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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et K\mathbb{K} un corps. On considère une matrice M=(mi,j)1≤i,j≤n∈Mn(K)M = (m_{i,j})_{1 \le i,j \le n} \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}). On suppose que pour toute partie non vide I⊂{1,…,n}I \subset \{1, \dots, n\}, la sous-matrice principale MI=(mi,j)(i,j)∈I2M_I = (m_{i,j})_{(i,j) \in I^2} est non inversible.

Démontrer qu'il existe une permutation σ∈Sn\sigma \in \mathcal{S}_n telle que la matrice PσMPσ−1P_{\sigma} M P_{\sigma}^{-1} soit strictement triangulaire supérieure, où PσP_{\sigma} désigne la matrice de la permutation σ\sigma.

1.

Procéder par récurrence sur la dimension nn.

2.

Pour l'étape d'hérédité, montrer qu'une matrice satisfaisant ces hypothèses possède nécessairement au moins une ligne entièrement nulle (ou une colonne nulle).

3.

Pour prouver l'existence d'une ligne nulle, on pourra raisonner par l'absurde en utilisant le graphe orienté associé à la matrice MM et considérer un cycle de longueur minimale.

Idées clés

•

Récurrence sur la taille de la matrice.

•

Lien entre les cycles d'un graphe et les coefficients d'une matrice.

•

Utilisation du déterminant pour traduire l'inversibilité des sous-matrices.

Résolution.

Nous allons démontrer ce résultat par récurrence sur l'entier n≥1n \ge 1.

Initialisation : Pour n=1n=1, la matrice MM est réduite à un seul coefficient (m1,1)(m_{1,1}). L'hypothèse appliquée à I={1}I=\{1\} impose que la matrice (m1,1)(m_{1,1}) est non inversible, donc m1,1=0m_{1,1} = 0. La matrice est bien strictement triangulaire supérieure.

Hérédité : Soit n>1n > 1. Supposons que la propriété soit vraie pour toute matrice de taille n−1n-1. Considérons M∈Mn(K)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) vérifiant les hypothèses.

Montrons d'abord qu'il existe au moins une ligne de MM qui est nulle. Supposons par l'absurde que chaque ligne de MM contienne au moins un coefficient non nul.

  1. Pour chaque i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, il existe un indice j∈{1,…,n}j \in \{1, \dots, n\} tel que mi,j≠0m_{i,j} \neq 0. Remarquons que pour tout ii, mi,i=0m_{i,i}=0 d'après l'hypothèse appliquée à I={i}I=\{i\} (sous-matrice de taille 1). Ainsi, pour tout ii, il existe j≠ij \neq i tel que mi,j≠0m_{i,j} \neq 0.

  2. On peut donc construire une suite d'indices (ik)k∈N(i_k)_{k \in \mathbb{N}} telle que pour tout kk, mik,ik+1≠0m_{i_k, i_{k+1}} \neq 0. Comme l'ensemble des indices est fini, cette suite finit par boucler, créant ainsi un cycle dans le graphe de la matrice.

  3. Soit γ=(j1,j2,…,jk,j1)\gamma = (j_1, j_2, \dots, j_k, j_1) un cycle de longueur **minimale** kk dans ce graphe (avec k≥2k \ge 2 car les mi,im_{i,i} sont nuls). Par minimalité du cycle, pour tous indices distincts a,b∈{1,…,k}a, b \in \{1, \dots, k\}, le coefficient mja,jbm_{j_a, j_b} est non nul **si et seulement si** bb est le successeur de aa dans le cycle (b≡a+1(modk)b \equiv a+1 \pmod k).

  4. En effet, s'il existait une "corde" dans le cycle (un mja,jb≠0m_{j_a, j_b} \neq 0 avec bb non successeur de aa), on pourrait extraire un cycle plus court, ce qui contredirait la minimalité de kk.

  5. Considérons alors la sous-matrice principale MIM_I associée à l'ensemble d'indices I={j1,…,jk}I = \{j_1, \dots, j_k\}. Quitte à renuméroter, cette matrice est de la forme :
    MI=(0mj1,j20…000mj2,j3…0⋮⋮⋱⋱⋮00…0mjk−1,jkmjk,j10…00)M_I = \begin{pmatrix} 0 & m_{j_1, j_2} & 0 & \dots & 0
    0 & 0 & m_{j_2, j_3} & \dots & 0
    \vdots & \vdots & \ddots & \ddots & \vdots
    0 & 0 & \dots & 0 & m_{j_{k-1}, j_k}
    m_{j_k, j_1} & 0 & \dots & 0 & 0 \end{pmatrix}

  6. Le déterminant de cette matrice se calcule aisément (par exemple par développement selon la première colonne ou via la formule de Leibniz) :
    det⁡(MI)=(−1)k+1∏a=1kmja,ja+1\det(M_I) = (-1)^{k+1} \prod_{a=1}^k m_{j_a, j_{a+1}}
    Comme chaque facteur du produit est non nul, on en déduit :
    det⁡(MI)≠0\boxed{\det(M_I) \neq 0}
    Ceci contredit l'hypothèse stipulant que toute sous-matrice principale est non inversible.

Il existe donc un indice i0∈{1,…,n}i_0 \in \{1, \dots, n\} tel que la i0i_0-ème ligne de MM soit nulle.

Soit τ∈Sn\tau \in \mathcal{S}_n une permutation qui échange i0i_0 et nn. La matrice M′=PτMPτ−1M' = P_{\tau} M P_{\tau}^{-1} possède sa dernière ligne nulle. Elle est de la forme :

M′=(AC00)M' = \begin{pmatrix} A & C
0 & 0 \end{pmatrix}
où A∈Mn−1(K)A \in \mathcal{M}_{n-1}(\mathbb{K}) est une sous-matrice principale de M′M' (et donc de MM).

Toute sous-matrice principale de AA est aussi une sous-matrice principale de MM, donc elle est non inversible. Par hypothèse de récurrence, il existe σ′∈Sn−1\sigma' \in \mathcal{S}_{n-1} telle que Pσ′APσ′−1P_{\sigma'} A P_{\sigma'}^{-1} soit strictement triangulaire supérieure.

En posant σ\sigma la permutation de {1,…,n}\{1, \dots, n\} qui agit comme σ′\sigma' sur {1,…,n−1}\{1, \dots, n-1\} et fixe nn, la matrice PσM′Pσ−1P_{\sigma} M' P_{\sigma}^{-1} est strictement triangulaire supérieure. Par composition des permutations, on obtient le résultat souhaité.

∃σ∈Sn,PσMPσ−1∈Tn++(K)\boxed{ \exists \sigma \in \mathcal{S}_n,   P_\sigma M P_\sigma^{-1} \in \mathcal{T}_n^{++}(\mathbb{K}) }

Attention à ne pas confondre ce résultat avec la nilpotence standard. Une matrice peut être nilpotente sans qu'une de ses lignes soit nulle. Ici, la condition sur **toutes** les sous-matrices principales est beaucoup plus forte.