Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie n⩾2. On considère un endomorphisme u∈L(E) de rang 1.
Justifier qu'il existe une forme linéaire non nulle ϕ∈E∗ et un vecteur non nul a∈E tels que pour tout x∈E, u(x)=ϕ(x)a.
En déduire que u2=Tr(u)u et montrer que Tr(u) est une valeur propre de u.
Montrer que les assertions suivantes sont équivalentes :
u est diagonalisable.
Tr(u)=0.
u2=0.
Classification par similitude :
Soit u et v deux endomorphismes de rang 1. Montrer qu'ils sont semblables si et seulement si Tr(u)=Tr(v).
Déterminer, à similitude près, la forme des matrices de Mn(K) de rang 1.
Application aux matrices à blocs et produits :
Soient X,Y∈Mn,1(K) deux vecteurs colonnes non nuls. À quelle condition nécessaire et suffisante la matrice A=XtY est-elle diagonalisable ?
Soit M=(xixj)1⩽i,j⩽n une matrice de Mn(C) où (x1,…,xn)∈Cn∖{0}. Donner le rang de M et déterminer une condition sur les xi pour que M soit diagonalisable. Le résultat change-t-il si M∈Mn(R) ?
1.
Pour la question 1, utiliser le fait que l'image de u est une droite vectorielle engendrée par un vecteur a. Tout vecteur u(x) est proportionnel à a.
2.
Pour la diagonalisabilité, étudier la dimension du sous-espace propre associé à la valeur propre 0 (le noyau).
3.
Pour la similitude, distinguer le cas diagonalisable (où le spectre suffit) et le cas nilpotent (trace nulle).
4.
Pour XtY, remarquer que la trace est égale au produit scalaire canonique tYX (ou tXY).
Idées clés
•
Lien entre rang 1 et structure u(x)=ϕ(x)a.
•
Théorème du rang : dimker(u)=n−1.
•
Critère de diagonalisation par la somme des dimensions des sous-espaces propres.
1. Structure des endomorphismes de rang 1.
Puisque rg(u)=1, l'image Im(u) est une droite vectorielle. Soit a un vecteur non nul engendrant cette droite.
Pour tout x∈E, u(x)∈Vect(a), il existe donc un scalaire dépendent de x, noté ϕ(x), tel que u(x)=ϕ(x)a.
La linéarité de u impose la linéarité de ϕ. Comme u=0, ϕ est une forme linéaire non nulle.
Calculons u2(x) pour tout x∈E :
u2(x)=u(ϕ(x)a)=ϕ(x)u(a)=ϕ(x)ϕ(a)a
Or, dans une base (a,e2,…,en) dont les n−1 derniers vecteurs sont dans kerϕ, la matrice de u n'a qu'un seul élément possible non nul sur la diagonale : ϕ(a) en position (1,1).
On en déduit que Tr(u)=ϕ(a). Ainsi :
u2=Tr(u)u
Comme u=0, il existe x tel que u(x)=a=0. L'égalité u(a)=Tr(u)a montre que Tr(u) est valeur propre de u.
2. Critère de diagonalisation.
(i) ⟺ (ii) : Par le théorème du rang, dimker(u)=n−1. La valeur propre 0 est donc de multiplicité géométrique n−1.
Si Tr(u)=0, Tr(u) est une valeur propre différente de 0. La somme des dimensions des sous-espaces propres vaut (n−1)+1=n, donc u est diagonalisable.
Si Tr(u)=0, la seule valeur propre est 0. Si u était diagonalisable, u serait nul, ce qui contredit rg(u)=1.
(ii) ⟺ (iii) : D'après la relation u2=Tr(u)u, il est immédiat que si Tr(u)=0, alors u2=0.
Réciproquement, si u2=0, comme u=0, le polynôme X2 est annulateur. La seule valeur propre possible est 0, donc Tr(u)=0.
3. Classification par similitude.
Le sens direct est évident (la trace est un invariant de similitude).
Pour la réciproque, soit λ=Tr(u)=Tr(v).
Cas 1 : λ=0.u et v sont diagonalisables. Ils ont le même spectre {0,…,0,λ} avec les mêmes multiplicités. Ils sont donc tous deux semblables à la matrice diagonale Dλ=diag(0,…,0,λ).
Cas 2 : λ=0.u et v sont nilpotents de rang 1. Il existe une base (e1,…,en) telle que u(e1)=e2 et u(ei)=0 pour i⩾2.
En effet, soit e2∈Im(u)∖{0}. Comme u2=0, e2∈ker(u). On complète e2 en une base (e2,…,en) de ker(u). Soit e1 tel que u(e1)=e2. La famille (e1,…,en) est une base car e1∈/ker(u).
Dans cette base, la matrice de u est toujours la même (un seul 1 en position (2,1) ou (1,2) selon le choix), donc u et v sont semblables.
Les classes de similitude sont caractérisées par la trace λ.
Si λ=0,A∼(λ000n−1)et si λ=0,A∼000100000n−2
4. Applications.
La matrice A=XtY est de rang 1 car toutes ses colonnes sont colinéaires à X. Sa trace est Tr(XtY)=Tr(tYX)=tYX.
D'après la question 2, A est diagonalisable si et seulement si sa trace est non nulle :
tYX=0
M s'écrit XtX avec X=(x1,…,xn). Comme X=0, rg(M)=1.
Sa trace est ∑i=1nxi2. Elle est diagonalisable si et seulement si i=1∑nxi2=0.
Sur R :} ∑xi2=0⟺∀i,xi=0. Comme X=0, la trace est toujours strictement positive, donc M est toujours diagonalisable.
Sur C :} On peut avoir une trace nulle avec des coefficients non nuls (ex: X=(1,i,0,…,0)), donc elle n'est pas toujours diagonalisable.
Attention à ne pas oublier le cas où la trace est nulle. Une matrice de rang 1 n'est PAS toujours diagonalisable. Elle l'est si et seulement si elle n'est pas nilpotente.