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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A∈Mn(C)A \in M_{n}(\mathbb{C}) une matrice vérifiant la relation polynomiale :

A3−5A2+8A−4In=0A^{3}-5 A^{2}+8 A-4 I_{n}=0

  1. Montrer que la matrice AA est diagonalizable si, et seulement si, elle vérifie l'équation :
    A2−3A+2In=0A^{2}-3 A+2 I_{n}=0

  2. On suppose dans cette question que la matrice AA n'est pas diagonalizable et que sa trace vaut tr⁡(A)=7\operatorname{tr}(A)=7.
    1. Déterminer les valeurs possibles pour l'entier nn.
    2. Pour chaque valeur de nn trouvée, déterminer la dimension des sous-espaces propres et des sous-espaces caractéristiques de AA.

  3. On suppose à présent que AA n'est pas diagonalizable et que tr⁡(A)=8\operatorname{tr}(A)=8. Caractériser les classes de similitude des matrices AA satisfaisant ces conditions.

1.

Factoriser le polynôme P(X)=X3−5X2+8X−4P(X) = X^3 - 5X^2 + 8X - 4 pour identifier les valeurs propres possibles et le lien avec la diagonalisabilité.

2.

Utiliser le lemme des noyaux pour décomposer l'espace et exprimer la trace en fonction des dimensions des sous-espaces caractéristiques.

3.

Se souvenir qu'une matrice est diagonalizable si et seulement si son polynôme minimal est à racines simples.

4.

Pour la question 3, utiliser la décomposition de l'espace associée au polynôme minimal pour décrire la structure de AA.

Idées clés

•

Lien entre racines simples du polynôme minimal et diagonalisabilité.

•

Utilisation du lemme des noyaux pour définir les sous-espaces caractéristiques.

•

Relation entre la trace et les multiplicités des valeurs propres (somme des racines du polynôme caractéristique).

Résolution.

  1. Posons P(X)=X3−5X2+8X−4P(X) = X^3 - 5X^2 + 8X - 4. On remarque que P(1)=1−5+8−4=0P(1) = 1 - 5 + 8 - 4 = 0. En effectuant la division euclidienne de PP par (X−1)(X-1), on obtient :
    P(X)=(X−1)(X2−4X+4)=(X−1)(X−2)2P(X) = (X-1)(X^2 - 4X + 4) = (X-1)(X-2)^2
    Le polynôme minimal mAm_A de AA divise PP. Les valeurs propres de AA sont donc incluses dans l'ensemble {1,2}\{1, 2\}. D'après le cours, AA est diagonalizable si et seulement si mAm_A est scindé à racines simples. Les diviseurs de PP dont les racines sont simples sont les produits de facteurs distincts parmi (X−1)(X-1) et (X−2)(X-2). Tous ces diviseurs divisent le polynôme Q(X)=(X−1)(X−2)=X2−3X+2Q(X) = (X-1)(X-2) = X^2 - 3X + 2. Par conséquent, AA est diagonalizable si et seulement si Q(A)=0Q(A) = 0, ce qui se traduit par :
    A2−3A+2In=0\boxed{A^2 - 3A + 2I_n = 0}

  2. On suppose AA non diagonalizable, donc mAm_A possède au moins une racine multiple. Au vu de la factorisation de PP, la seule possibilité est que (X−2)2(X-2)^2 divise mAm_A. D'après le lemme des noyaux appliqué à P(A)=0P(A)=0, on a :
    Cn=ker⁡(A−In)⊕ker⁡((A−2In)2)\mathbb{C}^n = \ker(A-I_n) \oplus \ker((A-2I_n)^2)
    Posons N1=ker⁡(A−In)N_1 = \ker(A-I_n) et N2=ker⁡((A−2In)2)N_2 = \ker((A-2I_n)^2). Ces espaces sont les sous-espaces caractéristiques associés aux valeurs propres 1 et 2 (si elles existent). Notons n1=dim⁡(N1)n_1 = \dim(N_1) et n2=dim⁡(N2)n_2 = \dim(N_2). On a n1+n2=nn_1 + n_2 = n. Puisque (X−2)2(X-2)^2 divise le polynôme minimal, l'espace N2N_2 ne peut pas être réduit au vecteur nul, et la restriction de AA à N2N_2 n'est pas l'homothétie 2⋅IdN22\cdot Id_{N_2}. Ainsi, n2≥2n_2 \geq 2.

    La trace de AA est la somme des valeurs propres comptées avec leur multiplicité dans le polynôme caractéristique. Ici, la multiplicité de 1 est n1n_1 et celle de 2 est n2n_2. On a donc :

    tr⁡(A)=1⋅n1+2⋅n2=7\operatorname{tr}(A) = 1 \cdot n_1 + 2 \cdot n_2 = 7

    1. Nous avons le système suivant avec n1∈Nn_1 \in \mathbb{N} et n2∈N,n2≥2n_2 \in \mathbb{N}, n_2 \geq 2 :
      n1+2n2=7n_1 + 2n_2 = 7
      - Si n2=2n_2 = 2, alors n1=7−4=3n_1 = 7 - 4 = 3. D'où n=n1+n2=5n = n_1 + n_2 = 5. - Si n2=3n_2 = 3, alors n1=7−6=1n_1 = 7 - 6 = 1. D'où n=n1+n2=4n = n_1 + n_2 = 4. Si n2≥4n_2 \geq 4, alors 2n2≥8>72n_2 \geq 8 > 7, ce qui est impossible car n1≥0n_1 \geq 0. Les valeurs possibles de nn sont donc :
      n∈{4,5}\boxed{n \in \{4, 5\}}

    2. Cas n=4n=4 : On a n1=1n_1 = 1 et n2=3n_2 = 3. Les dimensions des sous-espaces caractéristiques sont :
      dim⁡(N1)=1,dim⁡(N2)=3\boxed{\dim(N_1) = 1,   \dim(N_2) = 3}
      Pour les sous-espaces propres : E1(A)=N1E_1(A) = N_1, donc dim⁡(E1)=1\dim(E_1) = 1. Pour E2(A)=ker⁡(A−2In)E_2(A) = \ker(A-2I_n), comme AA n'est pas diagonalizable mais que sa restriction à N2N_2 est annulée par (X−2)2(X-2)^2, on sait que 1≤dim⁡(E2)<n21 \leq \dim(E_2) < n_2. Ainsi, dim⁡(E2)∈{1,2}\dim(E_2) \in \{1, 2\}.

      Cas n=5n=5 : On a n1=3n_1 = 3 et n2=2n_2 = 2. Les dimensions des sous-espaces caractéristiques sont :

      dim⁡(N1)=3,dim⁡(N2)=2\boxed{\dim(N_1) = 3,   \dim(N_2) = 2}
      Pour les sous-espaces propres : dim⁡(E1)=n1=3\dim(E_1) = n_1 = 3. Pour E2(A)E_2(A), on doit avoir 1≤dim⁡(E2)<n2=21 \leq \dim(E_2) < n_2 = 2, donc :
      dim⁡(E2)=1\boxed{\dim(E_2) = 1}

  3. Supposons tr⁡(A)=8\operatorname{tr}(A) = 8 et AA non diagonalizable. On a toujours n1+2n2=8n_1 + 2n_2 = 8 avec n2≥2n_2 \geq 2. Les couples (n1,n2)(n_1, n_2) possibles sont (4,2)(4, 2), (2,3)(2, 3) et (0,4)(0, 4). La matrice AA est semblable à une matrice diagonale par blocs diag(In1,B)\text{diag}(I_{n_1}, B) où B∈Mn2(C)B \in M_{n_2}(\mathbb{C}) vérifie (B−2In2)2=0(B-2I_{n_2})^2 = 0 avec B≠2In2B \neq 2I_{n_2}. En posant N=B−2In2N = B-2I_{n_2}, NN est une matrice nilpotente d'indice 2. Les classes de similitude sont déterminées par n1n_1 (nombre de fois où la valeur propre 1 apparaît) et par la structure de la partie nilpotente NN sur N2N_2. Par exemple, si n2=2n_2=2, NN est nécessairement de rang 1, semblable à (0100)\begin{pmatrix} 0 & 1
    0 & 0 \end{pmatrix}
    . La matrice AA est alors semblable à :
    diag(In1,(2102))\boxed{\text{diag}(I_{n_1}, \begin{pmatrix} 2 & 1
    0 & 2 \end{pmatrix})}
    avec n1=4n_1=4 et n=6n=6. Les autres cas (n2=3,4n_2=3, 4) se traitent de façon analogue en dénombrant les rangs possibles pour A−2IA-2I sur N2N_2.

Ne pas oublier que la dimension du sous-espace propre est toujours inférieure ou égale à celle du sous-espace caractéristique. Le fait que la matrice ne soit pas diagonalizable impose une inégalité stricte pour au moins une valeur propre (ici, celle dont le facteur dans le polynôme minimal est de puissance >1>1).