WikiPrépaLivrets

Soit n∈Nn \in \mathbb{N}. On considère l'espace vectoriel E=Rn[X]E = \mathbb{R}_n[X]. On définit les deux applications suivantes sur EE :

u:P⟼(1−X2)P′+nXPetv:P⟼nP−(X+1)P′u : P \longmapsto (1-X^2)P' + nXP   \text{et}   v : P \longmapsto nP - (X+1)P'

  1. Montrer que uu est un endomorphisme de EE.
  2. Déterminer les valeurs propres de uu et montrer qu'il est diagonalisable. Préciser une base de vecteurs propres.
  3. Justifier que vv est un endomorphisme de EE.
  4. L'endomorphisme vv est-il diagonalisable ?

1.

Pour uu, calculer l'image de la base canonique pour vérifier le degré et obtenir une forme de la matrice. Pour les vecteurs propres, résoudre l'équation différentielle associée.

2.

Pour vv, examiner la structure de la matrice de l'application dans la base canonique de Rn[X]\mathbb{R}_n[X].

Idées clés

•

Analyse de la stabilité du degré pour les endomorphismes de polynômes.

•

Utilisation de la structure triangulaire de la matrice dans la base canonique.

•

Résolution d'équations différentielles à variables séparables pour trouver les fonctions propres.

Résolution.

  1. Soit k∈{0,…,n}k \in \{0, \dots, n\}. Calculons u(Xk)u(X^k) :
    u(Xk)=(1−X2)kXk−1+nX⋅Xk=kXk−1−kXk+1+nXk+1u(X^k) = (1-X^2)k X^{k-1} + nX \cdot X^k = kX^{k-1} - kX^{k+1} + nX^{k+1}
    u(Xk)=kXk−1+(n−k)Xk+1u(X^k) = kX^{k-1} + (n-k)X^{k+1}
    Si k<nk < n, le degré de u(Xk)u(X^k) est k+1≤nk+1 \leq n. Si k=nk = n, u(Xn)=nXn−1+(n−n)Xn+1=nXn−1u(X^n) = nX^{n-1} + (n-n)X^{n+1} = nX^{n-1}, donc le degré est n−1≤nn-1 \leq n. Par linéarité, pour tout P∈EP \in E, deg⁡(u(P))≤n\deg(u(P)) \leq n.
    u∈L(Rn[X])\boxed{u \in \mathcal{L}(\mathbb{R}_n[X])}

  2. Cherchons les couples (λ,P)(\lambda, P) tels que u(P)=λPu(P) = \lambda P avec P≠0P \neq 0. Cela revient à résoudre l'équation différentielle :
    (1−x2)P′(x)+nxP(x)=λP(x)  ⟺  (1−x2)P′(x)=(λ−nx)P(x)(1-x^2)P'(x) + nxP(x) = \lambda P(x) \iff (1-x^2)P'(x) = (\lambda - nx)P(x)
    Sur ]−1,1[]-1, 1[, on a P′(x)P(x)=λ−nx1−x2\frac{P'(x)}{P(x)} = \frac{\lambda - nx}{1-x^2}. En décomposant en éléments simples : λ−nx1−x2=λ−n2(1+x)+λ+n2(1−x)\frac{\lambda - nx}{1-x^2} = \frac{\lambda - n}{2(1+x)} + \frac{\lambda + n}{2(1-x)}. L'intégration donne P(x)=C(1+x)λ+n2(1−x)n−λ2P(x) = C(1+x)^{\frac{\lambda+n}{2}}(1-x)^{\frac{n-\lambda}{2}}. Pour que PP soit un polynôme non nul, il faut et suffit que les exposants soient des entiers naturels. Posons k=n−λ2k = \frac{n-\lambda}{2}. Alors kk doit appartenir à {0,…,n}\{0, \dots, n\}. On en déduit λ=n−2k\lambda = n - 2k. Les valeurs propres possibles sont {n,n−2,…,−n}\{n, n-2, \dots, -n\}. Il y a n+1n+1 valeurs propres distinctes en dimension n+1n+1.
    Sp(u)={n−2k, k∈{0,…,n}}\boxed{\text{Sp}(u) = \{n-2k, \ k \in \{0, \dots, n\}\}}
    L'endomorphisme possède n+1n+1 valeurs propres distinctes, il est donc diagonalisable. Une base de vecteurs propres est donnée par (Pk)0≤k≤n(P_k)_{0 \leq k \leq n} où :
    Pk=(1+X)n−k(1−X)k\boxed{P_k = (1+X)^{n-k}(1-X)^k}

  3. Soit P∈EP \in E. Le polynôme P′P' est de degré au plus n−1n-1, donc (X+1)P′(X+1)P' est de degré au plus nn. Ainsi, v(P)=nP−(X+1)P′v(P) = nP - (X+1)P' est une combinaison linéaire de polynômes de degré au plus nn. La linéarité est immédiate par dérivation.
    v∈L(Rn[X])\boxed{v \in \mathcal{L}(\mathbb{R}_n[X])}

  4. Calculons l'image d'un terme de la base canonique :
    v(Xk)=nXk−(X+1)kXk−1=(n−k)Xk−kXk−1v(X^k) = nX^k - (X+1)kX^{k-1} = (n-k)X^k - kX^{k-1}
    La matrice MM de vv dans la base canonique (1,X,…,Xn)(1, X, \dots, X^n) est triangulaire supérieure. Les coefficients diagonaux sont les Mk,k=n−kM_{k,k} = n-k pour k∈{0,…,n}k \in \{0, \dots, n\}. Les valeurs propres sont donc {n,n−1,…,1,0}\{n, n-1, \dots, 1, 0\}. Il y a n+1n+1 valeurs propres distinctes.
    v est diagonalisable\boxed{v \text{ est diagonalisable}}

Pour l'application uu, attention à ne pas oublier de vérifier que le terme en Xn+1X^{n+1} s'annule pour garantir que l'on reste dans Rn[X]\mathbb{R}_n[X].