb{N}
    Listons les solutions (n0,n1,nj)(n_0, n_1, n_j) possibles :
    • nj=0n_j = 0 : on doit avoir n0+n1=3n_0 + n_1 = 3. Les couples (n0,n1)(n_0, n_1) possibles sont (3,0),(2,1),(1,2),(0,3)(3,0), (2,1), (1,2), (0,3). Cela correspond aux matrices diagonales.
    • nj=1n_j = 1 : on doit avoir n0+n1=1n_0 + n_1 = 1. Les couples possibles sont (1,0)(1,0) et (0,1)(0,1).
    Il y a donc 4+2=64 + 2 = 6 classes de similitude. Le cardinal minimal est 6\boxed{6}. Pour construire SS, on utilise des blocs diagonaux et la matrice C=(0−11−1)C = \begin{pmatrix} 0 & -1
    1 & -1 \end{pmatrix}
    associée au facteur X2+X+1X^2+X+1 :
    S={diag(0,0,0),diag(1,0,0),diag(1,1,0),diag(1,1,1),(00000−101−1),(10000−101−1)}S = \left\{ \text{diag}(0,0,0), \text{diag}(1,0,0), \text{diag}(1,1,0), \text{diag}(1,1,1), \begin{pmatrix} 0 & 0 & 0
    0 & 0 & -1
    0 & 1 & -1 \end{pmatrix}, \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0
    0 & 0 & -1
    0 & 1 & -1 \end{pmatrix} \right\}

L'erreur classique est d'oublier que la diagonalisabilité dépend du corps de base. pp est toujours diagonalisable sur C\mathbb{C} ici, mais pas sur R\mathbb{R}. Un autre piège est d'oublier que les racines complexes d'un polynôme réel viennent par paires conjuguées.