WikiPrépaLivrets

Déterminer l'ensemble EE des matrices M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) pouvant s'écrire sous la forme M=A+BM = A + B, où AA et BB sont deux matrices de Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) vérifiant les relations suivantes :

A2=A,B2=2BetAB=BA=0A^{2} = A,   B^{2} = 2B   \text{et}   AB = BA = 0

1.

Commencer par exprimer les puissances de MM en fonction de AA et BB pour trouver un polynôme annulateur de MM.

2.

Utiliser la condition AB=BA=0AB=BA=0 pour simplifier le calcul de (A+B)k(A+B)^k.

3.

Pour la réciproque, si MM est diagonalisable avec un spectre inclus dans {0,1,2}\{0, 1, 2\}, utiliser les projecteurs spectraux associés aux valeurs propres pour construire AA et BB.

Idées clés

•

Utilisation d'un polynôme annulateur scindé à racines simples pour prouver la diagonalisabilité.

•

Construction de matrices par décomposition de l'espace en somme directe de sous-espaces propres.

Analyse : condition nécessaire.

Soit M∈EM \in E. Il existe A,B∈Mn(C)A, B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telles que M=A+BM = A+B avec A2=AA^2=A, B2=2BB^2=2B et AB=BA=0AB=BA=0.

Calculons les premières puissances de MM. On a M1=A+BM^1 = A + B.

Comme AA et BB commutent (car AB=BA=0AB=BA=0), on peut utiliser la formule du binôme ou simplement développer :

M2=(A+B)2=A2+AB+BA+B2=A+0+0+2B=A+2BM^2 = (A+B)^2 = A^2 + AB + BA + B^2 = A + 0 + 0 + 2B = A + 2B

Par une récurrence immédiate, on montre que pour tout entier k≥1k \geq 1 :

Mk=A+2k−1B\boxed{M^k = A + 2^{k-1}B}

Considérons alors le polynôme P(X)=X(X−1)(X−2)=X3−3X2+2XP(X) = X(X-1)(X-2) = X^3 - 3X^2 + 2X. Évaluons ce polynôme en MM :

P(M)=M3−3M2+2MP(M) = M^3 - 3M^2 + 2M

En remplaçant par les expressions trouvées précédemment :

P(M)=(A+4B)−3(A+2B)+2(A+B)P(M) = (A + 4B) - 3(A + 2B) + 2(A + B)
P(M)=(1−3+2)A+(4−6+2)B=0⋅A+0⋅B=0P(M) = (1 - 3 + 2)A + (4 - 6 + 2)B = 0 \cdot A + 0 \cdot B = 0

Le polynôme P(X)=X(X−1)(X−2)P(X) = X(X-1)(X-2) est un polynôme annulateur de MM. Comme PP est scindé à racines simples sur C\mathbb{C}, la matrice MM est diagonalisable.

De plus, les valeurs propres de MM sont nécessairement parmi les racines de PP. On en déduit que :

Sp(M)⊆{0,1,2}\boxed{Sp(M) \subseteq \{0, 1, 2\}}

Synthèse : condition suffisante.

Réciproquement, soit MM une matrice diagonalisable dont le spectre est inclus dans {0,1,2}\{0, 1, 2\}. Notons E0,E1E_0, E_1 et E2E_2 les sous-espaces propres associés respectivement aux valeurs propres 0,10, 1 et 22.

Comme MM est diagonalisable, l'espace Cn\mathbb{C}^n est la somme directe de ces sous-espaces :

Cn=E0⊕E1⊕E2\mathbb{C}^n = E_0 \oplus E_1 \oplus E_2

Définissons l'endomorphisme uu associé à AA et vv associé à BB par leurs actions sur cette base adaptée :

  • Sur E1E_1, uu agit comme l'identité et vv est nul.
  • Sur E2E_2, uu est nul et vv agit comme l'homothétie de rapport 22.
  • Sur E0E_0, uu et vv sont nuls.

Par construction, uu est le projecteur sur E1E_1 parallèlement à E0⊕E2E_0 \oplus E_2. Ainsi A2=AA^2 = A. De même, v/2v/2 est le projecteur sur E2E_2 parallèlement à E0⊕E1E_0 \oplus E_1, donc (B/2)2=B/2(B/2)^2 = B/2, ce qui donne B2=2BB^2 = 2B.

Les images de uu et vv sont E1E_1 et E2E_2. Comme E1∩E2={0}E_1 \cap E_2 = \{0\}, et que chaque endomorphisme s'annule sur l'image de l'autre par définition, on a :

AB=BA=0\boxed{AB = BA = 0}

Enfin, vérifions la somme A+BA+B sur chaque sous-espace :

  • Sur E0E_0 : (A+B)x=0+0=0=Mx(A+B)x = 0+0 = 0 = Mx.
  • Sur E1E_1 : (A+B)x=x+0=x=Mx(A+B)x = x+0 = x = Mx.
  • Sur E2E_2 : (A+B)x=0+2x=2x=Mx(A+B)x = 0+2x = 2x = Mx.

L'égalité M=A+BM = A+B est donc vérifiée sur tout l'espace.

Conclusion.

L'ensemble recherché est :

E={M∈Mn(C)∣M est diagonalisable et Sp(M)⊆{0,1,2}}\boxed{E = \{ M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \mid M \text{ est diagonalisable et } Sp(M) \subseteq \{0, 1, 2\} \}}

Il ne faut pas oublier de mentionner que MM doit être diagonalisable. Une matrice dont le spectre est {0,1,2}\{0, 1, 2\} n'est pas forcément dans EE si elle n'est pas diagonalisable (bien qu'ici, avoir 3 valeurs propres distinctes en dimension 3 assurerait la diagonalisabilité, ce n'est pas vrai en dimension supérieure ou si certaines valeurs propres sont absentes).