WikiPrépaLivrets

Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) une matrice non nulle. On considère l'application Φ\Phi définie sur Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) par :

Φ(M)=tr⁡(AM)In\Phi(M) = \operatorname{tr}(AM) I_n

  1. Exprimer l'endomorphisme Φ2=Φ∘Φ\Phi^2 = \Phi \circ \Phi comme un multiple scalaire de Φ\Phi.
  2. Déterminer une condition nécessaire et suffisante sur AA pour que Φ\Phi soit diagonalisable.
  3. Dans le cas où Φ\Phi est diagonalisable, préciser son spectre ainsi que les sous-espaces propres associés.

1.

Pour la première question, utiliser la linéarité de la trace pour calculer Φ(Φ(M))\Phi(\Phi(M)).

2.

Un endomorphisme de rang 1 est diagonalisable si et seulement si sa trace est non nulle. Ici, on peut utiliser un polynôme annulateur simple déduit de la question 1.

3.

Penser à la dimension de l'image de Φ\Phi pour identifier les valeurs propres possibles.

Idées clés

•

Utilisation d'un polynôme annulateur scindé à racines simples.

•

Relation entre le rang d'un endomorphisme et la dimension de ses sous-espaces propres.

•

Propriété de la forme linéaire M↦tr⁡(AM)M \mapsto \operatorname{tr}(AM).

Résolution.

  1. Soit M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Par définition de Φ\Phi, nous avons :
    Φ2(M)=Φ(tr⁡(AM)In)\Phi^2(M) = \Phi\left( \operatorname{tr}(AM) I_n \right)

    Par linéarité de la trace, on peut sortir le scalaire tr⁡(AM)\operatorname{tr}(AM) :

    Φ2(M)=tr⁡(AM)Φ(In)=tr⁡(AM)tr⁡(AIn)In\Phi^2(M) = \operatorname{tr}(AM) \Phi(I_n) = \operatorname{tr}(AM) \operatorname{tr}(A I_n) I_n

    Comme tr⁡(AIn)=tr⁡(A)\operatorname{tr}(A I_n) = \operatorname{tr}(A), on obtient :

    Φ2(M)=tr⁡(A)(tr⁡(AM)In)=tr⁡(A)Φ(M)\Phi^2(M) = \operatorname{tr}(A) \left( \operatorname{tr}(AM) I_n \right) = \operatorname{tr}(A) \Phi(M)

    Ceci étant vrai pour tout MM, on en déduit l'égalité d'endomorphismes :

    Φ2=tr⁡(A)Φ\boxed{\Phi^2 = \operatorname{tr}(A) \Phi}

  2. Le polynôme P(X)=X2−tr⁡(A)X=X(X−tr⁡(A))P(X) = X^2 - \operatorname{tr}(A)X = X(X - \operatorname{tr}(A)) est un polynôme annulateur de Φ\Phi.

    Premier cas : tr⁡(A)≠0\operatorname{tr(A) \neq 0.} Le polynôme PP est scindé sur R\mathbb{R} et possède deux racines simples (00 et tr⁡(A)\operatorname{tr}(A)). D'après le critère de diagonalisation par les polynômes annulateurs, Φ\Phi est diagonalisable.

    Second cas : tr⁡(A)=0\operatorname{tr(A) = 0.} Ici, P(X)=X2P(X) = X^2 annule Φ\Phi. L'endomorphisme est donc nilpotent. Un endomorphisme nilpotent est diagonalisable si et seulement s'il est nul.

    Vérifions si Φ\Phi peut être nul. Puisque A≠0A \neq 0, considérons sa transposée ATA^T. On a tr⁡(AAT)=∑i,jai,j2>0\operatorname{tr}(A A^T) = \sum_{i,j} a_{i,j}^2 > 0, donc Φ(AT)=tr⁡(AAT)In≠0\Phi(A^T) = \operatorname{tr}(AA^T) I_n \neq 0. Ainsi Φ≠0\Phi \neq 0.

    Par conséquent, si tr⁡(A)=0\operatorname{tr}(A) = 0, Φ\Phi n'est pas diagonalisable.

    Conclusion :

    Φ est diagonalisable si et seulement si tr⁡(A)≠0\boxed{\Phi \text{ est diagonalisable si et seulement si } \operatorname{tr}(A) \neq 0}

  3. Supposons tr⁡(A)≠0\operatorname{tr}(A) \neq 0. L'image de Φ\Phi est incluse dans Vect⁡(In)\operatorname{Vect}(I_n). Comme Φ(AT)≠0\Phi(A^T) \neq 0, on a Im⁡(Φ)=Vect⁡(In)\operatorname{Im}(\Phi) = \operatorname{Vect}(I_n). Le rang de Φ\Phi est donc 11.

    D'après le théorème du rang, dim⁡Ker⁡(Φ)=n2−1\dim \operatorname{Ker}(\Phi) = n^2 - 1. Le noyau de Φ\Phi est le sous-espace propre associé à la valeur propre 00. Comme A≠0A \neq 0, l'application M↦tr⁡(AM)M \mapsto \operatorname{tr}(AM) est une forme linéaire non nulle.

    E0(Φ)={M∈Mn(R)∣tr⁡(AM)=0}\boxed{E_0(\Phi) = \{ M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid \operatorname{tr}(AM) = 0 \}}

    D'après la question 1, Φ(In)=tr⁡(A)In\Phi(I_n) = \operatorname{tr}(A) I_n. Comme In≠0I_n \neq 0 et tr⁡(A)≠0\operatorname{tr}(A) \neq 0, InI_n est un vecteur propre associé à la valeur propre tr⁡(A)\operatorname{tr}(A). Puisque dim⁡E0(Φ)=n2−1\dim E_0(\Phi) = n^2 - 1, la seule autre valeur propre possible est tr⁡(A)\operatorname{tr}(A) pour que la somme des dimensions égale n2n^2.

    Etr⁡(A)(Φ)=Vect⁡(In)\boxed{E_{\operatorname{tr}(A)}(\Phi) = \operatorname{Vect}(I_n)}

    Le spectre est donc Sp⁡(Φ)={0,tr⁡(A)}\operatorname{Sp}(\Phi) = \{0, \operatorname{tr}(A)\}.

L'erreur classique est d'oublier de prouver que Φ≠0\Phi \neq 0 dans le cas où tr⁡(A)=0\operatorname{tr}(A)=0. Il ne suffit pas de dire que A≠0A \neq 0, il faut montrer qu'il existe une matrice MM telle que tr⁡(AM)≠0\operatorname{tr}(AM) \neq 0. Le choix de M=ATM=A^T (ou A∗A^* sur C\mathbb{C}) est l'argument standard utilisant le produit scalaire canonique.