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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et B∈Mn(C)B \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) une matrice nilpotente.

On considère un complexe λ∈C\lambda \in \mathbb{C} et on définit la matrice M=λIn+BM = \lambda I_{n} + B.

Soit P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] un polynôme. Démontrer que P(M)P(M) est diagonalisable si et seulement s'il existe un scalaire μ∈C\mu \in \mathbb{C} tel que P(M)=μInP(M) = \mu I_{n}.

1.

Utiliser la formule de Taylor pour les polynômes afin d'exprimer P(λIn+B)P(\lambda I_n + B) en fonction des puissances de BB.

2.

Identifier la partie scalaire et la partie nilpotente de P(M)P(M).

3.

Se souvenir qu'une matrice nilpotente est diagonalisable si et seulement si elle est nulle.

Idées clés

•

Décomposition d'une matrice en une partie scalaire et une partie nilpotente.

•

Propriété spectrale des matrices nilpotentes : leur seule valeur propre est 00.

•

Une matrice nilpotente est diagonalisable si et seulement si elle est nulle.

1. Expression de P(M)P(M) à l'aide de la formule de Taylor.

Puisque les matrices λIn\lambda I_n et BB commutent, nous pouvons appliquer la formule de Taylor pour le polynôme PP au voisinage de λ\lambda :

P(X+λ)=∑k=0deg⁡PP(k)(λ)k!XkP(X + \lambda) = \sum_{k=0}^{\deg P} \frac{P^{(k)}(\lambda)}{k!} X^k

En évaluant cette égalité en la matrice BB, nous obtenons :

P(B+λIn)=∑k=0deg⁡PP(k)(λ)k!BkP(B + \lambda I_n) = \sum_{k=0}^{\deg P} \frac{P^{(k)}(\lambda)}{k!} B^k

Isolons le premier terme de la somme (k=0k=0) :

P(M)=P(λ)In+∑k=1deg⁡PP(k)(λ)k!BkP(M) = P(\lambda) I_n + \sum_{k=1}^{\deg P} \frac{P^{(k)}(\lambda)}{k!} B^k

2. Analyse de la composante nilpotente.

Posons N=∑k=1deg⁡PP(k)(λ)k!BkN = \sum_{k=1}^{\deg P} \frac{P^{(k)}(\lambda)}{k!} B^k.

Puisque BB est une matrice nilpotente, il existe un entier pp tel que Bp=0B^p = 0.

Toute combinaison linéaire de puissances de BB d'indice supérieur ou égal à 11 est également une matrice nilpotente (car elle appartient à l'algèbre C[B]\mathbb{C}[B] et n'a pas de terme constant en B0B^0). Plus précisément, NN commute avec BB.

Ainsi, nous avons la décomposition suivante :

P(M)=P(λ)In+Nouˋ N est nilpotente\boxed{P(M) = P(\lambda) I_n + N   \text{où } N \text{ est nilpotente}}

3. Preuve de l'équivalence.

(⇐)(\Leftarrow) Si P(M)=μInP(M) = \mu I_n, alors P(M)P(M) est une matrice scalaire. Toute matrice scalaire est trivialement diagonalisable.

(⇒)(\Rightarrow) Supposons que P(M)P(M) soit diagonalisable.

Une matrice AA est diagonalisable si et seulement si A−αInA - \alpha I_n est diagonalisable pour tout α∈C\alpha \in \mathbb{C}.

En choisissant α=P(λ)\alpha = P(\lambda), on en déduit que la matrice suivante est diagonalisable :

P(M)−P(λ)In=NP(M) - P(\lambda) I_n = N

Or, nous avons établi que NN est une matrice nilpotente.

Le seul polynôme annulateur scindé à racines simples d'une matrice nilpotente est le polynôme XX. En effet, si NN est nilpotente et diagonalisable, ses valeurs propres sont toutes nulles, donc sa forme diagonale est la matrice nulle.

Il en résulte nécessairement :

N=0\boxed{N = 0}

Par conséquent, P(M)=P(λ)InP(M) = P(\lambda) I_n. En posant μ=P(λ)\mu = P(\lambda), on obtient bien la forme souhaitée.

P(M)=μIn\boxed{P(M) = \mu I_n}

Attention à ne pas oublier que la somme de deux matrices nilpotentes n'est nilpotente que si elles commutent. Ici, toutes les puissances BkB^k commutent entre elles, ce qui justifie la nilpotence de NN.