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Équation matricielle avec transposition et diagonalisabilité

On considère une matrice M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) satisfaisant la relation :

M2+MT=InM^{2} + M^{T} = I_{n}
où MTM^T désigne la transposée de la matrice MM.

  1. Cas d'une matrice symétrique : On suppose dans cette question que MM est symétrique.
    1. Justifier que MM est diagonalisable.
    2. Établir que le produit Tr⁡(M)det⁡(M)\operatorname{Tr}(M) \det(M) est non nul.

  2. Cas général : On ne suppose plus que MM est symétrique.
    1. Montrer que MM est annulée par un polynôme Q∈C[X]Q \in \mathbb{C}[X] scindé à racines simples.
    2. En déduire que MM reste diagonalisable dans le cas général.

  3. Inversibilité : Démontrer que MM est inversible si et seulement si 11 n'est pas une valeur propre de MM.

1.

Pour la question 1, si MM est symétrique, injecter MT=MM^T = M dans l'équation pour obtenir un polynôme annulateur. Pour la trace, utiliser le fait que 5\sqrt{5} est irrationnel.

2.

Pour la question 2, appliquer la transposition à l'équation de départ pour exprimer MM en fonction de (MT)2(M^T)^2, puis substituer MTM^T.

3.

Pour la question 3, utiliser la relation MT=I−M2=(I−M)(I+M)M^T = I - M^2 = (I-M)(I+M) et vérifier si −1-1 peut être une valeur propre.

Idées clés

•

Recherche d'un polynôme annulateur par manipulation de la relation de base et de sa transposée.

•

Utilisation du critère de diagonalisabilité : un endomorphisme est diagonalisable si et seulement s'il possède un polynôme annulateur scindé à racines simples.

•

Lien entre spectre, déterminant et trace.

Résolution.

  1. Cas symétrique
    1. Si M=MTM = M^T, l'équation devient M2+M−In=0M^2 + M - I_n = 0. Le polynôme P(X)=X2+X−1P(X) = X^2 + X - 1 est donc un polynôme annulateur de MM. Calculons son discriminant : Δ=12−4(1)(−1)=5\Delta = 1^2 - 4(1)(-1) = 5. Les racines de PP sont λ1=−1+52\lambda_1 = \frac{-1+\sqrt{5}}{2} et λ2=−1−52\lambda_2 = \frac{-1-\sqrt{5}}{2}. Ces racines sont réelles et distinctes. Comme MM admet un polynôme annulateur scindé à racines simples sur C\mathbb{C} (et même sur R\mathbb{R}), MM est diagonalisable.
      M est diagonalisable\boxed{M \text{ est diagonalisable}}

    2. Les valeurs propres possibles de MM sont les racines de PP. Puisque 00 n'est pas racine de PP (P(0)=−1≠0P(0) = -1 \neq 0), 00 n'est pas valeur propre de MM. On en déduit immédiatement que :
      det⁡(M)≠0\boxed{\det(M) \neq 0}
      Soit mm la multiplicité de la valeur propre λ1\lambda_1. Comme MM est diagonalisable, la multiplicité de λ2\lambda_2 est n−mn-m. La trace est alors :
      Tr⁡(M)=m(−1+52)+(n−m)(−1−52)\operatorname{Tr}(M) = m \left( \frac{-1+\sqrt{5}}{2} \right) + (n-m) \left( \frac{-1-\sqrt{5}}{2} \right)
      En réorganisant les termes :
      Tr⁡(M)=−m+m5−n−n5+m+m52=−n+(2m−n)52\operatorname{Tr}(M) = \frac{-m + m\sqrt{5} - n - n\sqrt{5} + m + m\sqrt{5}}{2} = \frac{-n + (2m-n)\sqrt{5}}{2}
      Supposons par l'absurde que Tr⁡(M)=0\operatorname{Tr}(M) = 0. Alors n=(2m−n)5n = (2m-n)\sqrt{5}. Si 2m−n≠02m-n \neq 0, alors 5=n2m−n∈Q\sqrt{5} = \frac{n}{2m-n} \in \mathbb{Q}, ce qui est impossible. Si 2m−n=02m-n = 0, alors n=0n=0, ce qui est exclu pour une matrice d'ordre n≥1n \geq 1. Par conséquent :
      Tr⁡(M)≠0\boxed{\operatorname{Tr}(M) \neq 0}

  2. Cas général
    1. Partons de la relation MT=In−M2M^T = I_n - M^2. En transposant, on a M=In−(MT)2M = I_n - (M^T)^2. Injectons la première expression dans la seconde :
      M=In−(In−M2)2=In−(In−2M2+M4)M = I_n - (I_n - M^2)^2 = I_n - (I_n - 2M^2 + M^4)
      Ce qui donne M=2M2−M4M = 2M^2 - M^4, soit :
      M4−2M2+M=0M^4 - 2M^2 + M = 0
      Le polynôme Q(X)=X4−2X2+XQ(X) = X^4 - 2X^2 + X annule MM. Factorisons QQ :
      Q(X)=X(X3−2X+1)Q(X) = X(X^3 - 2X + 1)
      On remarque que 11 est racine évidente de X3−2X+1X^3 - 2X + 1. Par division euclidienne :
      Q(X)=X(X−1)(X2+X−1)Q(X) = X(X-1)(X^2 + X - 1)
      Les racines de QQ sont {0,1,−1+52,−1−52}\{0, 1, \frac{-1+\sqrt{5}}{2}, \frac{-1-\sqrt{5}}{2}\}. Ces quatre racines sont distinctes deux à deux.
      Q(X)=X(X−1)(X2+X−1) est scindeˊ aˋ racines simples\boxed{Q(X) = X(X-1)(X^2+X-1) \text{ est scindé à racines simples}}

    2. Comme MM admet un polynôme annulateur scindé à racines simples sur C\mathbb{C}, on conclut :
      M est diagonalisable\boxed{M \text{ est diagonalisable}}

  3. Inversibilité La matrice MM est inversible si et seulement si det⁡(M)≠0\det(M) \neq 0, ce qui équivaut à det⁡(MT)≠0\det(M^T) \neq 0. D'après la relation initiale, MT=In−M2=(In−M)(In+M)M^T = I_n - M^2 = (I_n - M)(I_n + M). Par multiplicativité du déterminant :
    det⁡(MT)=det⁡(In−M)det⁡(In+M)\det(M^T) = \det(I_n - M) \det(I_n + M)
    Les valeurs propres de MM sont parmi les racines de QQ trouvées précédemment : {0,1,−1±52}\{0, 1, \frac{-1\pm\sqrt{5}}{2}\}. On constate que −1-1 n'est pas une valeur propre possible pour MM. Ainsi, la matrice In+MI_n + M est toujours inversible (det⁡(In+M)≠0\det(I_n + M) \neq 0). Dès lors, det⁡(MT)=0\det(M^T) = 0 si et seulement si det⁡(In−M)=0\det(I_n - M) = 0. Ceci revient à dire que 11 est valeur propre de MM. Par contraposée, MTM^T (et donc MM) est inversible si et seulement si 11 n'est pas valeur propre de MM.
    M∈GLn(C)  ⟺  1∉sp⁡(M)\boxed{M \in GL_n(\mathbb{C}) \iff 1 \notin \operatorname{sp}(M)}

Dans la question 1(b), ne pas oublier de justifier que MM est diagonalisable avant d'écrire la trace comme somme des valeurs propres avec leurs multiplicités. Sans la diagonalisabilité, la multiplicité est celle du polynôme caractéristique.