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Soit nn un entier naturel non nul et M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

On se donne un réel ε>0\varepsilon > 0 strictement positif.

Démontrer que la matrice MM est semblable à une matrice triangulaire supérieure T=(ti,j)1≤i,j≤nT = (t_{i,j})_{1 \le i,j \le n} telle que tous ses coefficients strictement au-dessus de la diagonale soient de module inférieur ou égal à ε\varepsilon, c'est-à-dire :

∀(i,j)∈{1,…,n}2,i<j  ⟹  ∣ti,j∣≤ε\forall (i,j) \in \{1, \dots, n\}^2,   i < j \implies |t_{i,j}| \le \varepsilon

1.

Commencer par utiliser le fait que toute matrice de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) est trigonalisable.

2.

Effectuer un changement de base supplémentaire à l'aide d'une matrice diagonale de la forme D=diag(1,δ,δ2,…,δn−1)D = \text{diag}(1, \delta, \delta^2, \dots, \delta^{n-1}) pour un paramètre δ>0\delta > 0 bien choisi.

3.

Étudier l'effet de la conjugaison par cette matrice diagonale sur les coefficients d'une matrice triangulaire.

Idées clés

•

Trigonalisation sur C\mathbb{C} (théorème du cours).

•

Action de la conjugaison par une matrice diagonale sur les coefficients.

•

Passage à la limite (ou choix d'un paramètre assez petit).

Résolution.

  1. Première réduction : Trigonalisation classique. Puisque le corps de base est C\mathbb{C}, le polynôme caractéristique de la matrice MM est scindé. D'après le théorème de trigonalisation, il existe une matrice inversible Q∈GLn(C)Q \in \text{GL}_n(\mathbb{C}) et une matrice triangulaire supérieure R=(ri,j)∈Mn(C)R = (r_{i,j}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telles que :
    M=QRQ−1M = Q R Q^{-1}
  2. Seconde réduction : Ajustement des coefficients par une matrice diagonale. Soit δ>0\delta > 0 un réel strictement positif. On définit la matrice diagonale :
    Dδ=diag(1,δ,δ2,…,δn−1)∈GLn(C)D_\delta = \text{diag}(1, \delta, \delta^2, \dots, \delta^{n-1}) \in \text{GL}_n(\mathbb{C})
    Considérons la matrice T=Dδ−1RDδT = D_\delta^{-1} R D_\delta. Puisque RR est triangulaire supérieure et que DδD_\delta est diagonale, la matrice TT est également triangulaire supérieure. Cherchons l'expression des coefficients ti,jt_{i,j} de TT. Par calcul direct du produit matriciel, on obtient :
    ti,j=(Dδ−1)i,i⋅ri,j⋅(Dδ)j,jt_{i,j} = (D_\delta^{-1})_{i,i} \cdot r_{i,j} \cdot (D_\delta)_{j,j}
    En remplaçant par les valeurs des coefficients de DδD_\delta, il vient :
    ∀(i,j)∈{1,…,n}2,ti,j=δ−(i−1)⋅ri,j⋅δj−1\forall (i,j) \in \{1, \dots, n\}^2,   t_{i,j} = \delta^{-(i-1)} \cdot r_{i,j} \cdot \delta^{j-1}
    Ce qui se simplifie en :
    ti,j=ri,jδj−i\boxed{ t_{i,j} = r_{i,j} \delta^{j-i} }

  3. Majoration des coefficients surdiagonaux. Observons les différents cas pour les indices (i,j)(i,j) :
    • Si i=ji = j, ti,i=ri,it_{i,i} = r_{i,i}. Les éléments diagonaux (les valeurs propres) restent inchangés.
    • Si i<ji < j, l'exposant j−ij-i est un entier strictement positif (j−i≥1j-i \ge 1).
    Pour chaque couple (i,j)(i,j) tel que i<ji < j, on a ∣ti,j∣=∣ri,j∣δj−i|t_{i,j}| = |r_{i,j}| \delta^{j-i}. On souhaite que ∣ri,j∣δj−i≤ε|r_{i,j}| \delta^{j-i} \le \varepsilon pour tous les indices i<ji < j. Puisqu'il n'y a qu'un nombre fini de tels coefficients, on peut poser :
    δ=min⁡(1,min⁡i<j,ri,j≠0(ε∣ri,j∣)1/(j−i))\delta = \min \left( 1, \min_{i < j, r_{i,j} \neq 0} \left( \frac{\varepsilon}{|r_{i,j}|} \right)^{1/(j-i)} \right)
    En choisissant un tel δ\delta (assez petit), on assure que pour tout i<ji < j :
    ∣ti,j∣≤ε\boxed{ |t_{i,j}| \le \varepsilon }

  4. Conclusion. La matrice MM est semblable à RR, qui elle-même est semblable à TT. Par transitivité de la relation de similitude, MM est semblable à TT. La matrice de passage est P=QDδP = Q D_\delta.

Ne pas oublier que la matrice de passage finale est le produit des deux matrices de passage successives. Attention également à ne pas confondre DδD_\delta et son inverse lors du calcul des coefficients.