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Soit nn un entier naturel tel que n≥2n \geq 2. On considère la matrice A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) définie par :

A=(111…1110…0101⋱⋮⋮⋮⋱⋱010…01)A = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 1 & \ldots & 1
1 & 1 & 0 & \ldots & 0
1 & 0 & 1 & \ddots & \vdots
\vdots & \vdots & \ddots & \ddots & 0
1 & 0 & \ldots & 0 & 1 \end{pmatrix}

Plus formellement, si l'on note A=(ai,j)1≤i,j≤nA = (a_{i,j})_{1 \leq i,j \leq n}, on a :

  • ai,i=1a_{i,i} = 1 pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\} ;
  • a1,j=aj,1=1a_{1,j} = a_{j,1} = 1 pour tout j∈{1,…,n}j \in \{1, \dots, n\} ;
  • ai,j=0a_{i,j} = 0 sinon.

L'objectif est de diagonaliser cette matrice, c'est-à-dire de déterminer ses valeurs propres, leurs multiplicités respectives, ainsi qu'une base de vecteurs propres.

1.

Introduire la matrice B=A−InB = A - I_n et étudier ses propriétés (rang, symétrie).

2.

Utiliser le lien entre le rang de BB et la multiplicité de la valeur propre 00.

3.

Exploiter la trace de BB et de B2B^2 pour trouver les valeurs propres non nulles de BB.

4.

Se souvenir que si B=PDP−1B = P D P^{-1}, alors A=In+B=P(In+D)P−1A = I_n + B = P(I_n + D)P^{-1}.

Idées clés

•

Étude d'une perturbation de l'identité : A=In+BA = I_n + B.

•

Relation rang-multiplicité pour la valeur propre 00.

•

Utilisation de la trace et de la symétrie réelle pour la diagonalisabilité.

1. Décomposition de la matrice.

Posons B=A−InB = A - I_n. La matrice BB s'écrit :

B=(011…1100…0100…0⋮⋮⋮⋱⋮100…0)B = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 1 & \dots & 1
1 & 0 & 0 & \dots & 0
1 & 0 & 0 & \dots & 0
\vdots & \vdots & \vdots & \ddots & \vdots
1 & 0 & 0 & \dots & 0 \end{pmatrix}

Puisque A=In+BA = I_n + B, les vecteurs propres de AA et de BB sont identiques.

Si λ\lambda est une valeur propre de BB, alors 1+λ1 + \lambda est une valeur propre de AA.

2. Recherche des éléments propres de BB.

La matrice BB est réelle et symétrique, elle est donc diagonalisable dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) d'après le théorème spectral.

Observons le rang de BB. Les colonnes C2,C3,…,CnC_2, C_3, \dots, C_n sont toutes égales au vecteur e1=(1,0,…,0)Te_1 = (1, 0, \dots, 0)^T.

Ainsi, l'image de BB est engendrée par C1C_1 et C2C_2. Comme ces deux colonnes sont linéairement indépendantes (car n≥2n \geq 2), on a :

rg(B)=2\boxed{rg(B) = 2}

D'après le théorème du rang, le noyau de BB est de dimension :

dim⁡(ker⁡B)=n−rg(B)=n−2\dim(\ker B) = n - rg(B) = n - 2

Par conséquent, 00 est une valeur propre de BB de multiplicité au moins n−2n-2.

Puisque BB est diagonalisable, la multiplicité de la valeur propre 00 est exactement n−2n-2.

3. Détermination des valeurs propres non nulles.

Notons λ1\lambda_1 et λ2\lambda_2 les deux valeurs propres manquantes de BB (éventuellement confondues).

Nous utilisons les relations sur la trace :

Tr(B)=∑i=1nλi=(n−2)⋅0+λ1+λ2=0Tr(B) = \sum_{i=1}^n \lambda_i = (n-2) \cdot 0 + \lambda_1 + \lambda_2 = 0

D'où λ2=−λ1\lambda_2 = -\lambda_1.

Calculons maintenant Tr(B2)Tr(B^2), qui est la somme des carrés des valeurs propres :

Tr(B2)=∑i,jbi,j2=2(n−1)Tr(B^2) = \sum_{i,j} b_{i,j}^2 = 2(n-1)

En effet, dans BB, il y a (n−1)(n-1) coefficients égaux à 11 sur la première ligne (hors diagonale) et (n−1)(n-1) coefficients égaux à 11 sur la première colonne.

On en déduit l'équation :

λ12+λ22=2λ12=2(n−1)\lambda_1^2 + \lambda_2^2 = 2\lambda_1^2 = 2(n-1)
λ1=n−1etλ2=−n−1\boxed{\lambda_1 = \sqrt{n-1}   \text{et}   \lambda_2 = -\sqrt{n-1}}

4. Synthèse pour la matrice AA.

Les valeurs propres de AA sont obtenues en ajoutant 11 à celles de BB :

  • μ1=1\mu_1 = 1 avec une multiplicité de n−2n-2.
  • μ2=1+n−1\mu_2 = 1 + \sqrt{n-1} avec une multiplicité de 11.
  • μ3=1−n−1\mu_3 = 1 - \sqrt{n-1} avec une multiplicité de 11.

5. Recherche des vecteurs propres.

  1. Pour la valeur propre 11 (correspondant à ker⁡B\ker B) : Un vecteur X=(x1,…,xn)TX = (x_1, \dots, x_n)^T est dans ker⁡B\ker B si et seulement si :
    {∑j=2nxj=0x1=0\begin{cases} \sum_{j=2}^n x_j = 0
    x_1 = 0 \end{cases}
    Une base de cet espace est donnée par les n−2n-2 vecteurs :
    Vk=e2−ekpour k∈{3,…,n}\boxed{V_k = e_2 - e_k   \text{pour } k \in \{3, \dots, n\}}

  2. Pour les valeurs propres 1±n−11 \pm \sqrt{n-1} (correspondant à BX=±n−1XB X = \pm \sqrt{n-1} X) : Soit λ\lambda une de ces valeurs propres. Le système BX=λXBX = \lambda X donne :
    {∑j=2nxj=λx1x1=λxj(∀j≥2)\begin{cases} \sum_{j=2}^n x_j = \lambda x_1
    x_1 = \lambda x_j   (\forall j \geq 2) \end{cases}
    Si x1=0x_1 = 0, alors tous les xjx_j sont nuls. Supposons x1=λx_1 = \lambda. Alors xj=1x_j = 1 pour tout j≥2j \geq 2. La première équation devient (n−1)=λ2(n-1) = \lambda^2, ce qui est cohérent. Les vecteurs propres associés sont donc :
    X±=(±n−1,1,1,…,1)T\boxed{X_{\pm} = (\pm\sqrt{n-1}, 1, 1, \dots, 1)^T}

Ne pas oublier de décaler les valeurs propres à la fin. On a diagonalisé BB, mais la question porte sur A=B+IA = B + I. L'erreur classique est de donner le spectre de BB comme réponse finale.