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Dans cet exercice, on étudie la dimension maximale dn(C)d_n(\mathbb{C}) d'un sous-espace de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) constitué de matrices diagonalisables.

  1. Cas n=3n=3 : Étude préliminaire des matrices nilpotentes. Soit N∈M3(C)N \in \mathcal{M}_3(\mathbb{C}) une matrice nilpotente non nulle. Montrer que NN est semblable à l'une des deux matrices suivantes :
    J2=(010000000)ouJ3=(010001000)J_2 = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0
    0 & 0 & 0
    0 & 0 & 0 \end{pmatrix}   \text{ou}   J_3 = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0
    0 & 0 & 1
    0 & 0 & 0 \end{pmatrix}

  2. Cas n=2n=2 sur C\mathbb{C.} Soit EE un sous-espace de M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}) ne contenant que des matrices diagonalisables.
    1. Montrer que si EE contient une matrice de rang 1, celle-ci est semblable à (λ000)\begin{pmatrix} \lambda & 0
      0 & 0 \end{pmatrix}
      avec λ≠0\lambda \neq 0.
    2. Soit J=(1000)J = \begin{pmatrix} 1 & 0
      0 & 0 \end{pmatrix}
      . On suppose que J∈EJ \in E. Soit A=(abcd)∈EA = \begin{pmatrix} a & b
      c & d \end{pmatrix} \in E
      . Étudier le discriminant du polynôme caractéristique de A+tJA + tJ pour t∈Ct \in \mathbb{C}.
    3. En déduire que d2(C)=2d_2(\mathbb{C}) = 2.

  3. Cas n=3n=3 sur C\mathbb{C.} On admet que dn(C)=nd_n(\mathbb{C}) = n (Théorème de Motzkin-Taussky). Comparer dn(R)d_n(\mathbb{R}) et dn(C)d_n(\mathbb{C}).

1.

Pour la question 1, utilisez la suite des noyaux itérés ker⁡(N)⊂ker⁡(N2)⊂ker⁡(N3)=C3\ker(N) \subset \ker(N^2) \subset \ker(N^3) = \mathbb{C}^3. Distinguez les cas selon l'indice de nilpotence (2 ou 3).

2.

Pour la question 2.(b), une matrice de M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}) est diagonalisable si et seulement si elle possède deux valeurs propres distinctes ou si elle est scalaire. Calculez le discriminant Δ(t)\Delta(t) qui est un polynôme en tt. S'il a une racine, la matrice correspondante doit être scalaire.

3.

Pour la question 3, observez que dn(R)d_n(\mathbb{R}) croît en n2n^2 alors que dn(C)d_n(\mathbb{C}) croît linéairement.

Idées clés

•

Réduction des nilpotents par l'étude des noyaux itérés.

•

Caractérisation de la diagonalisabilité dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}) via le discriminant Δ=(Tr A)2−4det⁡A\Delta = (\text{Tr } A)^2 - 4 \det A.

•

Une matrice ayant une valeur propre double est diagonalisable si et seulement si elle est déjà diagonale (homothétie).

1. Nilpotents de M3(C)\mathcal{M_3(\mathbb{C}).}

Soit N≠0N \neq 0 nilpotente. Son indice de nilpotence kk vérifie 2≤k≤32 \le k \le 3.

Cas k=2k=2 : N2=0N^2 = 0. Alors Im(N)⊂ker⁡(N)\text{Im}(N) \subset \ker(N). Comme N≠0N \neq 0, dim⁡ker⁡(N)\dim \ker(N) est soit 1 soit 2. Le théorème du rang impose dim⁡ker⁡(N)+rg(N)=3\dim \ker(N) + \text{rg}(N) = 3. La seule possibilité avec rg(N)≤dim⁡ker⁡(N)\text{rg}(N) \le \dim \ker(N) est rg(N)=1\text{rg}(N) = 1 et dim⁡ker⁡(N)=2\dim \ker(N) = 2. Soit e2e_2 tel que Ne2≠0Ne_2 \neq 0. Posons e1=Ne2e_1 = Ne_2. Alors e1∈ker⁡(N)e_1 \in \ker(N). Complétons (e1)(e_1) en une base (e1,e3)(e_1, e_3) de ker⁡(N)\ker(N). Dans la base (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3), la matrice de NN est exactement J2J_2.

Cas k=3k=3 : N2≠0N^2 \neq 0 et N3=0N^3 = 0. Soit e3e_3 tel que N2e3≠0N^2e_3 \neq 0. Posons e2=Ne3e_2 = Ne_3 et e1=Ne2=N2e3e_1 = Ne_2 = N^2e_3. La famille (e1,e2,e3)(e_1, e_2, e_3) est libre (classique pour les nilpotents). Dans cette base, la matrice de NN est J3J_3.

N∼J2 ou N∼J3\boxed{N \sim J_2 \text{ ou } N \sim J_3}

2. (a) Rang 1 et diagonalisabilité.

Soit M∈EM \in E de rang 1. Ses valeurs propres sont Tr(M)\text{Tr}(M) et 0. Si Tr(M)=0\text{Tr}(M) = 0, MM est nilpotente de rang 1. Or EE ne contient que des diagonalisables, donc la seule nilpotente est 0. Contradiction. Ainsi Tr(M)=λ≠0\text{Tr}(M) = \lambda \neq 0. MM a deux valeurs propres distinctes (00 et λ\lambda), elle est donc semblable à diag(λ,0)\text{diag}(\lambda, 0).

2. (b) Étude du discriminant.

Soit Mt=A+tJ=(a+tbcd)M_t = A + tJ = \begin{pmatrix} a+t & b
c & d \end{pmatrix}
. Le polynôme caractéristique est χt(X)=X2−(a+d+t)X+(a+t)d−bc\chi_t(X) = X^2 - (a+d+t)X + (a+t)d - bc. Le discriminant est :

Δ(t)=(a+d+t)2−4(ad+td−bc)=t2+2(a−d)t+(a−d)2+4bc\Delta(t) = (a+d+t)^2 - 4(ad + td - bc) = t^2 + 2(a-d)t + (a-d)^2 + 4bc

Δ(t)\Delta(t) est un polynôme en tt de degré 2. Sur C\mathbb{C}, il admet au moins une racine t0t_0. Pour ce t0t_0, la matrice Mt0M_{t_0} possède une valeur propre double. Comme Mt0∈EM_{t_0} \in E, elle est diagonalisable. Une matrice de M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}) diagonalisable à valeur propre double est une homothétie. Donc Mt0=λI2M_{t_0} = \lambda I_2. Ceci impose que ses coefficients non diagonaux sont nuls : b=0b=0 et c=0c=0. Ainsi, toute matrice A∈EA \in E doit être diagonale.

2. (c) Conclusion sur d2(C)d_2(\mathbb{C).}

L'argument précédent montre que si EE contient JJ, alors E⊂Vect(I,J)E \subset \text{Vect}(I, J), donc dim⁡E≤2\dim E \le 2. L'espace des matrices diagonales est de dimension 2 et convient.

d2(C)=2\boxed{d_2(\mathbb{C}) = 2}

3. Comparaison.

On a dn(R)=n(n+1)2d_n(\mathbb{R}) = \frac{n(n+1)}{2} et dn(C)=nd_n(\mathbb{C}) = n. La différence est majeure : sur R\mathbb{R}, on peut construire de très gros espaces (les symétriques). Sur C\mathbb{C}, la contrainte de diagonalisabilité est beaucoup plus forte car "presque toutes" les matrices à valeurs propres multiples sont non diagonalisables (à cause de la structure des blocs de Jordan non triviaux que l'on évite ici par le discriminant).

Ne pas dire que "Δ(t)\Delta(t) a une racine donc la matrice n'est pas diagonalisable". C'est faux (cas des homothéties). Il faut bien justifier que si Δ=0\Delta=0, la diagonalisabilité impose d'être un multiple de l'identité.