WikiPrépaLivrets

On considère l'espace vectoriel M2(R)M_2(\mathbb{R}) des matrices carrées d'ordre 22 à coefficients réels.

L'objectif est de déterminer une fonction f:M2(R)→Rf : M_2(\mathbb{R}) \to \mathbb{R} qui soit continue sur M2(R)M_2(\mathbb{R}) et qui vérifie la propriété suivante : Pour toute matrice M∈M2(R)M \in M_2(\mathbb{R}), f(M)=0f(M) = 0 si et seulement si MM est trigonalisable dans M2(R)M_2(\mathbb{R}).

1.

Rappeler la condition nécessaire et suffisante pour qu'une matrice réelle soit trigonalisable sur R\mathbb{R} en lien avec son polynôme caractéristique.

2.

Exprimer le discriminant Δ(M)\Delta(M) du polynôme caractéristique d'une matrice M∈M2(R)M \in M_2(\mathbb{R}) en fonction de sa trace et de son déterminant.

3.

Construire une fonction continue sur R\mathbb{R} qui s'annule exactement sur l'ensemble des réels positifs ou nuls.

Idées clés

•

Critère de trigonalisation : un endomorphisme est trigonalisable si et seulement si son polynôme caractéristique est scindé.

•

En dimension 2, le caractère scindé d'un polynôme de degré 2 dépend du signe de son discriminant.

•

Utilisation de la fonction partie négative pour traduire une condition d'inégalité par une annulation.

Résolution.

Soit M∈M2(R)M \in M_2(\mathbb{R}). On note χM(X)\chi_M(X) son polynôme caractéristique.

D'après le cours, MM est trigonalisable dans M2(R)M_2(\mathbb{R}) si et seulement si χM\chi_M est scindé sur R\mathbb{R}.

χM(X)=det⁡(XI2−M)=X2−Tr(M)X+det⁡(M)\chi_M(X) = \det(XI_2 - M) = X^2 - \text{Tr}(M)X + \det(M)

Comme χM\chi_M est un polynôme de degré 22 à coefficients réels, il est scindé sur R\mathbb{R} si et seulement si son discriminant, noté Δ(M)\Delta(M), est supérieur ou égal à zéro.

On calcule ce discriminant :

Δ(M)=Tr(M)2−4det⁡(M)\Delta(M) = \text{Tr}(M)^2 - 4\det(M)

La fonction Δ:M2(R)→R\Delta : M_2(\mathbb{R}) \to \mathbb{R} est continue car elle est définie comme une somme et un produit de fonctions continues (la trace et le déterminant sont des fonctions polynomiales des coefficients de la matrice).

Ainsi, nous avons l'équivalence :

M est trigonalisable dans M2(R)  ⟺  Δ(M)≥0\boxed{M \text{ est trigonalisable dans } M_2(\mathbb{R}) \iff \Delta(M) \ge 0}

Nous cherchons maintenant une fonction ff continue telle que f(M)=0  ⟺  Δ(M)≥0f(M) = 0 \iff \Delta(M) \ge 0.

Considérons la fonction h:R→Rh : \mathbb{R} \to \mathbb{R} définie par h(x)=max⁡(0,−x)h(x) = \max(0, -x). Cette fonction est bien continue sur R\mathbb{R}.

On remarque que :

h(x)=0  ⟺  max⁡(0,−x)=0  ⟺  −x≤0  ⟺  x≥0h(x) = 0 \iff \max(0, -x) = 0 \iff -x \le 0 \iff x \ge 0

En posant f=h∘Δf = h \circ \Delta, c'est-à-dire :

f(M)=max⁡(0,4det⁡(M)−Tr(M)2)\boxed{f(M) = \max\left( 0, 4\det(M) - \text{Tr}(M)^2 \right)}

L'application ff est continue par composition d'applications continues.

De plus, par construction de hh :

f(M)=0  ⟺  Δ(M)≥0f(M) = 0 \iff \Delta(M) \ge 0

Conclusion. La fonction f:M↦max⁡(0,4det⁡(M)−Tr(M)2)f : M \mapsto \max(0, 4\det(M) - \text{Tr}(M)^2) convient.

Une erreur classique serait d'oublier que la trigonalisabilité dépend du corps de base. Sur C\mathbb{C}, toutes les matrices de Mn(C)M_n(\mathbb{C}) sont trigonalisables, donc toute fonction constante nulle conviendrait. Ici, le corps R\mathbb{R} impose la condition sur le discriminant.