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Soit EE un KK-espace vectoriel de dimension n⩾1n \geqslant 1. On considère un endomorphisme u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) nilpotent. On suppose que le rang de uu est égal à n−1n-1.

  1. Justifier que l'indice de nilpotence de uu est égal à nn.
  2. Pour tout k∈⟦0,n⟧k \in \llbracket 0, n \rrbracket, déterminer la dimension de Ker⁡(uk)\operatorname{Ker}(u^k).
  3. Démontrer que EE possède exactement n+1n+1 sous-espaces vectoriels stables par uu. Préciser leur forme exacte.
  4. Soit k∈⟦0,n⟧k \in \llbracket 0, n \rrbracket. Que peut-on dire du sous-espace Im⁡(uk)\operatorname{Im}(u^k) ?

1.

Pour la question 1, utiliser le fait que la suite des dimensions des noyaux itérés d'un endomorphisme nilpotent est strictement croissante jusqu'à l'indice de nilpotence.

2.

Pour la question 2, on pourra considérer un vecteur xx tel que un−1(x)≠0u^{n-1}(x) \neq 0 et étudier la famille (x,u(x),…,un−1(x))(x, u(x), \dots, u^{n-1}(x)).

3.

Pour la question 3, si FF est un sous-espace stable non nul, considérer la restriction de uu à FF et son indice de nilpotence.

4.

Pour la question 4, remarquer que l'image d'un endomorphisme est stable par tout endomorphisme qui commute avec lui.

Idées clés

•

Lien entre rang, dimension du noyau et indice de nilpotence.

•

Utilisation d'une base cyclique pour caractériser les noyaux.

•

Restriction d'un nilpotent à un sous-espace stable.

Résolution.

  1. Soit rr l'indice de nilpotence de uu. On sait que r⩽nr \leqslant n d'après le cours. La suite des noyaux itérés (Ker⁡(uk))0⩽k⩽r(\operatorname{Ker}(u^k))_{0 \leqslant k \leqslant r} est strictement croissante pour l'inclusion.
    {0}=Ker⁡(u0)⊊Ker⁡(u1)⊊⋯⊊Ker⁡(ur)=E\{0\} = \operatorname{Ker}(u^0) \subsetneq \operatorname{Ker}(u^1) \subsetneq \dots \subsetneq \operatorname{Ker}(u^r) = E
    Par l'hypothèse de rang, on a dim⁡Ker⁡(u1)=n−rg⁡(u)=n−(n−1)=1\dim \operatorname{Ker}(u^1) = n - \operatorname{rg}(u) = n - (n-1) = 1. Comme chaque inclusion est stricte, la dimension augmente d'au moins 1 à chaque étape. Pour atteindre la dimension nn en partant de la dimension 11 en r−1r-1 étapes supplémentaires, il est nécessaire que r⩾nr \geqslant n. D'où l'on conclut :
    r=n\boxed{r = n}

  2. Puisque un−1≠0u^{n-1} \neq 0, il existe un vecteur x∈Ex \in E tel que un−1(x)≠0u^{n-1}(x) \neq 0. Montrons que la famille B=(x,u(x),…,un−1(x))\mathcal{B} = (x, u(x), \dots, u^{n-1}(x)) est libre. Soit (λ0,…,λn−1)∈Kn(\lambda_0, \dots, \lambda_{n-1}) \in K^n tels que ∑i=0n−1λiui(x)=0\sum_{i=0}^{n-1} \lambda_i u^i(x) = 0. En appliquant un−1u^{n-1} à cette égalité, on obtient λ0un−1(x)=0\lambda_0 u^{n-1}(x) = 0, donc λ0=0\lambda_0 = 0. Par récurrence, en appliquant les puissances successives de uu, on montre que tous les λi\lambda_i sont nuls. La famille B\mathcal{B} est donc une base de EE. Pour k∈⟦0,n⟧k \in \llbracket 0, n \rrbracket, les vecteurs un−k(x),un−k+1(x),…,un−1(x)u^{n-k}(x), u^{n-k+1}(x), \dots, u^{n-1}(x) appartiennent à Ker⁡(uk)\operatorname{Ker}(u^k). Ces kk vecteurs sont linéairement indépendants, donc dim⁡Ker⁡(uk)⩾k\dim \operatorname{Ker}(u^k) \geqslant k. Or, nous avons vu que la dimension ne peut croître que de 1 à chaque étape pour atteindre nn en nn étapes.
    ∀k∈⟦0,n⟧,dim⁡Ker⁡(uk)=k\boxed{\forall k \in \llbracket 0, n \rrbracket,   \dim \operatorname{Ker}(u^k) = k}

  3. Soit FF un sous-espace vectoriel de EE stable par uu. Si F={0}F = \{0\}, alors F=Ker⁡(u0)F = \operatorname{Ker}(u^0). Supposons F≠{0}F \neq \{0\}. Soit uFu_F la restriction de uu à FF. uFu_F est un endomorphisme nilpotent de FF. Soit pp son indice de nilpotence. Comme uFp=0u_F^p = 0, on a up(y)=0u^p(y) = 0 pour tout y∈Fy \in F, donc F⊆Ker⁡(up)F \subseteq \operatorname{Ker}(u^p). D'autre part, par définition de l'indice de nilpotence, il existe z∈Fz \in F tel que up−1(z)≠0u^{p-1}(z) \neq 0. La famille (z,u(z),…,up−1(z))(z, u(z), \dots, u^{p-1}(z)) est libre (par le même argument qu'à la question 2) et incluse dans FF. On en déduit dim⁡F⩾p\dim F \geqslant p. Puisque F⊆Ker⁡(up)F \subseteq \operatorname{Ker}(u^p) et dim⁡Ker⁡(up)=p\dim \operatorname{Ker}(u^p) = p, on a nécessairement l'égalité :
    F=Ker⁡(up)\boxed{F = \operatorname{Ker}(u^p)}
    Il y a exactement n+1n+1 sous-espaces de cette forme (un pour chaque dimension de 00 à nn).

  4. Soit k∈⟦0,n⟧k \in \llbracket 0, n \rrbracket. On remarque que u(Im⁡(uk))=Im⁡(uk+1)⊆Im⁡(uk)u(\operatorname{Im}(u^k)) = \operatorname{Im}(u^{k+1}) \subseteq \operatorname{Im}(u^k). Ainsi, Im⁡(uk)\operatorname{Im}(u^k) est un sous-espace vectoriel stable par uu. D'après la question précédente, Im⁡(uk)\operatorname{Im}(u^k) est l'un des noyaux itérés de uu. D'après le théorème du rang, on a :
    dim⁡Im⁡(uk)=n−dim⁡Ker⁡(uk)=n−k\dim \operatorname{Im}(u^k) = n - \dim \operatorname{Ker}(u^k) = n - k
    Le seul sous-espace stable de dimension n−kn-k étant Ker⁡(un−k)\operatorname{Ker}(u^{n-k}), on en conclut :
    Im⁡(uk)=Ker⁡(un−k)\boxed{\operatorname{Im}(u^k) = \operatorname{Ker}(u^{n-k})}

Attention, ce résultat n'est vrai que parce que uu est nilpotent d'indice maximal (ou de rang n−1n-1). Si dim⁡Ker⁡(u)>1\dim \operatorname{Ker}(u) > 1, il existe une infinité de droites stables dans le noyau, et donc une infinité de sous-espaces stables.