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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère la matrice de Pascal M=(mi,j)0⩽i,j⩽n∈Mn+1(R)M = \left( m_{i,j} \right)_{0 \leqslant i, j \leqslant n} \in \mathcal{M}_{n+1}(\mathbb{R}) définie par :

mi,j={(ji)si i⩽j0sinonm_{i,j} = \begin{cases} \binom{j}{i} & \text{si } i \leqslant j
0 & \text{sinon} \end{cases}

  1. Interpréter MM comme la matrice d'un endomorphisme classique de Rn[X]\mathbb{R}_n[X].
  2. La matrice MM est-elle diagonalizable ?
  3. Déterminer l'ordre de nilpotence de la matrice N=M−In+1N = M - I_{n+1}.
  4. Justifier que MM est inversible et déterminer son inverse M−1M^{-1}.
  5. Soient (ap)p⩾0(a_p)_{p \geqslant 0} et (bp)p⩾0(b_p)_{p \geqslant 0} deux suites réelles. Montrer que :
    ∀p∈⟦0,n⟧,bp=∑j=0p(pj)aj  ⟺  ∀p∈⟦0,n⟧,ap=∑j=0p(−1)p−j(pj)bj\forall p \in \llbracket 0, n \rrbracket,   b_p = \sum_{j=0}^p \binom{p}{j} a_j \iff \forall p \in \llbracket 0, n \rrbracket,   a_p = \sum_{j=0}^p (-1)^{p-j} \binom{p}{j} b_j
  6. On note Sn,kS_{n,k} le nombre de surjections d'un ensemble à nn éléments vers un ensemble à kk éléments. Par convention, on pose S0,0=1S_{0,0}=1 et Sn,k=0S_{n,k}=0 si n<kn < k. En dénombrant l'ensemble des applications de ⟦1,n⟧\llbracket 1, n \rrbracket dans ⟦1,k⟧\llbracket 1, k \rrbracket selon la taille de leur image, exprimer knk^n en fonction des (Sn,j)0⩽j⩽k(S_{n,j})_{0 \leqslant j \leqslant k}. En déduire une expression explicite de Sn,kS_{n,k}.

1.

Pour la question 1, considérer l'application ϕ:P(X)↦P(X+1)\phi : P(X) \mapsto P(X+1) et utiliser la formule du binôme de Newton.

2.

Pour la diagonalisabilité, examiner le spectre de cette matrice triangulaire.

3.

Pour la nilpotence, observer l'effet de l'opérateur de différence finie Δ(P)=P(X+1)−P(X)\Delta(P) = P(X+1) - P(X) sur le degré des polynômes.

4.

L'inverse de l'endomorphisme ϕ\phi correspond à une translation de la variable par −1-1.

5.

Utiliser une écriture matricielle des relations entre les suites.

6.

Séparer les applications selon la partie image J⊆⟦1,k⟧J \subseteq \llbracket 1, k \rrbracket.

Idées clés

•

Identification de la matrice à l'opérateur de décalage P(X)↦P(X+1)P(X) \mapsto P(X+1).

•

Lien entre inversibilité de la matrice et bijectivité de l'endomorphisme.

•

Utilisation de l'algèbre des polynômes pour simplifier les calculs matriciels.

Résolution.

  1. Considérons l'application ϕ:Rn[X]→Rn[X]\phi : \mathbb{R}_n[X] \to \mathbb{R}_n[X] définie par ϕ(P)=P(X+1)\phi(P) = P(X+1). C'est clairement un endomorphisme par linéarité de la dérivation et de l'évaluation. Cherchons sa matrice dans la base canonique B=(1,X,X2,…,Xn)\mathcal{B} = (1, X, X^2, \dots, X^n). D'après la formule du binôme de Newton :
    ϕ(Xj)=(X+1)j=∑i=0j(ji)Xi\phi(X^j) = (X+1)^j = \sum_{i=0}^j \binom{j}{i} X^i
    Les coordonnées de ϕ(Xj)\phi(X^j) dans B\mathcal{B} sont exactement les coefficients (ji)\binom{j}{i} pour 0⩽i⩽j0 \leqslant i \leqslant j. Ainsi, on a bien :
    MatB(ϕ)=M\boxed{\text{Mat}_{\mathcal{B}}(\phi) = M}

  2. La matrice MM est triangulaire supérieure. Ses coefficients diagonaux sont mi,i=(ii)=1m_{i,i} = \binom{i}{i} = 1. Le spectre de MM est réduit au singleton {1}\{1\}. Si MM était diagonalizable, elle serait semblable à la matrice identité In+1I_{n+1}. Or, une matrice semblable à In+1I_{n+1} est égale à In+1I_{n+1}. Comme M≠In+1M \neq I_{n+1} (car m0,1=(10)=1≠0m_{0,1} = \binom{1}{0} = 1 \neq 0 dès que n⩾1n \geqslant 1), on en déduit :
    M n’est pas diagonalizable pour n⩾1\boxed{M \text{ n'est pas diagonalizable pour } n \geqslant 1}

  3. Soit N=M−In+1N = M - I_{n+1}. Elle représente l'endomorphisme Δ=ϕ−id\Delta = \phi - \text{id}, tel que Δ(P)=P(X+1)−P(X)\Delta(P) = P(X+1) - P(X). Si deg⁡(P)=d⩾1\deg(P) = d \geqslant 1, alors deg⁡(Δ(P))=d−1\deg(\Delta(P)) = d-1. En effet, le terme en XdX^d s'annule :
    (X+1)d−Xd=(Xd+dXd−1+… )−Xd=dXd−1+…(X+1)^d - X^d = (X^d + dX^{d-1} + \dots) - X^d = dX^{d-1} + \dots
    Si PP est constant et non nul, Δ(P)=0\Delta(P) = 0. Par récurrence, Δk(P)\Delta^k(P) est de degré deg⁡(P)−k\deg(P) - k (avec la convention deg⁡(0)=−∞\deg(0) = -\infty). On en déduit que Δn(Xn)\Delta^n(X^n) est un polynôme de degré 0 (une constante non nulle), donc Δn≠0\Delta^n \neq 0. En revanche, Δn+1(P)=0\Delta^{n+1}(P) = 0 pour tout P∈Rn[X]P \in \mathbb{R}_n[X]. L'ordre de nilpotence de NN est donc :
    k=n+1\boxed{k = n+1}

  4. L'endomorphisme ϕ\phi est bijectif. Son application réciproque est ϕ−1(P)=P(X−1)\phi^{-1}(P) = P(X-1). En effet, ϕ(ϕ−1(P))=P((X−1)+1)=P(X)\phi(\phi^{-1}(P)) = P((X-1)+1) = P(X). La matrice M−1M^{-1} est donc la matrice de ϕ−1\phi^{-1} dans la base B\mathcal{B}. En utilisant à nouveau le binôme de Newton :
    ϕ−1(Xj)=(X−1)j=∑i=0j(ji)(−1)j−iXi\phi^{-1}(X^j) = (X-1)^j = \sum_{i=0}^j \binom{j}{i} (-1)^{j-i} X^i
    On en déduit que le coefficient (i,j)(i,j) de M−1M^{-1} est :
    (M−1)i,j={(−1)j−i(ji)si i⩽j0sinon\boxed{(M^{-1})_{i,j} = \begin{cases} (-1)^{j-i} \binom{j}{i} & \text{si } i \leqslant j
    0 & \text{sinon} \end{cases}}

  5. Soient A=(a0,…,an)TA = (a_0, \dots, a_n)^T et B=(b0,…,bn)TB = (b_0, \dots, b_n)^T les vecteurs colonnes associés aux suites. La relation bp=∑j=0p(pj)ajb_p = \sum_{j=0}^p \binom{p}{j} a_j se traduit matriciellement par B=MTAB = M^T A. Puisque MM est inversible, MTM^T l'est aussi et (MT)−1=(M−1)T(M^T)^{-1} = (M^{-1})^T. L'égalité est donc équivalente à A=(M−1)TBA = (M^{-1})^T B. En explicitant les coefficients de (M−1)T(M^{-1})^T, on obtient :
    ap=∑j=0n((M−1)T)p,jbj=∑j=0p(M−1)j,pbja_p = \sum_{j=0}^n ((M^{-1})^T)_{p,j} b_j = \sum_{j=0}^p (M^{-1})_{j,p} b_j
    D'après la question précédente, (M−1)j,p=(−1)p−j(pj)(M^{-1})_{j,p} = (-1)^{p-j} \binom{p}{j}, d'où :
    ap=∑j=0p(−1)p−j(pj)bj\boxed{a_p = \sum_{j=0}^p (-1)^{p-j} \binom{p}{j} b_j}

  6. Soit F\mathcal{F} l'ensemble des applications de E=⟦1,n⟧E = \llbracket 1, n \rrbracket vers F=⟦1,k⟧F = \llbracket 1, k \rrbracket. On a ∣F∣=kn|\mathcal{F}| = k^n. On peut partitionner F\mathcal{F} selon l'image J=f(E)⊆FJ = f(E) \subseteq F.
    kn=∑J⊆F∣{f:E→J,f surjective}∣k^n = \sum_{J \subseteq F} |\{ f : E \to J, f \text{ surjective} \}|
    Si ∣J∣=j|J| = j, il y a Sn,jS_{n,j} surjections de EE vers JJ. Comme il y a (kj)\binom{k}{j} sous-ensembles JJ de taille jj dans FF, on a :
    kn=∑j=0k(kj)Sn,jk^n = \sum_{j=0}^k \binom{k}{j} S_{n,j}
    C'est exactement la forme bk=∑j=0k(kj)ajb_k = \sum_{j=0}^k \binom{k}{j} a_j avec bk=knb_k = k^n et aj=Sn,ja_j = S_{n,j}. Par la formule d'inversion démontrée en question 5, on conclut :
    Sn,k=∑j=0k(−1)k−j(kj)jn\boxed{S_{n,k} = \sum_{j=0}^k (-1)^{k-j} \binom{k}{j} j^n}

Attention à l'indice de nilpotence : pour une matrice de taille N×NN \times N, l'ordre de nilpotence peut aller jusqu'à NN. Ici la matrice est de taille (n+1)×(n+1)(n+1) \times (n+1), l'indice maximal est donc n+1n+1.