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Soit EE un KK-espace vectoriel de dimension finie et u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E). On dit que uu est semi-simple si tout sous-espace de EE stable par uu possède un supplémentaire stable par uu.

  1. Montrer que si uu est semi-simple, alors sa restriction à tout sous-espace stable est encore semi-simple.
  2. Donner deux exemples d'endomorphismes qui ne sont pas semi-simples dans R2\mathbb{R}^2.
  3. On suppose dans cette question que le polynôme minimal μu\mu_u de uu est un polynôme irréductible de K[X]K[X]. Démontrer que uu est semi-simple.

  4. On revient au cas général. Montrer que uu est semi-simple si et seulement si son polynôme minimal μu\mu_u est sans facteur carré (c'est-à-dire produit de facteurs irréductibles distincts).

  5. Cas particuliers :
    1. Si K=CK = \mathbb{C}, caractériser les endomorphismes semi-simples en termes de diagonalisation.
    2. Si K=RK = \mathbb{R}, montrer qu'un endomorphisme est semi-simple si et seulement si il est diagonalisable par blocs avec des blocs de taille 1 ou des blocs de taille 2 de la forme (a−bba)\begin{pmatrix} a & -b
      b & a \end{pmatrix}
      avec b≠0b \neq 0.

1.

1. Si G⊂FG \subset F sont stables, utiliser un supplémentaire stable HH de GG dans EE et considérer H∩FH \cap F.

2.

2. Penser aux endomorphismes nilpotents non nuls ou aux blocs de Jordan.

3.

3. Utiliser un argument de dimension ou la structure de K[X]/(μu)K[X]/(\mu_u) qui est un corps. On peut aussi considérer un sous-espace stable FF et un supplémentaire stable maximal à intersection nulle avec FF.

4.

4. Pour le sens direct, si μu\mu_u a un facteur carré P2P^2, considérer ker⁡P2(u)\ker P^2(u) et montrer qu'un certain sous-espace n'a pas de supplémentaire stable. Pour la réciproque, utiliser le lemme des noyaux et la question 3.

Idées clés

•

Définition de la semi-simplicité par les supplémentaires stables.

•

Lien entre irréductibilité du polynôme minimal et absence de sous-espaces stables "intermédiaires".

•

Décomposition de l'espace en somme directe de noyaux associés aux facteurs irréductibles de μu\mu_u.

Résolution.

  1. Soit uu semi-simple sur EE. Soit FF un sous-espace stable par uu et G⊆FG \subseteq F un sous-espace stable par u∣Fu_{|F} (donc stable par uu). Il existe HH supplémentaire de GG dans EE stable par uu. Posons H′=H∩FH' = H \cap F. H′H' est stable par uu (intersection de stables) et inclus dans FF. Montrons que F=G⊕H′F = G \oplus H'. G∩(H∩F)⊆G∩H={0}G \cap (H \cap F) \subseteq G \cap H = \{0\}. Si x∈Fx \in F, on écrit x=g+hx = g + h avec g∈Gg \in G et h∈Hh \in H. Alors h=x−g∈Fh = x - g \in F, donc h∈H∩Fh \in H \cap F.
    La restriction d’un semi-simple est semi-simple.\boxed{\text{La restriction d'un semi-simple est semi-simple.}}

  2. Considérons f∈L(R2)f \in \mathcal{L}(\mathbb{R}^2) défini par A=(0100)A = \begin{pmatrix} 0 & 1
    0 & 0 \end{pmatrix}
    . Le sous-espace F=Vect⁡(e1)F = \operatorname{Vect}(e_1) est stable. Un supplémentaire stable serait de dimension 1, donc engendré par un vecteur propre non colinéaire à e1e_1. Or e1e_1 est le seul vecteur propre (à homothétie près). Un autre exemple est B=(1101)B = \begin{pmatrix} 1 & 1
    0 & 1 \end{pmatrix}
    .
    Exemples : tout endomorphisme nilpotent non nul ou trigonalisable non diagonalisable.\boxed{\text{Exemples : tout endomorphisme nilpotent non nul ou trigonalisable non diagonalisable.}}

  3. Supposons μu=P\mu_u = P irréductible. Soit FF un sous-espace stable par uu. Considérons l'ensemble S={G stable ∣F∩G={0}}\mathcal{S} = \{ G \text{ stable } \mid F \cap G = \{0\} \}. Cet ensemble est non vide ({0}). Soit GG un élément maximal de S\mathcal{S} pour l'inclusion (existe par dimension finie). Supposons F⊕G≠EF \oplus G \neq E. Soit x∉F⊕Gx \notin F \oplus G. Posons V={Q(u)x∣Q∈K[X]}V = \{ Q(u)x \mid Q \in K[X] \}. VV est un sous-espace stable non nul. Comme PP est irréductible, toute restriction de uu à un sous-espace stable non nul a aussi PP pour polynôme minimal. On peut montrer qu'un tel VV est "minimal" au sens où il ne contient pas de sous-espace stable non trivial autre que lui-même (cela revient à dire que K[u]K[u] agit comme un corps sur VV). Dès lors, V∩(F⊕G)V \cap (F \oplus G) est un sous-espace stable de VV. S'il était égal à VV, alors x∈F⊕Gx \in F \oplus G, ce qui est faux. Donc V∩(F⊕G)={0}V \cap (F \oplus G) = \{0\}. Ceci contredit la maximalité de GG car G⊕VG \oplus V serait dans S\mathcal{S}.
    μu irreˊductible   ⟹  u semi-simple.\boxed{\mu_u \text{ irréductible } \implies u \text{ semi-simple.}}

  4. Sens réciproque : Si μu=P1…Pr\mu_u = P_1 \dots P_r avec PiP_i irréductibles distincts. Par le lemme des noyaux : E=⨁i=1rker⁡Pi(u)E = \bigoplus_{i=1}^r \ker P_i(u). Soit FF un sous-espace stable. On sait que F=⨁(F∩ker⁡Pi(u))F = \bigoplus (F \cap \ker P_i(u)). Pour chaque ii, la restriction de uu à ker⁡Pi(u)\ker P_i(u) a pour polynôme minimal PiP_i, qui est irréductible. D'après la question 3, cette restriction est semi-simple. Il existe donc un supplémentaire stable GiG_i de F∩ker⁡Pi(u)F \cap \ker P_i(u) dans ker⁡Pi(u)\ker P_i(u). Alors G=⨁GiG = \bigoplus G_i est un supplémentaire stable de FF dans EE. Sens direct : Supposons uu semi-simple. Si μu\mu_u avait un facteur carré P2P^2, alors par restriction à ker⁡P2(u)\ker P^2(u), uu induirait un endomorphisme semi-simple vv dont le polynôme minimal est P2P^2. Soit F=ker⁡P(v)F = \ker P(v). FF est stable. Soit GG son supplémentaire stable. Alors vv induit vGv_G sur GG tel que μvG\mu_{v_G} divise P2P^2. Si P(vG)=0P(v_G) = 0, alors G⊆ker⁡P(v)=FG \subseteq \ker P(v) = F, donc G={0}G=\{0\}, ce qui implique F=EF=E, soit P(v)=0P(v)=0, contredisant que μv=P2\mu_v = P^2.
    u semi-simple   ⟺  μu est sans facteur carreˊ.\boxed{u \text{ semi-simple } \iff \mu_u \text{ est sans facteur carré.}}

    1. Sur C\mathbb{C}, les polynômes irréductibles sont de degré 1. μu\mu_u est sans facteur carré ssi il est scindé à racines simples.
      u semi-simple sur C  ⟺  u est diagonalisable.\boxed{u \text{ semi-simple sur } \mathbb{C} \iff u \text{ est diagonalisable.}}
    2. Sur R\mathbb{R}, les polynômes irréductibles sont de degré 1 (X−aX-a) ou 2 (X2+bX+cX^2+bX+c avec discriminant négatif). Un bloc associé à un facteur de degré 2 est semblable à une matrice de rotation-homothétie.

Ne pas confondre semi-simplicité et diagonalisabilité. Sur R\mathbb{R}, l'endomorphisme de matrice (0−110)\begin{pmatrix} 0 & -1
1 & 0 \end{pmatrix}
est semi-simple (son minimal est X2+1X^2+1, irréductible) mais n'est pas diagonalisable.