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Soit KK un sous-corps de C\mathbb{C}. On considère les deux matrices suivantes de M3(K)\mathcal{M}_3(K) :

A=(2−212−32−120)etM=(51−124−21−13)A = \begin{pmatrix} 2 & -2 & 1
2 & -3 & 2
-1 & 2 & 0 \end{pmatrix}   \text{et}   M = \begin{pmatrix} 5 & 1 & -1
2 & 4 & -2
1 & -1 & 3 \end{pmatrix}

  1. Montrer que la matrice AA est diagonalisable. Déterminer une matrice de passage PP et une matrice diagonale DD telles que A=PDP−1A = PDP^{-1}.
  2. En déduire l'expression de AnA^n pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}.
  3. On considère une suite de vecteurs (Xn)n∈N(X_n)_{n \in \mathbb{N}} de K3K^3 définie par la relation de récurrence Xn+1=AXnX_{n+1} = A X_n. Exprimer XnX_n en fonction de nn et de X0X_0.
  4. Étudier la diagonalisabilité de MM. Déterminer alors l'ensemble des suites (Yn)n∈N(Y_n)_{n \in \mathbb{N}} vérifiant Yn+1=MYnY_{n+1} = M Y_n.

1.

Pour la diagonalisation, calculer le polynôme caractéristique et déterminer la dimension des sous-espaces propres.

2.

Pour AnA^n, utiliser la relation An=PDnP−1A^n = P D^n P^{-1} ou chercher un polynôme annulateur de degré 2.

3.

La relation Xn+1=AXnX_{n+1} = A X_n implique Xn=AnX0X_n = A^n X_0.

4.

Pour MM, vérifier si elle possède trois valeurs propres distinctes.

Idées clés

•

Recherche des valeurs propres via χA(X)=det⁡(XI−A)\chi_A(X) = \det(XI - A).

•

Condition de diagonalisabilité : la somme des dimensions des sous-espaces propres égale l'ordre de la matrice.

•

Lien entre puissances de matrices et systèmes récurrents linéaires.

Résolution.

  1. Diagonalisation de AA : Calculons le polynôme caractéristique de AA. On remarque que pour λ=1\lambda = 1, la matrice A−IA-I possède des lignes proportionnelles :
    A−I=(1−212−42−12−1)A - I = \begin{pmatrix} 1 & -2 & 1
    2 & -4 & 2
    -1 & 2 & -1 \end{pmatrix}
    Toutes les lignes sont des multiples de (1,−2,1)(1, -2, 1), donc rg(A−I)=1\text{rg}(A-I) = 1. D'après le théorème du rang, dim⁡ker⁡(A−I)=3−1=2\dim \ker(A-I) = 3 - 1 = 2. Ainsi, 11 est une valeur propre de multiplicité au moins 2. La trace de AA est Tr(A)=2−3+0=−1\text{Tr}(A) = 2 - 3 + 0 = -1. Soit λ3\lambda_3 la troisième valeur propre. On a 1+1+λ3=−11 + 1 + \lambda_3 = -1, d'où λ3=−3\lambda_3 = -3. Le spectre de AA est donc :
    Sp(A)={1,−3}\boxed{\text{Sp}(A) = \{1, -3\}}
    Puisque dim⁡E1(A)=2\dim E_1(A) = 2 et dim⁡E−3(A)=1\dim E_{-3}(A) = 1, la somme des dimensions est 33. La matrice AA est donc diagonalisable. Déterminons les sous-espaces propres : E1(A)E_1(A) est défini par x−2y+z=0x - 2y + z = 0. Une base est composée de u1=(2,1,0)u_1 = (2, 1, 0) et u2=(−1,0,1)u_2 = (-1, 0, 1). E−3(A)E_{-3}(A) est le noyau de A+3IA+3I. Après résolution du système, on trouve que u3=(1,2,−1)u_3 = (1, 2, -1) convient. On pose alors :
    P=(2−1110201−1)etD=(10001000−3)\boxed{P = \begin{pmatrix} 2 & -1 & 1
    1 & 0 & 2
    0 & 1 & -1 \end{pmatrix}   \text{et}   D = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0
    0 & 1 & 0
    0 & 0 & -3 \end{pmatrix}}

  2. Calcul de AnA^n : Une méthode efficace consiste à utiliser le polynôme annulateur P(X)=(X−1)(X+3)=X2+2X−3P(X) = (X-1)(X+3) = X^2 + 2X - 3. La division euclidienne de XnX^n par P(X)P(X) donne Xn=P(X)Q(X)+anX+bnX^n = P(X)Q(X) + a_n X + b_n. En évaluant en 11 et −3-3 :
    {1=an+bn(−3)n=−3an+bn  ⟹  {an=1−(−3)n4bn=3+(−3)n4\begin{cases} 1 = a_n + b_n
    (-3)^n = -3a_n + b_n \end{cases} \implies \begin{cases} a_n = \frac{1 - (-3)^n}{4}
    b_n = \frac{3 + (-3)^n}{4} \end{cases}
    Comme P(A)=0P(A) = 0 (car AA est diagonalisable et ses valeurs propres sont les racines de PP), on a :
    An=1−(−3)n4A+3+(−3)n4I\boxed{A^n = \frac{1 - (-3)^n}{4} A + \frac{3 + (-3)^n}{4} I}

  3. Suite XnX_n : Par une récurrence immédiate, on a Xn=AnX0X_n = A^n X_0. En utilisant l'expression précédente :
    Xn=(1−(−3)n4A+3+(−3)n4I)X0\boxed{X_n = \left( \frac{1 - (-3)^n}{4} A + \frac{3 + (-3)^n}{4} I \right) X_0}

  4. Étude de MM : Calculons les valeurs propres de MM. On observe que la somme des colonnes C1+C3C_1+C_3 donne 2C22 C_2 ? Non. Testons des valeurs simples : M−4IM-4I a pour colonnes (1,2,1)(1, 2, 1), (1,0,−1)(1, 0, -1), (−1,−2,−1)(-1, -2, -1). On voit C1=−C3C_1 = -C_3, donc det⁡(M−4I)=0\det(M-4I)=0. De même, M−2IM-2I possède des colonnes liées (C2=−C3C_2 = -C_3). La trace est 1212, donc 4+2+λ3=12  ⟹  λ3=64 + 2 + \lambda_3 = 12 \implies \lambda_3 = 6. Les valeurs propres {2,4,6}\{2, 4, 6\} sont distinctes, donc MM est diagonalisable. Il existe Q∈GL3(K)Q \in GL_3(K) telle que M=Qdiag(2,4,6)Q−1M = Q \text{diag}(2, 4, 6) Q^{-1}. Les suites cherchées sont de la forme Yn=MnY0Y_n = M^n Y_0. En notant (v1,v2,v3)(v_1, v_2, v_3) une base de vecteurs propres associés à (2,4,6)(2, 4, 6), la solution générale est :
    Yn=α2nv1+β4nv2+γ6nv3(α,β,γ∈K)\boxed{Y_n = \alpha 2^n v_1 + \beta 4^n v_2 + \gamma 6^n v_3   (\alpha, \beta, \gamma \in K)}

Attention à ne pas oublier que pour AA, la valeur propre 11 est double. Il faut impérativement vérifier que la dimension du sous-espace propre associé est bien égale à 2 pour conclure à la diagonalisabilité.