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Soit nn un entier naturel non nul. On considère la matrice Mn∈Mn(R)M_{n} \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) dont les coefficients sont donnés par :

∀(i,j)∈{1,…,n}2,mi,j=min⁡{i,j}\forall (i, j) \in \{1, \dots, n\}^{2},   m_{i, j} = \min \{i, j\}

  1. Justifier, sans calcul, que la matrice MnM_{n} est diagonalisable.
  2. Montrer que MnM_{n} est inversible et déterminer sa matrice inverse Mn−1M_{n}^{-1}.
  3. Déterminer l'ensemble des valeurs propres de MnM_{n}.
  4. En déduire une matrice diagonale semblable à MnM_{n}.

1.

Pour la question 1, observer la symétrie de la matrice.

2.

Pour la question 2, on pourra décomposer MnM_n sous la forme LLTL L^T où LL est une matrice triangulaire inférieure remplie de 11.

3.

Pour la question 3, chercher les valeurs propres de Mn−1M_n^{-1} en résolvant une relation de récurrence linéaire d'ordre 2 sur les coordonnées d'un vecteur propre.

Idées clés

•

Utilisation du théorème spectral pour la diagonalisabilité.

•

Lien entre le spectre d'une matrice et celui de son inverse : Sp(A−1)={λ−1,λ∈Sp(A)}\text{Sp}(A^{-1}) = \{ \lambda^{-1}, \lambda \in \text{Sp}(A) \}.

•

Résolution d'une équation aux différences finies (récurrence linéaire) avec conditions aux bords.

Résolution.

  1. La matrice MnM_n est réelle et symétrique puisque min⁡(i,j)=min⁡(j,i)\min(i,j) = \min(j,i) pour tout (i,j)(i,j). D'après le théorème spectral, toute matrice symétrique réelle est diagonalisable dans une base orthonormée.
    Mn est diagonalisable dans Mn(R)\boxed{M_n \text{ est diagonalisable dans } \mathcal{M}_n(\mathbb{R})}

  2. Introduisons la matrice triangulaire inférieure L=(li,j)∈Mn(R)L = (l_{i,j}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) telle que li,j=1l_{i,j} = 1 si i≥ji \ge j et 00 sinon. Calculons le coefficient (i,j)(i,j) du produit LLTL L^T :
    (LLT)i,j=∑k=1nli,k(LT)k,j=∑k=1nli,klj,k(L L^T)_{i,j} = \sum_{k=1}^n l_{i,k} (L^T)_{k,j} = \sum_{k=1}^n l_{i,k} l_{j,k}
    Le terme li,klj,kl_{i,k} l_{j,k} est non nul (vaut 11) si et seulement si k≤ik \le i et k≤jk \le j, soit k≤min⁡(i,j)k \le \min(i,j). Ainsi, (LLT)i,j=∑k=1min⁡(i,j)1=min⁡(i,j)=mi,j(L L^T)_{i,j} = \sum_{k=1}^{\min(i,j)} 1 = \min(i,j) = m_{i,j}. On a donc Mn=LLTM_n = L L^T. Puisque LL est triangulaire avec des 11 sur la diagonale, det⁡(L)=1\det(L)=1, donc LL est inversible, ce qui implique que MnM_n est inversible. L'inverse de LL est la matrice L−1L^{-1} correspondant à l'opération élémentaire Li←Li−Li−1L_i \leftarrow L_i - L_{i-1}. On a (L−1)i,i=1(L^{-1})_{i,i} = 1, (L−1)i,i−1=−1(L^{-1})_{i,i-1} = -1 et 00 ailleurs. Alors Mn−1=(LT)−1L−1=(L−1)TL−1M_n^{-1} = (L^T)^{-1} L^{-1} = (L^{-1})^T L^{-1}. Par calcul direct :
    Mn−1=(2−10…0−12−1⋱⋮0−12⋱0⋮⋱⋱⋱−10…0−11)\boxed{M_n^{-1} = \begin{pmatrix} 2 & -1 & 0 & \dots & 0
    -1 & 2 & -1 & \ddots & \vdots
    0 & -1 & 2 & \ddots & 0
    \vdots & \ddots & \ddots & \ddots & -1
    0 & \dots & 0 & -1 & 1 \end{pmatrix}}

  3. Cherchons μ\mu une valeur propre de Mn−1M_n^{-1} et X=(x1,…,xn)TX = (x_1, \dots, x_n)^T un vecteur propre associé. L'équation Mn−1X=μXM_n^{-1} X = \mu X se traduit par le système :
    {2x1−x2=μx1−xk−1+2xk−xk+1=μxkpour 2≤k≤n−1−xn−1+xn=μxn\begin{cases} 2x_1 - x_2 = \mu x_1
    -x_{k-1} + 2x_k - x_{k+1} = \mu x_k & \text{pour } 2 \le k \le n-1
    -x_{n-1} + x_n = \mu x_n \end{cases}
    Posons x0=0x_0 = 0. La première équation s'écrit alors −x0+(2−μ)x1−x2=0-x_0 + (2-\mu)x_1 - x_2 = 0. La dernière équation peut s'écrire −xn−1+(2−μ)xn−xn+1=0-x_{n-1} + (2-\mu)x_n - x_{n+1} = 0 en imposant xn+1=xnx_{n+1} = x_n. On étudie la récurrence xk+1+(μ−2)xk+xk−1=0x_{k+1} + (\mu - 2)x_k + x_{k-1} = 0. L'équation caractéristique est r2+(μ−2)r+1=0r^2 + (\mu-2)r + 1 = 0. Comme MnM_n est définie positive (car Mn=LLTM_n = LL^T), ses valeurs propres sont strictement positives. On peut montrer que 0<μ<40 < \mu < 4. Posons μ−2=−2cos⁡(θ)\mu - 2 = -2\cos(\theta) avec θ∈]0,π[\theta \in ]0, \pi[, soit μ=2−2cos⁡(θ)=4sin⁡2(θ/2)\mu = 2 - 2\cos(\theta) = 4\sin^2(\theta/2). Les racines sont eiθe^{i\theta} et e−iθe^{-i\theta}. La solution générale est xk=Acos⁡(kθ)+Bsin⁡(kθ)x_k = A \cos(k\theta) + B \sin(k\theta). La condition x0=0x_0 = 0 impose A=0A = 0, donc xk=Bsin⁡(kθ)x_k = B \sin(k\theta). La condition xn+1=xnx_{n+1} = x_n impose sin⁡((n+1)θ)=sin⁡(nθ)\sin((n+1)\theta) = \sin(n\theta). Ceci équivaut à (n+1)θ=π−nθ+2kπ(n+1)\theta = \pi - n\theta + 2k\pi (l'autre cas θ=2kπ\theta = 2k\pi est exclu). On obtient θk=(2k+1)π2n+1\theta_k = \frac{(2k+1)\pi}{2n+1} pour k∈{0,…,n−1}k \in \{0, \dots, n-1\}. Les valeurs propres de Mn−1M_n^{-1} sont μk=4sin⁡2((2k+1)π2(2n+1))\mu_k = 4\sin^2\left( \frac{(2k+1)\pi}{2(2n+1)} \right). Par conséquent, le spectre de MnM_n est composé des inverses :
    Sp(Mn)={14sin⁡2((2k+1)π2(2n+1)),k∈{0,…,n−1}}\boxed{\text{Sp}(M_n) = \left\{ \frac{1}{4\sin^2\left( \frac{(2k+1)\pi}{2(2n+1)} \right)},   k \in \{0, \dots, n-1\} \right\}}

  4. Puisque MnM_n est diagonalisable, elle est semblable à la matrice diagonale formée par ses valeurs propres. Soit DD cette matrice :
    D=diag(14sin⁡2(π2(2n+1)),…,14sin⁡2((2n−1)π2(2n+1)))\boxed{D = \text{diag}\left( \frac{1}{4\sin^2\left( \frac{\pi}{2(2n+1)} \right)}, \dots, \frac{1}{4\sin^2\left( \frac{(2n-1)\pi}{2(2n+1)} \right)} \right)}

Une erreur fréquente est de mal poser les conditions aux bords pour la récurrence. Il est crucial d'introduire x0=0x_0 = 0 et de traduire la dernière ligne du système par une condition fantôme comme xn+1=xnx_{n+1}=x_n pour conserver une forme homogène.