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Soit nNn \in \mathbb{N}^* et AMn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On considère la matrice par blocs BB définie dans M2n(C)\mathcal{M}_{2n}(\mathbb{C}) par :

B=(0AIn0)B = \begin{pmatrix} 0 & A
I_n & 0 \end{pmatrix}

  1. Exprimer le polynôme caractéristique χB\chi_B en fonction de χA\chi_A.
  2. Soit λC\lambda \in \mathbb{C}. Déterminer une relation entre le sous-espace propre Eλ(B)E_\lambda(B) et un sous-espace propre de AA.
  3. Montrer que la matrice BB est diagonalisable si, et seulement si, AA est diagonalisable et inversible.

1.

Pour le polynôme caractéristique, utiliser le calcul de déterminant par blocs. On pourra remarquer que XInXI_n commute avec InI_n.

2.

Pour les sous-espaces propres, traduire l'équation B(XY)=λ(XY)B \begin{pmatrix} X
Y \end{pmatrix} = \lambda \begin{pmatrix} X
Y \end{pmatrix}
en un système de deux équations portant sur XX et YY.

3.

Pour le sens direct de la condition de diagonalisabilité, on pourra utiliser la relation rg(B)=rg(B2)\text{rg}(B) = \text{rg}(B^2) valable pour toute matrice diagonalisable, ou comparer les multiplicités des racines de χB\chi_B avec les dimensions des sous-espaces propres.

Idées clés

Déterminant par blocs : det(MNPQ)=det(MQNP)\det \begin{pmatrix} M & N
P & Q \end{pmatrix} = \det(MQ - NP)
si PP et QQ commutent.

Relation entre diagonalisabilité et rang : si MM est diagonalisable, alors ker(M)=ker(M2)\ker(M) = \ker(M^2), d'où rg(M)=rg(M2)\text{rg}(M) = \text{rg}(M^2).

Somme des dimensions des sous-espaces propres égale à la dimension de l'espace.

Résolution.

  1. Calculons le polynôme caractéristique de BB. Par définition, pour xCx \in \mathbb{C} :
    χB(x)=det(xI2nB)=det(xInAInxIn)\chi_B(x) = \det(x I_{2n} - B) = \det \begin{pmatrix} x I_n & -A
    -I_n & x I_n \end{pmatrix}
    Comme les blocs xInx I_n et In-I_n commutent, nous pouvons appliquer la formule du déterminant par blocs :
    χB(x)=det((xIn)(xIn)(In)(A))\chi_B(x) = \det( (x I_n)(x I_n) - (-I_n)(-A) )
    On obtient alors :
    χB(x)=det(x2InA)=χA(x2)\boxed{\chi_B(x) = \det(x^2 I_n - A) = \chi_A(x^2)}

  2. Soit λC\lambda \in \mathbb{C} et Z=(XY)C2nZ = \begin{pmatrix} X
    Y \end{pmatrix} \in \mathbb{C}^{2n}
    avec X,YCnX, Y \in \mathbb{C}^n. L'équation BZ=λZBZ = \lambda Z est équivalente au système :
    {AY=λXX=λY    {X=λYAY=λ2Y\begin{cases} AY = \lambda X
    X = \lambda Y \end{cases} \iff \begin{cases} X = \lambda Y
    AY = \lambda^2 Y \end{cases}
    Premier cas : λ0\lambda \neq 0. L'application Y(λYY)Y \mapsto \begin{pmatrix} \lambda Y
    Y \end{pmatrix}
    est un isomorphisme de Eλ2(A)E_{\lambda^2}(A) vers Eλ(B)E_\lambda(B). On en déduit :
    si λ0,dimEλ(B)=dimEλ2(A)\boxed{\text{si } \lambda \neq 0,   \dim E_\lambda(B) = \dim E_{\lambda^2}(A)}
    Second cas : λ=0\lambda = 0. Le système devient X=0X=0 et AY=0AY=0. Ainsi E0(B)={(0Y)YkerA}E_0(B) = \{ \begin{pmatrix} 0
    Y \end{pmatrix} \mid Y \in \ker A \}
    . D'où :
    dimE0(B)=dimkerA\boxed{\dim E_0(B) = \dim \ker A}

  3. Condition nécessaire. Supposons BB diagonalisable. Comme BB est diagonalisable, alors B2B^2 l'est aussi. Or :
    B2=(0AI0)(0AI0)=(A00A)B^2 = \begin{pmatrix} 0 & A
    I & 0 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 0 & A
    I & 0 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} A & 0
    0 & A \end{pmatrix}
    Une matrice bloc-diagonale est diagonalisable si et seulement si chaque bloc l'est. Donc AA est diagonalisable. De plus, pour toute matrice diagonalisable MM, on a rg(M)=rg(M2)\text{rg}(M) = \text{rg}(M^2). Ici :
    rg(B)=n+rg(A)etrg(B2)=2rg(A)\text{rg}(B) = n + \text{rg}(A)   \text{et}   \text{rg}(B^2) = 2\text{rg}(A)
    L'égalité n+rg(A)=2rg(A)n + \text{rg}(A) = 2\text{rg}(A) implique rg(A)=n\text{rg}(A) = n. Donc AA est inversible. Condition suffisante. Supposons AA diagonalisable et inversible. Soit μ1,,μk\mu_1, \dots, \mu_k les valeurs propres distinctes de AA. Comme AA est inversible, μj0\mu_j \neq 0 pour tout jj. Chaque μj\mu_j possède deux racines carrées distinctes dans C\mathbb{C}, notées ±μj\pm \sqrt{\mu_j}. D'après la question 1, le spectre de BB est Sp(B)={λCλ2Sp(A)}\text{Sp}(B) = \{ \lambda \in \mathbb{C} \mid \lambda^2 \in \text{Sp}(A) \}. Les valeurs propres de BB sont donc les λj,+=μj\lambda_{j,+} = \sqrt{\mu_j} et λj,=μj\lambda_{j,-} = -\sqrt{\mu_j}. Toutes ces valeurs propres sont non nulles et distinctes deux à deux (car μj0\mu_j \neq 0 et les μj\mu_j sont distincts). D'après la question 2, pour chaque j{1,,k}j \in \{1, \dots, k\} :
    dimEλj,+(B)=dimEμj(A)etdimEλj,(B)=dimEμj(A)\dim E_{\lambda_{j,+}}(B) = \dim E_{\mu_j}(A)   \text{et}   \dim E_{\lambda_{j,-}}(B) = \dim E_{\mu_j}(A)
    La somme des dimensions des sous-espaces propres de BB est :
    j=1k(dimEλj,+(B)+dimEλj,(B))=2j=1kdimEμj(A)\sum_{j=1}^k \left( \dim E_{\lambda_{j,+}}(B) + \dim E_{\lambda_{j,-}}(B) \right) = 2 \sum_{j=1}^k \dim E_{\mu_j}(A)
    Comme AMn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) est diagonalisable, dimEμj(A)=n\sum \dim E_{\mu_j}(A) = n. La somme des dimensions pour BB est donc 2n2n, ce qui prouve que BB est diagonalisable.

L'erreur classique est d'oublier la condition d'inversibilité de AA. Si 00 est valeur propre de AA, la multiplicité de 00 dans χB\chi_B est le double de celle dans χA\chi_A, alors que la dimension du noyau ne double pas (dimkerB=dimkerA\dim \ker B = \dim \ker A), ce qui empêche la diagonalisation.