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Soit E=R3[X]E = \mathbb{R}_{3}[X] l'espace vectoriel des polynômes à coefficients réels de degré au plus 33.

Pour tout polynôme P∈EP \in E, on définit u(P)u(P) comme le reste de la division euclidienne de (X4−1)P(X^4 - 1)P par le polynôme B=X4−XB = X^4 - X.

  1. Justifier que l'application uu définit bien un endomorphisme de EE.
  2. Déterminer le noyau ker⁡(u)\ker(u), l'image Im(u)\text{Im}(u) ainsi que le spectre de uu sur R\mathbb{R}.
  3. L'endomorphisme uu est-il diagonalisable dans L(E)\mathcal{L}(E) ?

1.

Pour la question 1, utiliser la linéarité du reste et vérifier que le degré du reste est compatible avec l'espace d'arrivée. On pourra remarquer que X4−1=(X4−X)+(X−1)X^4 - 1 = (X^4 - X) + (X - 1).

2.

Pour le noyau, traduire la condition u(P)=0u(P) = 0 par une relation de divisibilité faisant intervenir BB.

3.

Pour le spectre, on pourra écrire la matrice de uu dans la base canonique (1,X,X2,X3)(1, X, X^2, X^3) ou chercher les racines du polynôme caractéristique.

4.

Pour la diagonalisabilité, vérifier si le polynôme caractéristique est scindé sur R\mathbb{R}.

Idées clés

•

Relation entre reste et divisibilité : u(P)=0  ⟺  B∣(X4−1)Pu(P) = 0 \iff B \mid (X^4-1)P

•

Simplification du calcul : X4−1≡X−1(modX4−X)X^4-1 \equiv X-1 \pmod{X^4-X}

•

Critère de diagonalisabilité : un endomorphisme d'un R\mathbb{R}-espace vectoriel est diagonalisable s'il possède un polynôme annulateur scindé à racines simples sur R\mathbb{R}.

1. Nature de l'application uu

Soit P∈EP \in E. Par définition de la division euclidienne par BB (de degré 4), le reste u(P)u(P) est un polynôme de degré strictement inférieur à 4.

deg⁡(u(P))<4  ⟹  u(P)∈R3[X]=E\deg(u(P)) < 4 \implies u(P) \in \mathbb{R}_3[X] = E

L'application est donc bien à valeurs dans EE. La linéarité découle des propriétés du reste de la division euclidienne :

Pour tous P,Q∈EP, Q \in E et λ∈R\lambda \in \mathbb{R}, (X4−1)(λP+Q)=λ(X4−1)P+(X4−1)Q(X^4-1)(\lambda P + Q) = \lambda (X^4-1)P + (X^4-1)Q. En passant au reste modulo BB, on obtient par unicité u(λP+Q)=λu(P)+u(Q)u(\lambda P + Q) = \lambda u(P) + u(Q).

u∈L(E)\boxed{u \in \mathcal{L}(E)}

2. Éléments caractéristiques de uu

Remarquons d'abord que X4−1=1⋅(X4−X)+(X−1)X^4 - 1 = 1 \cdot (X^4 - X) + (X - 1). On en déduit :

(X4−1)P=(X4−X)P+(X−1)P(X^4 - 1)P = (X^4 - X)P + (X - 1)P

Le reste de la division de (X4−1)P(X^4 - 1)P par X4−XX^4 - X est donc le même que celui de (X−1)P(X - 1)P par X4−XX^4 - X.

Noyau : P∈ker⁡(u)  ⟺  X4−XP \in \ker(u) \iff X^4 - X divise (X−1)P(X - 1)P. Comme X4−X=X(X−1)(X2+X+1)X^4 - X = X(X-1)(X^2+X+1), la condition devient :

X(X−1)(X2+X+1)∣(X−1)P  ⟺  X(X2+X+1)∣PX(X-1)(X^2+X+1) \mid (X-1)P \iff X(X^2+X+1) \mid P

Puisque deg⁡(P)≤3\deg(P) \le 3, PP est un multiple de X(X2+X+1)=X3+X2+XX(X^2+X+1) = X^3 + X^2 + X.

ker⁡(u)=Vect(X3+X2+X)\boxed{\ker(u) = \text{Vect}(X^3 + X^2 + X)}

Image : Par le théorème du rang, dim⁡(Im(u))=4−1=3\dim(\text{Im}(u)) = 4 - 1 = 3. D'après la simplification (X4−1)P≡(X−1)P(modX4−X)(X^4-1)P \equiv (X-1)P \pmod{X^4-X}, on voit que X−1X-1 divise toujours u(P)u(P). L'image est donc incluse dans le sous-espace des polynômes de EE s'annulant en 1. Ce sous-espace étant de dimension 3, on a :

Im(u)={Q∈R3[X]∣Q(1)=0}\boxed{\text{Im}(u) = \{ Q \in \mathbb{R}_3[X] \mid Q(1) = 0 \}}

Spectre : Calculons les images de la base canonique B=(1,X,X2,X3)\mathcal{B} = (1, X, X^2, X^3) :

  • u(1)=reste((X−1),X4−X)=X−1u(1) = \text{reste}((X-1), X^4-X) = X-1
  • u(X)=reste(X2−X,X4−X)=X2−Xu(X) = \text{reste}(X^2-X, X^4-X) = X^2-X
  • u(X2)=reste(X3−X2,X4−X)=X3−X2u(X^2) = \text{reste}(X^3-X^2, X^4-X) = X^3-X^2
  • u(X3)=reste(X4−X3,X4−X)=reste((X4−X)−X3+X,X4−X)=−X3+Xu(X^3) = \text{reste}(X^4-X^3, X^4-X) = \text{reste}((X^4-X) - X^3 + X, X^4-X) = -X^3+X

La matrice MM de uu dans B\mathcal{B} est :

M=(−10001−10101−10001−1)M = \begin{pmatrix} -1 & 0 & 0 & 0
1 & -1 & 0 & 1
0 & 1 & -1 & 0
0 & 0 & 1 & -1 \end{pmatrix}

Le polynôme caractéristique est χu(x)=det⁡(xI−M)\chi_u(x) = \det(xI - M). En développant par rapport à la première ligne :

χu(x)=(x+1)∣x+10−1−1x+100−1x+1∣=(x+1)[(x+1)3−1]\chi_u(x) = (x+1) \begin{vmatrix} x+1 & 0 & -1
-1 & x+1 & 0
0 & -1 & x+1 \end{vmatrix} = (x+1) [ (x+1)^3 - 1 ]

Les racines de χu\chi_u sont telles que x+1=0x+1 = 0 ou (x+1)3=1(x+1)^3 = 1. Les solutions dans C\mathbb{C} sont x=−1x = -1 et x+1∈{1,j,j2}x+1 \in \{1, j, j^2\}, soit x∈{0,j−1,j2−1}x \in \{0, j-1, j^2-1\}. Le spectre sur R\mathbb{R} est donc :

SpR(u)={−1,0}\boxed{\text{Sp}_{\mathbb{R}}(u) = \{-1, 0\}}

3. Diagonalisabilité

L'endomorphisme uu est défini sur un R\mathbb{R}-espace vectoriel. Son polynôme caractéristique est :

χu(x)=x(x+1)(x2+3x+3)\chi_u(x) = x(x+1)(x^2 + 3x + 3)

Le discriminant du facteur de degré 2 est Δ=32−4(3)=−3<0\Delta = 3^2 - 4(3) = -3 < 0.

  • Le polynôme caractéristique n'est pas scindé sur R\mathbb{R} car il possède deux racines complexes non réelles (j−1j-1 et j2−1j^2-1).

Par conséquent :

u n’est pas diagonalisable sur R\boxed{u \text{ n'est pas diagonalisable sur } \mathbb{R}}

Attention à ne pas oublier de vérifier si les racines du polynôme caractéristique sont réelles. Sur C\mathbb{C}, cet endomorphisme possèderait 4 valeurs propres distinctes et serait donc diagonalisable. Mais ici, l'espace de référence est R3[X]\mathbb{R}_3[X].