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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et K\mathbb{K} un corps (R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}). On considère un polynôme A∈Kn+1[X]A \in \mathbb{K}_{n+1}[X] de degré n+1n+1 et un polynôme B∈K[X]B \in \mathbb{K}[X]. Pour tout P∈Kn[X]P \in \mathbb{K}_n[X], on note f(P)f(P) le reste de la division euclidienne du produit BPBP par AA.

  1. Justifier que ff est un endomorphisme de Kn[X]\mathbb{K}_n[X].
  2. On note D=pgcd(A,B)D = \text{pgcd}(A, B).
    1. Déterminer le noyau de ff à l'aide de DD. En déduire sa dimension.
    2. Caractériser l'image de ff par une relation de divisibilité.

  3. Dans cette question, on suppose que K=C\mathbb{K} = \mathbb{C} et que AA possède n+1n+1 racines distinctes α0,…,αn\alpha_0, \dots, \alpha_n.
    1. Déterminer le spectre de ff ainsi que les sous-espaces propres associés.
    2. L'endomorphisme ff est-il diagonalisable ?

  4. Application numérique : On pose n=3n=3, K=R\mathbb{K} = \mathbb{R}, A=X4−XA = X^4 - X et B=X4−1B = X^4 - 1.
    1. Expliciter ker(f)ker(f) et im(f)im(f).
    2. Déterminer le spectre de ff sur R\mathbb{R}.
    3. ff est-il diagonalisable sur R\mathbb{R} ? Est-il trigonalisable sur R\mathbb{R} ?

1.

Pour le noyau, utiliser la définition de la division euclidienne : f(P)=0f(P) = 0 si et seulement si AA divise BPBP. Utiliser ensuite le lemme de Gauss en posant A=DA1A = DA_1 et B=DB1B = DB_1.

2.

Pour l'image, remarquer que tout élément f(P)f(P) est un multiple de DD car DD divise à la fois AA et BPBP. Utiliser un argument de dimension.

3.

Pour le spectre, chercher les polynômes PP tels que BP≡λP(modA)BP \equiv \lambda P \pmod A. Utiliser les polynômes d'interpolation de Lagrange aux racines de AA.

4.

Pour l'application numérique, factoriser X4−XX^4-X sur R\mathbb{R} et C\mathbb{C}, et calculer les valeurs de BB aux racines de AA.

Idées clés

•

Relation de divisibilité : P∈ker(f)  ⟺  A∣BPP \in ker(f) \iff A \mid BP.

•

Théorème du rang pour l'image.

•

Base de Lagrange : Si AA est à racines simples, les polynômes de Lagrange forment une base de vecteurs propres.

Résolution.

  1. Par définition de la division euclidienne, pour tout P∈Kn[X]P \in \mathbb{K}_n[X], il existe un unique couple (Q,R)(Q, R) tel que BP=AQ+RBP = AQ + R avec deg⁡R<deg⁡A=n+1\deg R < \deg A = n+1. L'application ff est bien définie de Kn[X]\mathbb{K}_n[X] vers Kn[X]\mathbb{K}_n[X] car deg⁡f(P)≤n\deg f(P) \le n. La linéarité découle de l'unicité du reste : si BP1=AQ1+R1BP_1 = AQ_1 + R_1 and BP2=AQ2+R2BP_2 = AQ_2 + R_2, alors B(λP1+P2)=A(λQ1+Q2)+(λR1+R2)B(\lambda P_1 + P_2) = A(\lambda Q_1 + Q_2) + (\lambda R_1 + R_2). Comme deg⁡(λR1+R2)≤n\deg(\lambda R_1 + R_2) \le n, on a bien f(λP1+P2)=λf(P1)+f(P2)f(\lambda P_1 + P_2) = \lambda f(P_1) + f(P_2).

    1. P∈ker(f)  ⟺  BP≡0(modA)  ⟺  A∣BPP \in ker(f) \iff BP \equiv 0 \pmod A \iff A \mid BP. Posons A=DA1A = D A_1 et B=DB1B = D B_1 avec pgcd(A1,B1)=1\text{pgcd}(A_1, B_1) = 1. La condition devient :
      DA1∣DB1P  ⟺  A1∣B1PDA_1 \mid DB_1 P \iff A_1 \mid B_1 P
      D'après le lemme de Gauss, comme A1∧B1=1A_1 \land B_1 = 1, cela équivaut à A1∣PA_1 \mid P. Ainsi, ker(f)=A1⋅Kdeg⁡D−1[X]\boxed{ker(f) = A_1 \cdot \mathbb{K}_{\deg D - 1}[X]}. La dimension est donc dim⁡ker(f)=deg⁡A−deg⁡A1=deg⁡D\dim ker(f) = \deg A - \deg A_1 = \boxed{\deg D}.

    2. On a f(P)=BP−AQf(P) = BP - AQ. Comme D∣AD \mid A and D∣BD \mid B, alors D∣f(P)D \mid f(P). Ainsi, im(f)⊂{R∈Kn[X]:D∣R}im(f) \subset \{ R \in \mathbb{K}_n[X] : D \mid R \}. L'espace de droite est de dimension (n+1)−deg⁡D(n+1) - \deg D. D'après le théorème du rang, dim⁡im(f)=(n+1)−dim⁡ker(f)=(n+1)−deg⁡D\dim im(f) = (n+1) - \dim ker(f) = (n+1) - \deg D. Par égalité des dimensions et inclusion, im(f)={R∈Kn[X]:D∣R}\boxed{im(f) = \{ R \in \mathbb{K}_n[X] : D \mid R \}}.

    1. Soit λ∈C\lambda \in \mathbb{C} et P≠0P \neq 0 tel que f(P)=λPf(P) = \lambda P. Cela signifie BP≡λP(modA)BP \equiv \lambda P \pmod A, donc A∣(B−λ)PA \mid (B-\lambda)P. Si P(αi)≠0P(\alpha_i) \neq 0 pour un certain ii, alors l'évaluation en αi\alpha_i donne (B(αi)−λ)P(αi)=0(B(\alpha_i) - \lambda)P(\alpha_i) = 0, donc λ=B(αi)\lambda = B(\alpha_i). Réciproquement, soit Li=∏j≠iX−αjαi−αjL_i = \prod_{j \neq i} \frac{X-\alpha_j}{\alpha_i-\alpha_j} le ii-ème polynôme de Lagrange associé aux racines de AA. On a BLi≡B(αi)Li(mod(X−αi))B L_i \equiv B(\alpha_i) L_i \pmod{(X-\alpha_i)} et pour tout j≠ij \neq i, BLi≡0≡B(αi)Li(mod(X−αj))B L_i \equiv 0 \equiv B(\alpha_i) L_i \pmod{(X-\alpha_j)}. Comme les racines sont simples, BLi≡B(αi)Li(modA)B L_i \equiv B(\alpha_i) L_i \pmod A. Ainsi f(Li)=B(αi)Lif(L_i) = B(\alpha_i) L_i. Les valeurs propres sont les λi=B(αi)\boxed{\lambda_i = B(\alpha_i)} et les vecteurs propres associés sont les LiL_i.

    2. La famille (L0,…,Ln)(L_0, \dots, L_n) forme une base de Cn[X]\mathbb{C}_n[X] constituée de vecteurs propres de ff. Par conséquent, f est diagonalisable sur C\boxed{f \text{ est diagonalisable sur } \mathbb{C}}.

    1. A=X(X−1)(X2+X+1)A = X(X-1)(X^2+X+1) et B=(X−1)(X+1)(X2+1)B = (X-1)(X+1)(X^2+1). Le pgcd est D=X−1D = X-1. On a A1=AD=X(X2+X+1)=X3+X2+XA_1 = \frac{A}{D} = X(X^2+X+1) = X^3+X^2+X. ker(f)=Vect(X3+X2+X)\boxed{ker(f) = \text{Vect}(X^3+X^2+X)} et im(f)={P∈R3[X]:P(1)=0}\boxed{im(f) = \{ P \in \mathbb{R}_3[X] : P(1) = 0 \}}.

    2. Les racines de AA sont {0,1,j,j2}\{0, 1, j, j^2\}. Le spectre sur C\mathbb{C} est {B(0),B(1),B(j),B(j2)}\{B(0), B(1), B(j), B(j^2)\}. B(0)=−1B(0) = -1, B(1)=0B(1) = 0. B(j)=j4−1=j−1B(j) = j^4-1 = j-1 et B(j2)=j2−1B(j^2) = j^2-1. Les valeurs propres réelles sont donc SpR(f)={−1,0}\boxed{Sp_{\mathbb{R}}(f) = \{-1, 0\}}.

    3. Le polynôme caractéristique est χf=(X−B(0))(X−B(1))(X−B(j))(X−B(j2))\chi_f = (X-B(0))(X-B(1))(X-B(j))(X-B(j^2)). Calculons (X−(j−1))(X−(j2−1))=(X+1−j)(X+1−j2)(X-(j-1))(X-(j^2-1)) = (X+1-j)(X+1-j^2). En posant Y=X+1Y = X+1, on a (Y−j)(Y−j2)=Y2+Y+1=(X+1)2+(X+1)+1=X2+3X+3(Y-j)(Y-j^2) = Y^2+Y+1 = (X+1)^2+(X+1)+1 = X^2+3X+3. D'où χf=X(X+1)(X2+3X+3)\boxed{\chi_f = X(X+1)(X^2+3X+3)}. Le discriminant de X2+3X+3X^2+3X+3 est 9−12=−3<09-12 = -3 < 0. χf\chi_f n'est pas scindé sur R\mathbb{R}. f n’est ni diagonalisable, ni trigonalisable sur R\boxed{f \text{ n'est ni diagonalisable, ni trigonalisable sur } \mathbb{R}}.

Attention à la définition du spectre. Sur R\mathbb{R}, on ne conserve que les valeurs propres réelles. Si le polynôme caractéristique possède des racines complexes non réelles, l'endomorphisme n'est même pas trigonalisable sur R\mathbb{R}.