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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}). On suppose que AA est diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) et que son spectre complexe, noté SpC(A)\text{Sp}_{\mathbb{C}}(A), ne contient aucune valeur réelle.

  1. Démontrer que l'entier nn est nécessairement pair.
  2. Établir qu'il existe une base de Cn\mathbb{C}^n de la forme (Z1,Z1‾,Z2,Z2‾,…,Zp,Zp‾)(Z_{1}, \overline{Z_{1}}, Z_{2}, \overline{Z_{2}}, \ldots, Z_{p}, \overline{Z_{p}}) constituée de vecteurs propres de AA.
  3. Pour tout k∈⟦1,p⟧k \in \llbracket 1, p \rrbracket, on décompose Zk=Xk+iYkZ_{k} = X_{k} + i Y_{k} avec Xk,Yk∈RnX_{k}, Y_{k} \in \mathbb{R}^{n}. Montrer que la famille (X1,Y1,…,Xp,Yp)(X_{1}, Y_{1}, \ldots, X_{p}, Y_{p}) forme une base de l'espace vectoriel réel Rn\mathbb{R}^{n}.
  4. En déduire que AA est semblable, dans Mn(R)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}), à une matrice diagonale par blocs dont chaque bloc est une matrice de similitude de la forme (a−bba)\begin{pmatrix} a & -b
    b & a \end{pmatrix}
    avec (a,b)∈R2(a, b) \in \mathbb{R}^2 et b≠0b \neq 0.

1.

Pour la parité de nn, étudier les racines du polynôme caractéristique dans C\mathbb{C}.

2.

Utiliser le fait que si ZZ est un vecteur propre associé à λ\lambda, alors Z‾\overline{Z} est associé à λ‾\overline{\lambda}.

3.

Pour la liberté de la famille réelle, exprimer XkX_k et YkY_k à l'aide de ZkZ_k et Zk‾\overline{Z_k} et utiliser la liberté de la base complexe.

4.

Calculer l'image de XkX_k et YkY_k par l'endomorphisme associé à AA.

Idées clés

•

Conjugaison des valeurs propres et vecteurs propres pour une matrice réelle.

•

Lien entre base complexe et base réelle associée.

•

Structure des blocs de similitude 2×22 \times 2.

Résolution.

  1. Le polynôme caractéristique χA=det⁡(XIn−A)\chi_A = \det(XI_n - A) est à coefficients réels car A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Si λ∈C\lambda \in \mathbb{C} est une valeur propre de AA, alors χA(λ)=0\chi_A(\lambda) = 0. Par conjugaison, on a :
    χA(λ)‾=χA(λˉ)=0\overline{\chi_A(\lambda)} = \chi_A(\bar{\lambda}) = 0
    Ainsi, λˉ\bar{\lambda} est également valeur propre de AA avec la même multiplicité que λ\lambda. Comme AA n'a aucune valeur propre réelle, les racines de χA\chi_A sont deux à deux distinctes et conjuguées. On peut donc regrouper les racines complexes par paires (λk,λˉk)(\lambda_k, \bar{\lambda}_k). La somme des multiplicités des valeurs propres étant égale au degré de χA\chi_A, on en déduit :
    n=2×∑k=1pm(λk)=2p\boxed{n = 2 \times \sum_{k=1}^p m(\lambda_k) = 2p}
    L'entier nn est donc bien pair.

  2. Puisque AA est diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}), la somme des dimensions des sous-espaces propres est égale à nn. Soit λ∈SpC(A)\lambda \in \text{Sp}_{\mathbb{C}}(A). Pour tout vecteur Z∈CnZ \in \mathbb{C}^n, on a :
    AZ=λZ  ⟺  AZ‾=λZ‾  ⟺  AZˉ=λˉZˉAZ = \lambda Z \iff \overline{AZ} = \overline{\lambda Z} \iff A\bar{Z} = \bar{\lambda} \bar{Z}
    Ceci montre que l'application Z↦ZˉZ \mapsto \bar{Z} est un isomorphisme de Eλ(A)E_\lambda(A) sur Eλˉ(A)E_{\bar{\lambda}}(A). Par conséquent :
    dim⁡Eλ(A)=dim⁡Eλˉ(A)\dim E_\lambda(A) = \dim E_{\bar{\lambda}}(A)
    En choisissant une base (Zk,1,…,Zk,mk)(Z_{k,1}, \dots, Z_{k, m_k}) pour chaque sous-espace propre EλkE_{\lambda_k} (où on ne choisit qu'une valeur propre par paire de conjuguées), la famille des conjugués correspondante formera une base de EλˉkE_{\bar{\lambda}_k}. En concaténant ces bases, on obtient une base de Cn\mathbb{C}^n de la forme :
    BC=(Z1,Z1‾,…,Zp,Zp‾)\boxed{\mathcal{B}_{\mathbb{C}} = (Z_{1}, \overline{Z_{1}}, \ldots, Z_{p}, \overline{Z_{p}})}

  3. Considérons une combinaison linéaire nulle de la famille (X1,Y1,…,Xp,Yp)(X_1, Y_1, \dots, X_p, Y_p) à coefficients réels (αk,βk)(\alpha_k, \beta_k) :
    ∑k=1p(αkXk+βkYk)=0Rn\sum_{k=1}^p (\alpha_k X_k + \beta_k Y_k) = 0_{\mathbb{R}^n}
    On utilise les relations Xk=12(Zk+Zk‾)X_k = \frac{1}{2}(Z_k + \overline{Z_k}) et Yk=12i(Zk−Zk‾)Y_k = \frac{1}{2i}(Z_k - \overline{Z_k}). En substituant dans la somme, on obtient :
    ∑k=1p(αk2(Zk+Zk‾)+βk2i(Zk−Zk‾))=0\sum_{k=1}^p \left( \frac{\alpha_k}{2}(Z_k + \overline{Z_k}) + \frac{\beta_k}{2i}(Z_k - \overline{Z_k}) \right) = 0
    En regroupant selon les vecteurs de la base BC\mathcal{B}_{\mathbb{C}}, on trouve :
    ∑k=1p[12(αk−iβk)Zk+12(αk+iβk)Zk‾]=0\sum_{k=1}^p \left[ \frac{1}{2}(\alpha_k - i\beta_k) Z_k + \frac{1}{2}(\alpha_k + i\beta_k) \overline{Z_k} \right] = 0
    La famille (Z1,Z1‾,… )(Z_1, \overline{Z_1}, \dots) étant libre dans Cn\mathbb{C}^n, tous les coefficients sont nuls :
    ∀k∈⟦1,p⟧,αk−iβk=0etαk+iβk=0\forall k \in \llbracket 1, p \rrbracket,   \alpha_k - i\beta_k = 0   \text{et}   \alpha_k + i\beta_k = 0
    On en déduit immédiatement αk=βk=0\alpha_k = \beta_k = 0 pour tout kk. La famille est donc libre. Comme elle comporte 2p=n2p = n vecteurs dans un espace de dimension nn, on conclut :
    (X1,Y1,…,Xp,Yp) est une base de Rn\boxed{(X_1, Y_1, \dots, X_p, Y_p) \text{ est une base de } \mathbb{R}^n}

  4. Soit k∈⟦1,p⟧k \in \llbracket 1, p \rrbracket. Soit λk=ak+ibk\lambda_k = a_k + i b_k la valeur propre associée à ZkZ_k. Puisque λk\lambda_k n'est pas réelle, on a bk≠0b_k \neq 0. L'équation propre AZk=λkZkA Z_k = \lambda_k Z_k s'écrit :
    A(Xk+iYk)=(ak+ibk)(Xk+iYk)=(akXk−bkYk)+i(bkXk+akYk)A(X_k + i Y_k) = (a_k + i b_k)(X_k + i Y_k) = (a_k X_k - b_k Y_k) + i(b_k X_k + a_k Y_k)
    Par identification des parties réelles et imaginaires (valable car A,Xk,Yk,ak,bkA, X_k, Y_k, a_k, b_k sont réels), on obtient :
    {AXk=akXk+bkYkAYk=−bkXk+akYk\begin{cases} A X_k = a_k X_k + b_k Y_k
    A Y_k = -b_k X_k + a_k Y_k \end{cases}
    Note : l'ordre des colonnes ou le signe de bb dépend du choix de la base. Ici, dans la base (Xk,Yk)(X_k, Y_k), la matrice du bloc est (ak−bkbkak)\begin{pmatrix} a_k & -b_k
    b_k & a_k \end{pmatrix}
    . En recollant les blocs, la matrice de AA dans la base BR=(X1,Y1,…,Xp,Yp)\mathcal{B}_{\mathbb{R}} = (X_1, Y_1, \dots, X_p, Y_p) est :
    MatBR(A)=diag(B1,…,Bp)avecBk=(akbk−bkak)\boxed{\text{Mat}_{\mathcal{B}_{\mathbb{R}}}(A) = \text{diag}(B_1, \dots, B_p)   \text{avec}   B_k = \begin{pmatrix} a_k & b_k
    -b_k & a_k \end{pmatrix}}
    Ceci prouve que AA est semblable sur R\mathbb{R} à une matrice diagonale par blocs de similitude.

Une erreur fréquente est d'oublier de justifier que la famille (Xk,Yk)(X_k, Y_k) est une base de l'espace réel. Il est crucial d'utiliser la liberté de la famille (Zk,Zk‾)(Z_k, \overline{Z_k}) dans l'espace complexe pour conclure.