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Soit nn un entier naturel non nul. On considère une matrice A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) vérifiant la relation suivante :

A2=(tr⁡A)A+InA^{2} = (\operatorname{tr} A) A + I_{n}

  1. Démontrer que la matrice AA est diagonalisable dans Mn(R)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}).
  2. Déterminer l'ensemble des entiers n∈N∗n \in \mathbb{N}^* pour lesquels il existe une telle matrice AA.

1.

Pour la question 1, introduire le polynôme P(X)=X2−(tr⁡A)X−1P(X) = X^2 - (\operatorname{tr} A) X - 1. Vérifier s'il est annulateur pour AA et étudier ses racines (existence et multiplicité).

2.

Pour la question 2, utiliser le fait qu'une matrice diagonalisable voit sa trace égale à la somme de ses valeurs propres (comptées avec multiplicité). Poser t=tr⁡At = \operatorname{tr} A et exprimer les valeurs propres en fonction de tt.

3.

En notant n1n_1 et n2n_2 les multiplicités respectives des deux valeurs propres de AA, traduire la condition sur la trace en une équation sur tt.

4.

Analyser pour quelles valeurs de n=n1+n2n = n_1 + n_2 cette équation admet une solution réelle tt.

Idées clés

•

Utilisation d'un polynôme annulateur à racines réelles simples.

•

Lien entre trace et spectre d'une matrice diagonalisable.

•

Résolution d'une équation paramétrée par les multiplicités des valeurs propres.

1. Étude de la diagonalisabilité de AA.

Soit t=tr⁡(A)t = \operatorname{tr}(A). La relation de l'énoncé s'écrit A2−tA−In=0A^2 - tA - I_n = 0. On définit le polynôme P(X)=X2−tX−1P(X) = X^2 - tX - 1. Par hypothèse, PP est un polynôme annulateur de AA.

Le discriminant de ce polynôme du second degré est :

Δ=t2+4\Delta = t^2 + 4

Puisque t∈Rt \in \mathbb{R} (car AA est à coefficients réels), on a t2≥0t^2 \ge 0, donc Δ≥4>0\Delta \ge 4 > 0. Le polynôme PP possède ainsi deux racines réelles distinctes :

λ1=t+t2+42etλ2=t−t2+42\lambda_1 = \frac{t + \sqrt{t^2+4}}{2}   \text{et}   \lambda_2 = \frac{t - \sqrt{t^2+4}}{2}

Le polynôme annulateur PP est scindé à racines simples sur R\mathbb{R}. D'après le cours sur la réduction, on en déduit immédiatement :

A est diagonalisable dans Mn(R)\boxed{A \text{ est diagonalisable dans } \mathcal{M}_n(\mathbb{R})}

2. Recherche des entiers nn possibles.

Étape 1 : Expression de la trace. Puisque AA est diagonalisable, son spectre Sp⁡(A)\operatorname{Sp}(A) est inclus dans l'ensemble des racines de son polynôme annulateur PP. Ainsi, Sp⁡(A)⊆{λ1,λ2}\operatorname{Sp}(A) \subseteq \{\lambda_1, \lambda_2\}.

Soient n1n_1 et n2n_2 les multiplicités respectives de λ1\lambda_1 et λ2\lambda_2 en tant que valeurs propres de AA. On a n1,n2∈Nn_1, n_2 \in \mathbb{N} et n1+n2=nn_1 + n_2 = n. La trace de AA est égale à la somme de ses valeurs propres :

t=n1λ1+n2λ2t = n_1 \lambda_1 + n_2 \lambda_2

Étape 2 : Analyse de l'équation sur tt. En remplaçant λ1\lambda_1 et λ2\lambda_2 par leurs expressions, on obtient :

t=n1(t+t2+42)+n2(t−t2+42)t = n_1 \left( \frac{t + \sqrt{t^2+4}}{2} \right) + n_2 \left( \frac{t - \sqrt{t^2+4}}{2} \right)

En multipliant par 2 et en regroupant les termes en tt :

2t=(n1+n2)t+(n1−n2)t2+42t = (n_1 + n_2)t + (n_1 - n_2)\sqrt{t^2+4}

Comme n1+n2=nn_1 + n_2 = n, l'équation devient :

(2−n)t=(n1−n2)t2+4(2-n)t = (n_1 - n_2)\sqrt{t^2+4}

Posons k=n1−n2k = n_1 - n_2. On remarque que k≡n(mod2)k \equiv n \pmod 2. L'équation s'écrit :

(2−n)t=kt2+4(2-n)t = k\sqrt{t^2+4}

Étape 3 : Discussion selon nn.

Cas 1 : n=2n = 2. L'équation devient 0=kt2+40 = k\sqrt{t^2+4}. Comme t2+4≠0\sqrt{t^2+4} \neq 0, cela impose k=0k = 0. Alors n1−n2=0n_1 - n_2 = 0 et n1+n2=2n_1 + n_2 = 2, donc n1=n2=1n_1 = n_2 = 1. Dans ce cas, l'égalité t=tt = t est toujours vérifiée pour n'importe quel t∈Rt \in \mathbb{R}. Il existe bien de telles matrices (par exemple une matrice compagnon ou une matrice diagonale bien choisie).

Cas 2 : n≠2n \neq 2. On peut élever l'équation au carré :

(n−2)2t2=k2(t2+4)  ⟺  t2[(n−2)2−k2]=4k2(n-2)^2 t^2 = k^2 (t^2+4) \iff t^2 [ (n-2)^2 - k^2 ] = 4k^2

Pour qu'il existe une solution réelle tt, il est nécessaire que 4k24k^2 et (n−2)2−k2(n-2)^2 - k^2 soient de même signe. Si k=0k=0, alors t=0t=0. Cela implique que nn est pair (car k≡n(mod2)k \equiv n \pmod 2). Ainsi, tout nn pair est solution (pour t=0t=0).

Si k≠0k \neq 0, on doit avoir (n−2)2−k2>0(n-2)^2 - k^2 > 0 (car t2≥0t^2 \ge 0 et 4k2>04k^2 > 0). Cela revient à ∣k∣<∣n−2∣|k| < |n-2|. Or k=n1−n2k = n_1 - n_2, donc la valeur maximale de ∣k∣|k| est nn (quand l'un des nin_i est nul).

- Pour n=1n=1 : k∈{1,−1}k \in \{1, -1\}. On testerait ∣k∣<∣1−2∣=1|k| < |1-2|=1, soit 1<11 < 1, impossible. - Pour n=3n=3 : k∈{1,−1,3,−3}k \in \{1, -1, 3, -3\}. On testerait ∣k∣<∣3−2∣=1|k| < |3-2|=1, soit ∣k∣<1|k| < 1, impossible. - Pour n=5n=5 : k∈{1,−1,3,−3,5,−5}k \in \{1, -1, 3, -3, 5, -5\}. On teste ∣k∣<∣5−2∣=3|k| < |5-2|=3. On peut choisir k=1k=1 (i.e., n1=3,n2=2n_1=3, n_2=2). L'équation (2−5)t=1t2+4(2-5)t = 1\sqrt{t^2+4} possède une solution t=−1/2t = -1/\sqrt{2}.

Plus généralement, pour tout n≥4n \ge 4, il existe toujours un k∈{n,n−2,…,−n}k \in \{n, n-2, \dots, -n\} tel que ∣k∣<∣n−2∣|k| < |n-2|. Par exemple, si nn est pair, k=0k=0 convient. Si nn est impair (n≥5n \ge 5), k=1k=1 convient.

n∈N∖{0,1,3}\boxed{n \in \mathbb{N} \setminus \{0, 1, 3\}}

Ne pas oublier de vérifier si le signe de tt est cohérent avec l'équation (2−n)t=kt2+4(2-n)t = k\sqrt{t^2+4} après avoir élevé au carré. Si on trouve t2t^2, il faut choisir le signe de tt qui correspond au signe de k/(2−n)k/(2-n).