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On considère l'espace vectoriel des matrices carrées Mn(R)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) avec nNn \in \mathbb{N}^*.

L'objectif est de déterminer s'il est possible de trouver une base de cet espace constituée exclusivement de matrices diagonalisables.

1.

Rappeler une condition suffisante simple pour qu'une matrice soit diagonalisable sur R\mathbb{R} en lien avec son spectre.

2.

Utiliser une matrice diagonale DD ayant des coefficients diagonaux distincts comme point de départ.

3.

Considérer une famille de matrices construites à partir de DD et des matrices de la base canonique (Ei,j)1i,jn(E_{i,j})_{1 \le i,j \le n}.

4.

Pour prouver que la famille est une base, vérifier qu'elle est libre et qu'elle contient n2n^2 éléments.

Idées clés

Une matrice possédant nn valeurs propres distinctes dans R\mathbb{R} est diagonalisable dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}).

La base canonique (Ei,j)1i,jn(E_{i,j})_{1 \le i,j \le n} permet de décomposer n'importe quelle matrice, mais les matrices Ei,jE_{i,j} (pour iji \neq j) ne sont pas diagonalisables.

On construit une base en "perturbant" une matrice diagonalisable fixe par les éléments de la base canonique.

Résolution.

Soit DD la matrice diagonale définie par :

D=diag(1,2,,n)=k=1nkEk,kD = \text{diag}(1, 2, \dots, n) = \sum_{k=1}^{n} k E_{k,k}

Cette matrice DD possède nn valeurs propres distinctes (les entiers de 11 à nn). Elle est donc diagonalisable.

Considérons la famille de matrices B=(Ai,j)1i,jn\mathcal{B} = (A_{i,j})_{1 \le i,j \le n} définie par :

(i,j){1,,n}2,Ai,j=D+Ei,j\forall (i,j) \in \{1, \dots, n\}^2,   A_{i,j} = D + E_{i,j}

1. Étudions la diagonalisabilité des éléments de B\mathcal{B.}

Si i=ji = j, alors Ai,i=D+Ei,iA_{i,i} = D + E_{i,i} est une matrice diagonale. Elle est donc diagonalisable.

Si iji \neq j, la matrice Ai,jA_{i,j} est soit triangulaire supérieure (si i<ji < j), soit triangulaire inférieure (si i>ji > j).

En effet, les seuls coefficients non nuls de Ai,jA_{i,j} sont sur la diagonale ou en position (i,j)(i,j).

Ses valeurs propres sont ses coefficients diagonaux, c'est-à-dire {1,2,,n}\{1, 2, \dots, n\}.

χAi,j(X)=k=1n(Xk)\chi_{A_{i,j}}(X) = \prod_{k=1}^n (X - k)

Comme Ai,jA_{i,j} possède nn valeurs propres distinctes dans R\mathbb{R}, elle est diagonalisable.

2. Montrons que la famille B\mathcal{B est libre.}

Supposons qu'il existe des réels (λi,j)1i,jn(\lambda_{i,j})_{1 \le i,j \le n} tels que :

i=1nj=1nλi,jAi,j=0\sum_{i=1}^n \sum_{j=1}^n \lambda_{i,j} A_{i,j} = 0

En remplaçant Ai,jA_{i,j} par son expression, nous obtenons :

i,jλi,j(D+Ei,j)=0\sum_{i,j} \lambda_{i,j} (D + E_{i,j}) = 0

Posons S=i,jλi,jS = \sum_{i,j} \lambda_{i,j}. L'équation devient :

SD+i,jλi,jEi,j=0S \cdot D + \sum_{i,j} \lambda_{i,j} E_{i,j} = 0

En utilisant la définition de D=k=1nkEk,kD = \sum_{k=1}^n k E_{k,k}, on peut regrouper les termes selon la base canonique (Ei,j)(E_{i,j}) :

k=1n(Sk+λk,k)Ek,k+ijλi,jEi,j=0\sum_{k=1}^n (S \cdot k + \lambda_{k,k}) E_{k,k} + \sum_{i \neq j} \lambda_{i,j} E_{i,j} = 0

Par liberté de la base canonique, nous en déduisons :

  1. ij,λi,j=0\forall i \neq j,   \lambda_{i,j} = 0
  2. k{1,,n},λk,k=kS\forall k \in \{1, \dots, n\},   \lambda_{k,k} = -k S

Sommons les relations (ii) pour kk allant de 11 à nn :

k=1nλk,k=Sk=1nk=Sn(n+1)2\sum_{k=1}^n \lambda_{k,k} = -S \sum_{k=1}^n k = -S \frac{n(n+1)}{2}

Or, d'après (i), la somme totale SS se réduit à la somme des λk,k\lambda_{k,k} :

S=k=1nλk,k+ijλi,j=k=1nλk,k+0=SS = \sum_{k=1}^n \lambda_{k,k} + \sum_{i \neq j} \lambda_{i,j} = \sum_{k=1}^n \lambda_{k,k} + 0 = S

On aboutit donc à l'équation :

S=Sn(n+1)2    S(1+n(n+1)2)=0S = -S \frac{n(n+1)}{2} \iff S \left( 1 + \frac{n(n+1)}{2} \right) = 0

Comme 1+n(n+1)2>01 + \frac{n(n+1)}{2} > 0 pour tout n1n \ge 1, on en conclut que S=0S = 0.

D'après les relations (i) et (ii), cela implique que tous les coefficients λi,j\lambda_{i,j} sont nuls.

La famille B\mathcal{B} est donc libre.

Conclusion.

La famille B\mathcal{B} est une famille libre de n2n^2 éléments dans un espace de dimension n2n^2. C'est donc une base.

Il existe bien une base de Mn(R) constitueˊe de matrices diagonalisables.\boxed{\text{Il existe bien une base de } \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \text{ constituée de matrices diagonalisables.}}

Attention à ne pas croire que l'ensemble des matrices diagonalisables forme un sous-espace vectoriel. La somme de deux matrices diagonalisables n'est pas nécessairement diagonalisable. Par exemple :

(1100)+(0001)=(1101)(non diagonalisable)\begin{pmatrix} 1 & 1
0 & 0 \end{pmatrix} + \begin{pmatrix} 0 & 0
0 & 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & 1
0 & 1 \end{pmatrix}   (\text{non diagonalisable})