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Soit EE un espace vectoriel de dimension finie sur le corps Q\mathbb{Q}.

On considère un projecteur p∈L(E)p \in \mathcal{L}(E) et on définit l'application Φ\Phi sur L(E)\mathcal{L}(E) par :

∀u∈L(E),Φ(u)=u∘p+p∘u\forall u \in \mathcal{L}(E),   \Phi(u) = u \circ p + p \circ u

L'endomorphisme Φ\Phi est-il diagonalisable ?

1.

Utiliser la décomposition de l'espace E=im(p)⊕ker⁡(p)E = \text{im}(p) \oplus \ker(p) pour représenter les éléments de L(E)\mathcal{L}(E) par blocs.

2.

Chercher un polynôme annulateur simple pour l'endomorphisme Φ\Phi.

3.

Étudier les valeurs propres possibles de Φ\Phi en testant des endomorphismes uu particuliers adaptés à la décomposition de EE.

Idées clés

•

Décomposition de l'espace EE selon l'image et le noyau du projecteur.

•

Représentation matricielle par blocs des endomorphismes de L(E)\mathcal{L}(E).

•

Utilisation d'un polynôme annulateur scindé à racines simples.

1. Choix d'une base adaptée.

Puisque pp est un projecteur, nous savons que l'espace EE se décompose sous la forme :

E=im(p)⊕ker⁡(p)E = \text{im}(p) \oplus \ker(p)

Soit n=dim⁡En = \dim E et r=rg(p)r = \text{rg}(p). On choisit une base B=(e1,…,er,er+1,…,en)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_r, e_{r+1}, \dots, e_n) de EE telle que (e1,…,er)(e_1, \dots, e_r) est une base de im(p)\text{im}(p) et (er+1,…,en)(e_{r+1}, \dots, e_n) est une base de ker⁡(p)\ker(p).

Dans cette base, la matrice de pp est de la forme :

M(p)=(Ir000)M(p) = \begin{pmatrix} I_r & 0
0 & 0 \end{pmatrix}

2. Action de Φ\Phi sur les blocs.

Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E). On décompose sa matrice M(u)M(u) dans la base B\mathcal{B} en quatre blocs :

M(u)=(ABCD)M(u) = \begin{pmatrix} A & B
C & D \end{pmatrix}
où A∈Mr(Q)A \in \mathcal{M}_r(\mathbb{Q}), B∈Mr,n−r(Q)B \in \mathcal{M}_{r, n-r}(\mathbb{Q}), C∈Mn−r,r(Q)C \in \mathcal{M}_{n-r, r}(\mathbb{Q}) et D∈Mn−r(Q)D \in \mathcal{M}_{n-r}(\mathbb{Q}).

Calculons les produits matriciels correspondant aux compositions u∘pu \circ p et p∘up \circ u :

M(u∘p)=(ABCD)(Ir000)=(A0C0)M(u \circ p) = \begin{pmatrix} A & B
C & D \end{pmatrix} \begin{pmatrix} I_r & 0
0 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A & 0
C & 0 \end{pmatrix}
M(p∘u)=(Ir000)(ABCD)=(AB00)M(p \circ u) = \begin{pmatrix} I_r & 0
0 & 0 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} A & B
C & D \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A & B
0 & 0 \end{pmatrix}

On en déduit la matrice de Φ(u)\Phi(u) :

M(Φ(u))=(A0C0)+(AB00)=(2ABC0)M(\Phi(u)) = \begin{pmatrix} A & 0
C & 0 \end{pmatrix} + \begin{pmatrix} A & B
0 & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 2A & B
C & 0 \end{pmatrix}

3. Identification des éléments propres.

Considérons les quatre sous-espaces vectoriels de L(E)\mathcal{L}(E) suivants :

  • V1,1={u∈L(E)∣M(u)=(A000)}V_{1,1} = \{ u \in \mathcal{L}(E) \mid M(u) = \begin{pmatrix} A & 0
    0 & 0 \end{pmatrix} \}
    . Pour u∈V1,1u \in V_{1,1}, Φ(u)=2u\Phi(u) = 2u.
  • V1,0={u∈L(E)∣M(u)=(0B00)}V_{1,0} = \{ u \in \mathcal{L}(E) \mid M(u) = \begin{pmatrix} 0 & B
    0 & 0 \end{pmatrix} \}
    . Pour u∈V1,0u \in V_{1,0}, Φ(u)=u\Phi(u) = u.
  • V0,1={u∈L(E)∣M(u)=(00C0)}V_{0,1} = \{ u \in \mathcal{L}(E) \mid M(u) = \begin{pmatrix} 0 & 0
    C & 0 \end{pmatrix} \}
    . Pour u∈V0,1u \in V_{0,1}, Φ(u)=u\Phi(u) = u.
  • V0,0={u∈L(E)∣M(u)=(000D)}V_{0,0} = \{ u \in \mathcal{L}(E) \mid M(u) = \begin{pmatrix} 0 & 0
    0 & D \end{pmatrix} \}
    . Pour u∈V0,0u \in V_{0,0}, Φ(u)=0\Phi(u) = 0.

Ces sous-espaces sont en somme directe et leur somme est égale à L(E)\mathcal{L}(E) car toute matrice se décompose de manière unique selon ces quatre blocs.

4. Conclusion sur la diagonalisabilité.

D'après l'étude précédente, les éléments non nuls de ces sous-espaces sont des vecteurs propres de Φ\Phi pour les valeurs propres respectives 2,1,12, 1, 1 et 00.

L'espace L(E)\mathcal{L}(E) est donc égal à la somme des sous-espaces propres de Φ\Phi associés aux valeurs propres {0,1,2}\{0, 1, 2\}.

Plus précisément, si on définit le polynôme P(X)=X(X−1)(X−2)P(X) = X(X-1)(X-2), on vérifie par le calcul par blocs que :

P(Φ)=0\boxed{P(\Phi) = 0}

Le polynôme PP est scindé à racines simples sur Q\mathbb{Q} et il annule Φ\Phi.

L’endomorphisme Φ est diagonalisable.\boxed{\text{L'endomorphisme } \Phi \text{ est diagonalisable.}}

Ne pas confondre la diagonalisabilité de pp (qui est acquise car c'est un projecteur) avec celle de Φ\Phi. Il faut bien travailler dans l'espace L(E)\mathcal{L}(E), qui est de dimension n2n^2.